Doravirine + islatravir à faible dose dans un seul comprimé
La doravirine (Pifeltro) est un médicament dont l’usage est approuvé pour les traitements d’association contre le VIH. Elle est offerte sous forme de comprimé et se prend une fois par jour comme ingrédient du médicament suivant :
- Delstrigo (doravirine + TDF + 3TC)
La compagnie pharmaceutique Merck (également connue sous le nom de MSD dans certains pays) met actuellement au point un nouveau médicament à base de doravirine qui contient également l’antiviral islatravir. Cette bithérapie est surnommée « dora-isla » par nombre de scientifiques).
La doravirine appartient à une classe de médicaments anti-VIH appelés inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI ou analogues non nucléosidiques).
L’islatravir appartient à une nouvelle classe de médicaments anti-VIH appelés inhibiteurs de la translocation. Il agit contre les cellules infectées par le VIH à plusieurs étapes du cycle de vie viral. L’islatravir empêche notamment le virus d’utiliser l’enzyme virale transcriptase inverse.
Dans le cadre d’essais cliniques de doses relativement élevées (0,75 mg/jour) de l’islatravir, on a constaté que ce dernier réduisait les taux de lymphocytes (cellules T et B) dans le sang, ainsi que le compte de CD4+ de personnes séropositives et de personnes séronégatives. Des études subséquentes ont toutefois révélé que des doses plus faibles d’islatravir étaient sécuritaires. Dans cet article, nous nous intéressons à la dose de 0,25 mg/jour.
Lorsque l’islatravir est associé à la doravirine, cette association agit puissamment contre le VIH dans le cadre d’expériences de laboratoire sur des cellules infectées par le VIH.
Deux essais cliniques de l’association doravirine + islatravir (100 mg/jour et 0,25 mg/jour, respectivement) ont récemment été menés auprès de personnes vivant avec le VIH. Lors de l’une de ces études, des personnes dont la charge virale était déjà indétectable sous l’effet d’un traitement quotidien à Biktarvy (bictégravir + TAF + FTC) ont été réparties au hasard pour recevoir soit leur traitement en cours, soit l’association doravirine + islatravir une fois par jour. Ce dernier traitement s’est révélé sûr et très efficace dans cet essai clinique. Des détails à ce sujet suivront plus loin.
Détails de l’étude
L’équipe de recherche a inscrit 513 personnes séropositives qu’elle a réparties au hasard dans un rapport de 2 à 1 pour recevoir la doravirine-islatravir ou Biktarvy pendant 48 semaines.
Les participant⋅e⋅s avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :
- âge : 47 ans
- sexe assigné à la naissance : 78 % de garçons, 22 % de filles
- principaux groupes ethnoraciaux : Blanc⋅he⋅s – 61 %; Noir⋅e⋅s – 31 %; Asiatiques – 6 %
- temps écoulé depuis le diagnostic de VIH : 11 ans
- compte de CD4+ : 700 cellules/mm3
- charge virale inférieure à 50 copies/ml chez l’ensemble du groupe
Résultats
Au bout de 48 semaines, les participant⋅e⋅s avaient encore une charge virale indétectable dans les proportions suivantes :
- doravirine-islatravir : 92 %
- Biktarvy : 94 %
Cette différence n’est pas significative du point de vue statistique.
Cinq personnes sous doravirine-islatravir et une personne sous Biktarvy avaient une charge virale de 50 copies/ml ou plus. Chez deux d’entre elles, la charge virale s’élevait à 200 copies/ml ou davantage. Aucune résistance du VIH à la doravirine ou à l’islatravir n’a été décelée dans les échantillons de sang de ces deux personnes.
L’équipe n’a pas fourni de données concernant les quatre autres participant⋅e⋅s.
Tests de laboratoire et autres
Au cours de l’étude, les taux de lymphocytes ont continué de grimper modestement dans les deux groupes. Le compte de CD4+ moyen a augmenté, quel que soit le traitement utilisé.
Une personne du groupe doravirine-islatravir a connu une baisse significative de son taux de plaquettes sanguines (fragments de cellules nécessaires à la coagulation). Cette personne a été retirée de l’étude par mesure de prudence.
Ni l’association doravirine-islatravir ni Biktarvy n’a semblé causer d’effets secondaires remarquables ou importants. Une faible proportion des participant⋅e⋅s des deux groupes ont éprouvé de la douleur osseuse et de la fatigue légères et temporaires. Il n’est pas clair si ces effets ont été causés par les médicaments à l’étude ou par la COVID-19.
