Une prophylaxie annuelle au lénacapavir semble prometteuse

Des essais cliniques ont permis de constater que, à raison d’injections sous-cutanées administrées dans l’abdomen tous les six mois, le lénacapavir réduit le risque de contracter le VIH de 96 % à 100 %, selon l’étude. Lors des essais en question, on utilisait initialement une formulation orale du lénacapavir pendant les deux premiers jours de la prophylaxie pour faire augmenter rapidement les concentrations du médicament dans le sang afin qu’elles atteignent un niveau protecteur.

Recevez TraitementActualités dans votre boîte de réception :

Le lénacapavir est maintenant approuvé aux États-Unis pour la prévention du VIH, et l’on espère que le Canada suivra l’exemple d’ici la mi-2026. 

L’utilisation du lénacapavir est déjà approuvée dans le cadre de traitements d’association contre le VIH au Canada et dans de nombreux autres pays. Le lénacapavir est censé être utilisé par des personnes séropositives ayant peu d’options thérapeutiques. Notons cependant que seul un très faible nombre de personnes s’en servent à cette fin au Canada.

Traitement annuel

Gilead Sciences est le créateur du lénacapavir. Des scientifiques travaillant pour cette compagnie pharmaceutique ont mis au point de nouvelles formulations liquides à longue durée d’action de son médicament. La compagnie met à l’épreuve ces nouvelles formulations dans le cadre d’essais cliniques où le médicament est injecté profondément dans les muscles situés sur le côté des hanches.

Un essai clinique de relativement faible envergure a été conçu pour évaluer l’innocuité du lénacapavir et surveiller les taux du médicament dans le sang pendant jusqu’à un an suivant l’administration d’une seule dose intramusculaire. 

Cette étude a permis de constater que, de façon générale, les taux de lénacapavir étaient plus élevés sous l’effet de la dose annuelle que ce que révélaient les données historiques se rapportant à la posologie biannuelle. Dans l’ensemble, le médicament s’est révélé sécuritaire, et les participant⋅e⋅s n’ont éprouvé que de la douleur temporaire aux sites d’injection.

Détails de l’étude

L’équipe de recherche a réparti au hasard 40 participant⋅e⋅s pour recevoir une des formulations suivantes du lénacapavir :

  • formulation 1 : lénacapavir à 5 000 mg contenant 5 % d’éthanol
  • formulation 2 : lénacapavir à 5 000 mg contenant 10 % d’éthanol

Les participant⋅e⋅s étaient âgé⋅e⋅s de la mi-trentaine et n’avaient pas le VIH; 65 % d’entre eux et elles avaient été assigné⋅e⋅s garçons à la naissance et 35 %, filles. L’indice de masse corporelle (IMC) moyen était de 27 kg/m2.

Des prestataires de soins ont effectué des injections profondes de 5 ml de liquide dans les muscles situés sur le côté des hanches. Chez la moitié des participant⋅e⋅s ayant reçu la formulation 2, on avait placé un sac de glace sur la hanche pendant 10 minutes avant de faire les injections de lénacapavir.

Au cours de l’étude, l’équipe de recherche a prélevé des échantillons de sang et effectué des examens physiques occasionnels, et les participant⋅e⋅s ont rempli des questionnaires.

Résultats

En général, le taux de lénacapavir dans le sang des participant⋅e⋅s était plus élevé que ce qui avait été rapporté lors des études antérieures (où le médicament était administré par injection sous-cutanée et non intramusculaire). De plus, lors de la présente étude, les taux sanguins élevés de lénacapavir se sont maintenus pendant un an suivant l’injection.

Chez les participant⋅e⋅s qui ont reçu des injections intramusculaires, le lénacapavir a mis plus de temps à atteindre des concentrations élevées dans le sang, comparativement aux personnes qui avaient reçu des injections sous-cutanées lors d’études menées auparavant. Notons cependant que celles-ci avaient également reçu une dose de charge d’une formulation orale du lénacapavir pendant les deux premiers jours de la prophylaxie. Cette dose orale a fait augmenter rapidement le taux de lénacapavir dans le sang afin qu’il atteigne un niveau protecteur.

Effets secondaires

Utilisées pour l’administration de nombreux médicaments, les injections intramusculaires peuvent causer de l’inconfort et de la douleur temporaires. 

Environ 80 % des personnes ayant reçu la formulation 1 du lénacapavir ont éprouvé de la douleur aux sites d’injection, comparativement à 75 % des personnes ayant reçu la formulation 2. La douleur était généralement légère ou modérée et a duré trois ou quatre jours.

Quatre personnes ayant reçu la formulation 2 ont éprouvé temporairement de la difficulté à marcher à cause de la douleur dans les muscles de la hanche.

Quatre personnes ont signalé une enflure aux sites d’injection sous l’effet de la formulation 1, mais cela n’a pas été un problème chez l’autre groupe.

Selon Gilead, l’application d’un sac de glace pendant 10 minutes avant les injections a réduit l’intensité de la douleur.

Chez quatre personnes dont le taux de C-LDL (le « mauvais » cholestérol) était déjà élevé avant l’étude, le taux de cette protéine a augmenté encore, atteignant un sommet plus de six mois après l’injection chez trois personnes sur quatre. Cependant, après cette période, les taux de C-LDL sont revenus graduellement aux niveaux d’avant l’étude.

À l’avenir

Les scientifiques de Gilead ont besoin de peaufiner leurs formulations intramusculaires, et il est possible que la dose élevée utilisée dans cette étude soit nécessaire. Des doses orales du lénacapavir devront être administrées initialement afin d’assurer l’atteinte rapide d’une concentration efficace du médicament. 

Même si aucune personne n’est devenue séropositive au cours de l’étude, l’équipe de recherche a souligné que ces participant⋅e⋅s couraient un faible risque de contracter le VIH.

Des études devront être menées auprès de populations incluant des personnes susceptibles de vouloir utiliser le lénacapavir en prise annuelle à l’avenir. Cela nécessitera le recrutement d’une cohorte diversifiée en ce qui a trait à l’âge et au genre. Rappelons aussi que les participant⋅e⋅s à cette étude venaient des États-Unis. Il est important qu’une étude future sur le lénacapavir intramusculaire inclue des personnes vivant dans différentes régions du monde.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Jogiraju V, Pawar P, Yager J et al. Pharmacokinetics and safety of once-yearly lenacapavir: a phase 1, open-label study. Lancet. 2025 Apr 5;405(10485):1147-1154. 
  2. Ogbuagu OE, Avihingsanon A, Segal-Maurer S et al. Efficacy, safety, and pharmacokinetics of lenacapavir oral bridging when subcutaneous lenacapavir cannot be administered. AIDS. 2025 May 1;39(6):639-648.