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17 mars 2020 

La maladie à coronavirus (COVID-19), le VIH et l’hépatite C : Ce que vous devez savoir

  • On ne s’attend pas à ce qu’une personne séropositive sous traitement efficace soit plus à risque de tomber gravement malade de la COVID-19
  • Une personne séropositive non traitée ou au compte de CD4+ faible pourrait être plus à risque de tomber gravement malade de la COVID-19
  • Les personnes atteintes du VIH ou de l’hépatite C sont plus susceptibles de souffrir d’affections médicales qui les mettent plus à risque de tomber gravement malades de la COVID-19

L’Organisation mondiale de la Santé a déclaré qu’il sévit actuellement une pandémie causée par la propagation d’un nouveau coronavirus. Ce dernier, qui porte le nom de coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2), provoque une maladie appelée maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

Les coronavirus humains causent des infections du nez, de la gorge et des poumons. Le plus souvent, ils sont transmis des façons suivantes par les personnes infectées :

  • par les gouttelettes respiratoires générées lorsqu’une personne tousse ou éternue, lesquelles restent brièvement dans l’air dans l’espace de deux mètres (six pieds) avoisinant la personne infectée
  • par contact personnel prolongé avec une personne infectée
  • par un contact direct ou une poignée de main
  • par contact avec des surfaces contaminées, suivi du contact de la main avec la bouche, le nez ou les yeux avant de se laver les mains

Les données probantes actuelles indiquent que la maladie se propage efficacement de personne à personne lorsqu’il y a un contact étroit.

Le SRAS-CoV-2 peut causer un syndrome qui ressemble à la grippe chez les personnes infectées. Dans la plupart des cas (80 %), la personne touchée se sent comme si elle avait un rhume léger ou une grippe légère. Certaines personnes atteintes de la COVID-19 risquent toutefois d’éprouver des symptômes et des complications plus graves. Les symptômes attribués à la COVID-19 incluent les suivants :

  • fièvre
  • toux
  • difficulté à respirer
  • pneumonie dans les deux poumons

Dans les cas les plus graves, l’infection peut entraîner la mort.

Il est très important que les personnes qui courent le risque de tomber gravement malades de la COVID-19, ainsi que ceux et celles qui les soutiennent et en prennent soin, prennent des précautions pour réduire le risque de transmission. Des renseignements sur les personnes à risque apparaissent plus loin dans ce bulletin.

Comment pouvez-vous réduire le risque de transmission?

Comme le virus peut se propager très rapidement et causer de graves complications chez certaines personnes, les autorités de la santé publique demandent à toute la population de prendre des précautions pour éviter la transmission.

Pour réduire le risque de vous faire infecter par le coronavirus, le gouvernement du Canada recommande les mesures suivantes :

  • lavez-vous souvent les mains avec du savon et de l’eau pendant au moins 20 secondes
    • utilisez un désinfectant pour les mains à base d’alcool si vous n’avez pas accès à du savon et à de l’eau
  • lorsque vous toussez ou éternuez :
    • toussez ou éternuez dans un papier-mouchoir ou dans le creux de votre bras, et non dans votre main
    • jetez immédiatement les papiers-mouchoirs utilisés dans une poubelle doublée de plastique et lavez-vous ensuite les mains
  • évitez de vous toucher les yeux, le nez ou la bouche sans vous être d’abord lavé les mains
  • nettoyez et désinfectez les surfaces suivantes fréquemment touchées :
    • comptoirs et tables
    • poignées de portes
    • accessoires de salle de bain
    • toilettes
    • tables de chevet
    • jouets
    • téléphones
    • claviers, tablettes, souris électroniques et télécommandes

Remarque : Les désinfectants pour les mains devraient avoir une teneur en alcool d’au moins 60 %.

Les mesures additionnelles recommandées pour limiter la propagation du coronavirus incluent les suivantes :

  • évitez les voyages internationaux
  • évitez les foules et les grands rassemblements
  • dans la mesure du possible, maintenez une distance de deux mètres entre vous et les autres personnes
  • évitez de rendre visite aux personnes hospitalisées ou dans les centres de soins de longue durée, surtout les personnes âgées et celles ayant des affections médicales chroniques ou un système immunitaire affaibli
  • évitez de recevoir des visiteurs chez vous

Qui est plus à risque de tomber gravement malade de la COVID-19?

