Étude Rio : des anticorps puissants permettent la prise d’une pause thérapeutique

Les traitements contre le VIH se sont améliorés énormément depuis 1996. De nos jours, ils sont plus sûrs, et il est possible de prendre un schéma thérapeutique complet dans un seul comprimé quotidien, ou encore sous forme d’injections effectuées tous les deux mois.

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Cependant, malgré un bilan favorable en matière d’innocuité, le fait que les traitements antirétroviraux modernes (TAR) doivent se prendre à vie soulève des préoccupations chez nombre d’équipes de recherche et de compagnies pharmaceutiques, lesquelles s’inquiètent de voir des effets secondaires se déclarer chez certaines personnes après des décennies d’exposition au TAR.

Certaines compagnies, comme ViiV Soins de santé, ont mis au point des schémas thérapeutiques consistant en deux médicaments seulement, comme suit : 

  • Dovato : dolutégravir + 3 TC sous forme de comprimé
  • Juluca : dolutégravir + rilpivirine sous forme de comprimé
  • Cabenuva : dolutégravir + rilpivirine sous forme d’injections à longue durée d’action administrées tous les deux mois (après une courte période de traitement d’induction oral)

Les autres bithérapies en cours de mise au point pour le traitement du VIH incluent les suivantes : 

  • doravirine + islatravir
  • lénacapavir + islatravir

Études sur des superanticorps

Des scientifiques ont mis au point des anticorps possédant une puissante activité contre le VIH. Le terme technique pour désigner ceux-ci est anticorps neutralisants à large spectre (bNAb); le terme superanticorps est utilisé aussi en raison de leur activité puissante contre le VIH.

En matière de bNAb, le concept consiste à donner ceux-ci à des patient⋅e⋅s dont la charge virale est déjà indétectable sous l’effet d’un TAR. Les personnes pressenties pour utiliser des bNAb seront testées pour déterminer si leur VIH est sensible aux anticorps. Les personnes dont le VIH s’avère sensible remplaceront ensuite leur TAR en cours par une association de deux anticorps ou davantage qui seront administrés tous les six mois. Les médicaments peuvent être administrés par voie intraveineuse ou par injection. Comme la substitution d’anticorps au TAR constitue une approche expérimentale, il reste de nombreuses choses à éclaircir, notamment le mode d’administration le plus propice, la durée de l’efficacité et d’autres.

Étude Rio

Une équipe de scientifiques du Royaume-Uni et du Danemark ont mené une étude nommée Rio. Lors de cette dernière, des participants (tous des hommes) dont le diagnostic de VIH est tombé tôt dans le cours de l’infection ont été répartis au hasard pour recevoir un TAR pendant au moins 12 mois pour rendre leur charge virale indétectable. Au bout de cette période, les participants ont été sélectionnés au hasard pour recevoir une des interventions suivantes après la cessation du TAR (notons que les participants ne savaient pas quelles perfusions on leur donnait) :

  • perfusions de deux anticorps (3NBC117-LS + 10-1074-LS) : 34 personnes
  • perfusions d’un placebo : 34 personnes

Pendant les huit premières semaines, l’équipe de recherche a suivi les participants au moyen de tests sanguins hebdomadaires en se concentrant particulièrement sur les changements dans la charge virale et le compte de cellules CD4+. Après cette période, les prélèvements de sang avaient lieu deux fois par mois.

Les participants dont la charge virale demeurait indétectable après 20 semaines pouvaient ensuite recevoir une autre perfusion intraveineuse, et le suivi continuait (avec maintien du double insu).

Les participants dont la charge virale a rebondi ou dont le compte de CD4+ a baissé significativement ont été retirés de l’étude.

Voici le profil moyen de la cohorte au début de l’étude : 

  • âge : 40 ans
  • tous des hommes cisgenres
  • indice de masse corporelle (IMC) : 25 kg/m2
  • majoritairement (80 %) des Blancs
  • compte de CD4+ : 800 cellules/mm3 (rappelons que les participants en étaient aux stades précoces de l’infection par le VIH)
  • charge virale indétectable chez tous grâce au TAR utilisé avant l’étude
  • 80 % des participants étaient porteurs du clade B du VIH, soit la variante ou souche du VIH la plus courante en Europe occidentale, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande

L’équipe a offert un test de dépistage du VIH et une PrEP gratuite aux partenaires des participants.

