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mai 2020 

Le VIH et la COVID-19

Le SRAS-CoV-2 possède une capacité remarquable de provoquer une maladie grave chez les personnes présentant des affections médicales sous-jacentes. Pour sa part, l’infection au VIH affaiblit le système immunitaire et provoque de l’inflammation chronique et l’activation immunitaire. Même sous l’effet d’un traitement du VIH qui accomplit la suppression virologique, le niveau d’activation immunitaire et d’inflammation ne revient pas à ce qui s’observe chez les personnes séronégatives en bonne santé. De plus, de nombreuses personnes séropositives affichent un taux élevé de comorbidités, notamment l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, des lésions rénales, etc. En théorie, tous ces facteurs pourraient rendre les personnes séropositives plus vulnérables à l’infection par le SRAS-CoV-2 et à la COVID-19 grave. Cependant, jusqu’à présent, on n’a pas signalé un grand nombre de cas où des personnes séropositives éprouvaient des symptômes graves de la COVID-19 au Canada, aux États-Unis, en Asie de l’Est ou dans l’Union européenne.

Des médecins de l’Hôpital Tongji de Wuhan, en Chine, ont rendu compte du cas d’un homme chez qui on avait diagnostiqué le SRAS-CoV-2 et l’infection au VIH. Notons que cet homme s’est rétabli de la COVID-19.

Détails du cas

À la fin janvier 2020, un homme de 61 ans s’est présenté dans une clinique de fièvre de Wuhan. La ville avait établi de telles cliniques pour faire le dépistage de l’infection au SRAS-CoV-2. À la clinique l’homme a expliqué qu’il avait une toux sèche et faisait de la fièvre depuis deux jours. Il a dévoilé qu’il fumait entre 20 et 30 cigarettes par jour et qu’il avait le diabète de type 2. Pour traiter ce dernier l’homme prenait les médicaments metformine et alogliptine.

Les médecins de la clinique ont effectué diverses évaluations et constaté ce qui suit :

  • une fièvre légère
  • examens tomodensitométriques des poumons révélateurs de pneumonie
  • tests sanguins révélateurs de taux de lymphocytes réduits

Les médecins ont renvoyé l’homme chez lui avec la consigne de s’isoler des autres membres de sa famille.

Comme il existait une pénurie de tests de dépistage à ce moment-là, il s’est écoulé deux semaines avant que les échantillons de prélèvements nasaux de l’homme puissent être testés et déclarés infectés par le SRAS-CoV-2.

Durant cet intervalle, l’homme a commencé à souffrir d’essoufflement, et une deuxième tomodensitométrie a laissé soupçonner l’aggravation de sa pneumonie. Le patient a ensuite été admis à l’Hôpital Tongji, un établissement qui soignait des personnes atteintes de COVID-19.

Au moment de son admission à l’hôpital, la température corporelle de l’homme se situait à 39°C, et il avait un taux d’oxygène inférieur à la normale dans le sang. Les médecins lui ont administré de l’oxygène à l’aide d’un masque. Même si cette intervention a fait augmenter le taux d’oxygène sanguin, il demeurait sous la normale.

Le nombre total de lymphocytes a continué de diminuer dans le sang du patient, et la proportion de lymphocytes CD4+ était extrêmement faible (4,75 %). Les médecins n’ont pas publié de compte de cellules CD4+ ou CD8+.

Pour des raisons peu claires, les médecins ont effectué un test de dépistage du VIH qui a confirmé la séropositivité de l’homme.

Puisque l’infection au SRAS-CoV-2 mettait la vie du patient en danger, les médecins se sont concentrés sur le traitement de ce virus. Ils ont prescrit Kaletra (lopinavir-ritonavir) pour 12 jours consécutifs dans l’espoir qu’il agirait contre le coronavirus. Rappelons que Kaletra est approuvé dans de nombreux pays pour le traitement de l’infection au VIH. Au moment en question, les lignes directrices chinoises stipulaient que les médecins pouvaient utiliser Kaletra comme moyen de combattre potentiellement l’infection au coronavirus, et ce médicament était utilisé largement en Chine durant les premières phases de la pandémie de COVID-19. Aucun autre médicament anti-VIH n’a été prescrit, mais l’homme a fait l’objet des interventions additionnelles suivantes :

  • antibiothérapie à la moxifloxacine à raison de 400 mg une fois par jour
  • perfusion intraveineuse d’anticorps à large spectre (gamma globuline)
  • perfusion intraveineuse du stéroïde méthylprednisolone à raison de 0,8 mg/kg du poids corporel une fois par jour pendant trois jours consécutifs

Au cinquième jour de l’hospitalisation, les médecins ont affirmé que l’état de l’homme montrait « une amélioration clinique remarquable ». Une autre tomodensitométrie thoracique a révélé une diminution de l’inflammation pulmonaire et de la pneumonie, et le taux d’oxygène sanguin du patient s’approchait de la normale.

Au neuvième jour de l’hospitalisation, les prélèvements du nez et de la gorge se sont révélés négatifs pour le SRAS-CoV-2.

Onze jours après son hospitalisation, l’homme a reçu son congé et s’est fait dire de rester à la maison pendant deux semaines consécutives en guise de précaution pour éviter d’infecter d’autres personnes par le SRAS-CoV-2. On l’a également dirigé vers une clinique de traitement du VIH.

Comme il s’agit ici d’un seul cas, aucune conclusion ferme ne peut être tirée à propos de la co-infection au VIH et au SRAS-CoV-2 ou de son traitement.

Ressources

La maladie à coronavirus (COVID-19), le VIH et l’hépatite C : Ce que vous devez savoirNouvelles CATIE

Kaletra déçoit chez les personnes gravement malades de la COVID-19Nouvelles CATIE

Série de cas de VIH et de COVID-19 en EspagneNouvelles CATIE

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Zhu F, Cao Y, Xu S, Zhou M. Co-infection of SARS-CoV-2 and HIV in a patient in Wuhan city, China. Journal of Medical Virology. 2020; en voie d'impression.