La vaste majorité des personnes (environ 80 %) qui contractent le coronavirus n’éprouvent pas de symptômes graves. Elles se sentent comme si elles avaient un petit rhume ou une grippe légère. Une faible proportion de personnes infectées éprouvent toutefois les symptômes d’un rhume ou d’une grippe sévère. Une proportion plus faible encore éprouve des problèmes de respiration ou fait même une pneumonie dans certains cas. Les personnes de 65 ans et plus semblent être particulièrement à risque, surtout si elles souffrent d’autres problèmes de santé.

La recherche porte généralement à croire que les personnes qui courent un risque élevé de tomber gravement malades de l’infection au coronavirus ont tendance à avoir les affections sous-jacentes suivantes :

  • maladie cardiovasculaire : cela inclut les antécédents de crise cardiaque, d’AVC ou d’hypertension
  • affections respiratoires chroniques : celles-ci peuvent nuire à la capacité respiratoire des personnes touchées et incluent la MPOC (maladie pulmonaire obstructive chronique), l’asthme et d’autres
  • diabète
  • insuffisance rénale

Ces affections sous-jacentes peuvent être associées à d’autres autres affections ou maladies aussi, comme nous l’expliquons ci-dessous.

Infection au VIH et facteurs connexes

On a mené peu de recherches sur l’impact de la COVID-19 chez les personnes séropositives. Selon le Dr Anthony Fauci, directeur des National Institutes of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis, on s’attend à ce que le risque de tomber gravement malade de la COVID-19 soit faible pour une personne séropositive en bonne santé qui suit son traitement et qui a une charge virale indétectable et un compte de CD4+ normal ou presque normal. Chaque laboratoire utilise une fourchette de valeurs différente pour déterminer ce qui constitue un compte de CD4+ normal, mais la valeur la plus faible se situe habituellement près de 500 cellules/mm3.

Il est possible que les personnes séropositives non traitées, et plus particulièrement celles ayant un très faible compte de CD4+, soient plus à risque de tomber gravement malades de la COVID 19. Notons de plus que de nombreuses personnes séropositives sont plutôt âgées, voire très âgées, et nombre d’études portent à croire que les personnes séropositives sont plus susceptibles de souffrir d’affections sous-jacentes que les personnes séronégatives du même âge. Les affections en question ont tendance à être les suivantes :

  • taux de cholestérol anormaux
  • tension artérielle supérieure à la normale
  • diabète
  • insuffisance rénale

Un suivi régulier et la prise d’un traitement recommandé par un médecin peuvent aider à gérer et à minimiser l’impact de ces affections sous-jacentes. Certaines de ces affections pourraient être associées à une maladie plus grave chez les personnes atteintes de COVID-19.

Le California Department of Public Health, Office of AIDS offre des conseils sur les précautions additionnelles que vous devriez prendre si vous êtes plus à risque de tomber malade de la COVID-19 :

  • Assurez-vous de faire le plein de vos antirétroviraux et de vos autres médicaments et d’en avoir des réserves
  • Restez loin des autres personnes malades, limitez les contacts étroits et lavez-vous souvent les mains
  • Si une éclosion de la COVID-19 a lieu dans votre communauté, restez chez vous le plus possible, mais maintenez un réseau social à distance afin de préserver vos connexions sociales et votre santé mentale
  • Établissez un plan pour vos soins cliniques, y compris le recours à la télémédecine, si vous devez rester chez vous

Maladies auto-immunes et transplantation

Il existe des affections où le système immunitaire s’attaque à son propre corps; on appelle celles-ci des maladies auto-immunes, et la liste inclut les suivantes :

  • certaines sortes d’arthrite
  • maladie de Crohn et affections connexes
  • lupus
  • psoriasis

Certaines personnes qui souffrent de ces affections, ainsi que les receveurs de greffes d’organes et de tissus, se font prescrire des traitements qui suppriment le système immunitaire. Par conséquent, il est possible qu’elles soient plus à risque de contracter et de tomber gravement malades de la COVID-19.

Grossesse

Nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucune information sur l’effet du coronavirus sur la santé de la mère ou du fœtus.

Virus de l’hépatite et autres maladies du foie

Le virus de l’hépatite B (VBH) et le virus de l’hépatite C (VHC) infectent le foie et finissent par dégrader graduellement cet organe vital. À mesure que l’état du foie se détériore, la santé générale de la personne s’aggrave et des affections spécifiques peuvent se développer. Les personnes chez qui le VHC a causé de nombreuses lésions hépatiques et qui n’ont pas encore guéri de cette infection risquent de souffrir d’affections sous-jacentes comme l’insuffisance rénale, les maladies cardiovasculaires et le diabète. Notons qu’il est possible de guérir du VHC en aussi peu que huit semaines en suivant un traitement qui se prend une seule fois par jour. Le traitement du VHC est largement accessible au Canada.