Résultats

Vingt semaines après la première perfusion, les participants avaient une charge virale indétectable dans les proportions suivantes :

  • anticorps : 75 %
  • placebo : 9 %

Cette différence est très significative du point de vue statistique, c’est-à-dire non attribuable au seul hasard. Elle laisse croire qu’une seule perfusion de deux anticorps puissants suffit à maintenir la charge virale indétectable pendant 20 semaines consécutives chez de nombreuses personnes séropositives.

Après 20 semaines

Vingt semaines après la première perfusion, la plupart des participants dont la charge virale était encore indétectable ont reçu une deuxième perfusion d’anticorps. En tout, la suppression virale s’est maintenue pendant 62 semaines chez 50 % des personnes traitées par une deuxième dose d’anticorps. Jusqu’à ce jour, soit après 72 semaines de traitement, la charge virale est encore indétectable chez 39 % de ces participants.

Seules deux personnes qui avaient reçu une perfusion de placebo et qui avaient encore une charge virale indétectable à la semaine 20 ont reçu une deuxième perfusion et avaient toujours une charge virale indétectable à la semaine 120.

Effets indésirables

Une personne est décédée, mais l’équipe de recherche a affirmé que l’usage de bNAb ou l’interruption du TAR n’y étaient pour rien (aucun détail n’a été fourni). Aucune réaction aux perfusions des anticorps ou du placebo n’a été signalée.

Tous les participants qui ont recommencé un TAR ont agi ainsi à cause d’un rebond de leur charge virale, et non à cause d’une baisse importante de leur compte de CD4+. 

En moyenne, les personnes traitées par bNAb avaient une charge virale de 55 000 copies/ml au moment de la reprise du TAR. Chez les personnes sous placebo, la charge virale moyenne s’élevait à un million de copies/ml.

Après la reprise du TAR, le traitement a mis en moyenne 12 semaines à faire passer la charge virale sous la barre des 50 copies/ml. Chez les personnes ayant une charge virale très élevée (un million de copies ou plus), le TAR a mis jusqu’à 24 semaines à rendre la charge virale indétectable dans certains cas.

Pourquoi la suppression virale après l’interruption du TAR?

Chez la plupart des personnes ayant reçu des anticorps, il est possible que ceux-ci aient interagi avec leur système immunitaire de sorte à aider ce dernier à mieux maîtriser le VIH. Cet effet des superanticorps est à l’étude. Entre autres, les études laissent croire que les bNAb font rétrécir le bassin de cellules infectées dans le corps en aidant le système immunitaire à mieux les combattre.

En ce qui concerne les personnes sous placebo qui ont maintenu une charge virale indétectable, il est possible qu’elles soient dotées de mécanismes naturels innés qui aident à maîtriser le VIH. 

À retenir

Les données de l’étude Rio sont enthousiasmantes, mais il reste de nombreux défis à relever. Notons, par exemple, que le VIH ne sera pas sensible aux anticorps utilisés chez de nombreuses personnes. Aussi, la fréquence des tests de suivi de la charge virale, soit une fois par semaine initialement, puis toutes les deux semaines, peut causer du stress aux personnes qui s’inquiètent d’infecter leurs partenaires ou de voir leur santé se détériorer. Dans l’étude Rio, aucun participant n’a infecté ses partenaires, et personne n’a subi de méfaits en interrompant son TAR tant que son VIH était maîtrisé.

Rio est un essai clinique important qui ouvrira sans doute la voie à de nombreuses études futures sur des interventions (anticorps, médicaments, etc.) visant à renforcer la capacité du système immunitaire à maîtriser efficacement le VIH pendant des mois, de sorte que le TAR ne soit pas nécessaire. En s’inscrivant à de telles études, on contribue de façon importante à l’avancement du domaine.

Les essais cliniques futurs devront inscrire plus de femmes, des personnes d’origines ethnoraciales différentes et des personnes porteuses de différents clades du VIH.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Fidler S, Lee MJ, Collins S et al. RIO: A randomised placebo-controlled study of 2 LS-bNAbs in people treated in early HIV. Programme et résumés de la 32e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, 9- 12 mars 2025, San Francisco. Résumé 107.