Lénacapavir + deux anticorps
Comme nous l’avons mentionné dans l’article précédent, il existe des anticorps qui sont dotés d’effets puissants contre le VIH. Des scientifiques œuvrant dans plusieurs centres de recherche du Canada, des États-Unis et d’Australie ont mis à l’épreuve une association de deux anticorps, soit le téropavimab (3BNC117-LS) et le zinlirvimab (10-1074-LS). Ces derniers ont été administrés par perfusion dans une dose de 2 550 mg. Les participant⋅e⋅s ont également reçu du lénacapavir injectable, un médicament anti-VIH à longue durée d’action, dans une dose de 927 mg. Près du moment de la perfusion des anticorps, on a également donné aux participant⋅e⋅s une formulation orale du lénacapavir (600 mg) pendant deux jours consécutifs afin d’en faire augmenter la concentration dans le sang.
Les anticorps agissent en empêchant le VIH de s’attacher aux cellules et, ainsi, de les infecter. Le lénacapavir entrave également le VIH dans ses efforts pour infecter les cellules.
Avant de s’inscrire à l’étude, les personnes souhaitant y participer suivaient un TAR oral depuis au moins un an et avaient une charge virale indétectable et un compte de cellules CD4+ stable.
L’équipe de recherche a effectué des prélèvements de sang pour déterminer si le VIH des participant⋅e⋅s pressenti⋅e⋅s était sensible aux effets des anticorps qu’elle comptait utiliser. Seules les personnes dont cela était le cas sont passées à la prochaine étape.
Ensuite, les participant⋅e⋅s ont été affecté⋅e⋅s au hasard à l’un des deux groupes suivants dans un rapport de 2 à 1 :
- cessation du TAR et amorce immédiate des perfusions d’anticorps, suivies des perfusions (et des doses orales) du lénacapavir : 53 personnes
- continuation du TAR oral : 27 personnes
Ces interventions ont continué pendant 52 semaines.
Voici le profil moyen des participant⋅e⋅s lors de leur admission à l’étude :
- âge : 50 ans
- sexe assigné à la naissance : 85 % de garçons et 15 % de filles
- la plupart étaient des personnes blanches, suivies de personnes noires
- indice de masse corporelle (IMC) : 30 kg/m2
- compte de CD4+ : 700 cellules/mm3
- plus de 70 % des participant⋅e⋅s vivaient aux États-Unis
Résultats
La charge virale est demeurée indétectable (moins de 50 copies/ml) chez la plupart des participant⋅e⋅s, quelle que soit l’intervention utilisée, comme suit :
- anticorps + lénacapavir : 96 %
- TAR oral : 96 %
L’équipe ne disposait pas de données se rapportant à deux personnes, dont une de chaque groupe, parce qu’elles avaient quitté l’étude à cause d’un déménagement ou de l’apparition d’un cancer (non lié aux médicaments à l’étude).
Une personne avait une charge virale détectable sous l’effet de l’association anticorps + lénacapavir. Cette personne prenait Biktarvy (bictégravir + TAF + FTC) au début de l’étude, soit avant de recevoir les anticorps. À la 24e semaine, elle avait une charge virale supérieure à 100 000 copies/ml. Notons que le VIH de cette personne avait perdu sa sensibilité au zinlirvimab en plus de montrer des signes de résistance au lénacapavir. Une analyse sanguine a laissé croire que le taux de lénacapavir dans le sang de cette personne avait commencé à baisser mystérieusement 12 semaines après leur première perfusion de ce médicament. Cette personne a quitté l’étude et recommencé à prendre Biktarvy. Sa charge virale était de nouveau indétectable 12 semaines plus tard.
Effets indésirables
Le lénacapavir peut causer des réactions aux sites d’injection, dont de la douleur légère ou modérée temporaire, de l’enflure et la formation de petites bosses persistantes appelées nodules dans certains cas. Dans cette étude, de nombreuses personnes (62 %) ont éprouvé des réactions aux sites d’injection sous l’effet du lénacapavir; la plupart de celles-ci étaient légères. Trente-huit pour cent des personnes sous lénacapavir ont présenté des nodules aux sites d’injection, et 20 % d’entre elles ont éprouvé de la douleur temporaire.
Aucun⋅e participant⋅e n’a fait état de réactions aux sites des perfusions des anticorps.
Cinq personnes qui ont reçu des perfusions ont eu de la diarrhée, comparativement à une seule personne sous TAR oral.
À retenir
Les résultats de cette étude sont enthousiasmants dans la mesure où ils révèlent qu’il est théoriquement possible pour de nombreuses personnes de maintenir une charge virale indétectable sous l’effet d’une association de perfusions d’anticorps et d’injections de lénacapavir données une fois tous les six mois.
Pour assurer la réussite de cette approche, il est essentiel de tester le VIH des candidat⋅e⋅s au traitement pour confirmer qu’il est sensible aux effets des anticorps utilisés. Notons, à titre d’exemple, que les tests utilisés dans cette étude ont échoué à révéler une telle sensibilité chez 40 personnes sur 241. L’équipe de recherche disposait alors de résultats de sensibilité se rapportant à quelque 200 personnes, dont seules 80 ont été affectées à un volet de l’étude. Il est donc clair que le traitement aux anticorps ne conviendra pas à toutes les personnes séropositives.
—Sean R. Hosein
RÉFÉRENCE :
Mponponsuo K, McMahon JH, Gorgos L et al. Efficacy and safety of lenacapavir, teropavimab, and zinlirvimab: Phase II week 26 primary outcome. Programme et résumés de la 32e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, 9- 12 mars 2025, San Francisco. Résumé 151.