En moyenne, les personnes sous doravirine-islatravir n’ont connu aucun changement de poids ou seulement une baisse légère de ce dernier. Chez les personnes sous Biktarvy, on a constaté une légère augmentation du poids. Cette différence entre les deux traitements n’est pas significative.
Accent sur le virus de l’hépatite B
Certaines personnes séropositives vivent également avec une co-infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB). Dans un grand nombre de ces cas, les médecins prescrivent des schémas thérapeutiques comportant des médicaments qui agissent à la fois contre le VIH et le VHB afin de maintenir la suppression des deux virus. En voici quelques exemples :
- TAF + FTC
- TDF + FTC
- TDF + 3TC
La doravirine et l’islatravir agissent seulement contre le VIH et pas contre le VHB. L’équipe de recherche a néanmoins constaté que le VHB ne s’est réactivé chez aucun⋅e des participant⋅e⋅s sous doravirine-islatravir durant l’étude, et aucun symptôme d’une maladie liée au VHB n’a été signalé.
Chez deux personnes sous doravirine-islatravir qui avaient la co-infection par le VHB, l’équipe a détecté des taux faibles de cellules infectées par le VHB dans le sang. Elle n’a toutefois décelé aucune protéine liée au VHB ni aucune augmentation des enzymes hépatiques susceptible d’évoquer la présence d’inflammation hépatique causée par ce virus.
Deux personnes sous doravirine-islatravir qui n’avaient pas la co-infection au VHB au début de l’étude ont fini par présenter subséquemment cette co-infection.
Aucune nouvelle co-infection par le VHB ou co-infection de faible intensité n’a été constatée chez les personnes sous Biktarvy. Cela n’a rien de surprenant parce que Biktarvy contient les médicaments TAF et FTC, lesquels agissent tous deux contre le VIH et le VHB.
À retenir
Cette étude a permis de constater que l’association doravirine-islatravir était sûre et efficace chez des personnes dont la charge virale était indétectable sous l’effet de Biktarvy avant qu’elles aient changé de traitement.
L’équipe a constaté deux cas de réactivation du VHB seulement, ce qui est rassurant. Cette étude souligne toutefois la nécessité pour les médecins de faire passer un test de dépistage aux utilisateur⋅trice⋅s potentiel⋅le⋅s de l’association doravirine-islatravir pour s’assurer qu’aucune infection active par le VHB n’est présente.
Cette étude soulève également la question du rôle que le traitement par doravirine-islatravir jouera éventuellement à l’avenir. Cette bithérapie a beau être sécuritaire et efficace, que doivent faire les médecins lorsque leurs patient⋅e⋅s courent le risque de contracter le VHB?
Cette question deviendra de plus en plus importante à l’avenir au fur et à mesure que davantage de personnes séropositives et de prestataires de soins envisageront d’utiliser une bithérapie pour traiter le VIH.
Il y a lieu d’espérer qu’un comprimé contenant le duo doravirine-islatravir, pris une seule fois par jour, sera approuvé au Canada en 2026. Cela marquerait l’arrivée d’une nouvelle option de traitement. Il reste cependant à déterminer quel groupe de personnes pourraient en bénéficier le plus.
Une deuxième étude
Lors d’une autre étude, une équipe de recherche a réparti au hasard 551 personnes sous TAR oral dans un rapport de 2 à 1 pour recevoir soit l’association doravirine-islatravir soit leur traitement en cours. (Notons que les doses de doravirine et d’islatravir étaient les mêmes que celles mentionnées précédemment, soit 100 mg et 0,25 mg une seule fois par jour, respectivement). Après un an, les résultats étaient largement semblables à ceux de l’essai dont nous venons de rendre compte. Précisons : 96 % des personnes sous doravirine-islatravir et 92 % des personnes qui continuaient de recevoir leur traitement d’avant l’étude avaient une charge virale indétectable. Cette différence entre les deux groupes n’est pas significative du point de vue statistique.
—Sean R. Hosein
RÉFÉRENCES :
- Colson AE, Mills AM, Ramgopal M et al. Switch to doravirine/islatravir (100 mg/0.25 mg) once daily from bictegravir/FTC/TAF: a blinded phase 3 study in adults with HIV-1. Programme et résumés de la 32e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, 9- 12 mars 2025, San Francisco. Résumé 204A.
- Orkin C, Mngqibisa R, Diego Velez J et al. Switch to doravirine/islatravir (100 mg/0.25 mg) once daily from oral ART: an open label phase 3 study in adults with HIV-1. Programme et résumés de la 32e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, 9- 12 mars 2025, San Francisco. Résumé 204B.