Les personnes atteintes du VHB risquent également de souffrir des affections sous-jacentes mentionnées ci-dessus. Il est possible de contrôler l’infection au VHB à l’aide de médicaments.

Pour ces raisons, il est possible que les personnes atteintes d’hépatite soient plus à risque de tomber gravement malades de la COVID-19.

Stéatose hépatique

Il existe de nombreuses autres maladies du foie, notamment la stéatose hépatique non alcoolique. Celle-ci se divise en deux sous-types : la stéatose hépatique simple et la stéatohépatite non alcoolique (SHNA). Ces affections peuvent toucher des personnes ayant le VHB, le VHC ou le VIH, ainsi que les personnes n’ayant pas ces infections. Les personnes atteintes de stéatose hépatique risquent également de souffrir d’une affection sous-jacente comme les suivantes :

  • prédiabète ou diabète
  • obésité
  • tension artérielle supérieure à la normale
  • taux de cholestérol anormaux dans le sang

Il est donc possible que les personnes souffrant de stéatose hépatique soient plus à risque de tomber gravement malades de la COVID-19.

Populations vulnérables

Certaines populations, y compris les personnes qui consomment des substances et les sans-abri, peuvent souffrir d’affections sous-jacentes qui les mettent plus à risque de tomber gravement malades de la COVID-19. De plus, comme les personnes vivant une situation de logement inadéquat ou surpeuplé dépendent davantage d’autres personnes pour combler leurs besoins fondamentaux, elles sont moins capables de maintenir l’éloignement social et sont donc plus à risque de contracter la COVID-19.

Que faire si vous croyez avoir la COVID-19?

Obtenir de l’aide : Si vous croyez avoir été exposé au coronavirus et que vous faites de la fièvre ou éprouvez d’autres symptômes, comme une toux ou de la difficulté à respirer, appelez un professionnel de la santé ou les autorités de la santé publique de votre province ou territoire.

Il existe un test pour dépister le SRAS CoV-2 au Canada. Les autorités de la santé publique de votre région pourront vous renseigner davantage sur ce test et les moyens d’y avoir accès.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis offrent les conseils suivants aux personnes qui croient être atteintes de la COVID-19 :

Restez chez vous sauf pour obtenir des soins médicaux

  • Restez chez vous : Les personnes qui se sentent légèrement malades sous l’effet de la COVID-19 peuvent s’isoler chez elles durant la maladie. Vous devriez limiter vos activités à l’extérieur de la maison, sauf pour obtenir des soins médicaux.
  • Évitez les lieux publics : N’allez pas au travail ou à l’école et évitez les lieux publics.
  • Évitez les transports en commun : Évitez d’utiliser les transports en commun, le covoiturage et les taxis.

Éloignez-vous des autres personnes et des animaux chez vous

  • Restez loin des autres : Dans la mesure du possible, vous devriez rester dans une pièce séparée qui se trouve loin des autres personnes dans votre domicile. Utilisez également une salle de bain séparée si cela est possible.
  • Limitez vos contacts avec les animaux domestiques et autres : Vous devriez limiter vos contacts avec les animaux domestiques et autres pendant que vous êtes malade de la COVID-19, tout comme avec les autres personnes. Bien qu’aucun cas n’ait été rapporté où un animal est tombé malade de la COVID-19, on recommande aux personnes souffrant de COVID-19 de limiter leurs contacts avec les animaux jusqu’à ce que nous en sachions plus sur le virus.
  • Dans la mesure du possible, demandez à un autre membre de votre ménage de prendre soin de vos animaux pendant que vous êtes malade.
  • Si vous êtes malade de la COVID-19, évitez tout contact avec votre animal domestique : évitez de le flatter, de le câliner, de vous faire lécher et de partager votre nourriture. Si vous devez vous occuper de votre animal domestique ou être près d’autres animaux pendant que vous êtes malade, lavez-vous les mains avant et après vos interactions avec eux et portez un masque.

Appelez avant d’aller chez votre médecin

  • Appelez à l’avance : Si vous avez un rendez-vous médical, appelez votre professionnel de la santé pour lui dire que vous avez la COVID-19 ou pourriez l’avoir. Cela permettra à son personnel de prendre les mesures nécessaires pour protéger d’autres personnes contre l’infection ou l’exposition.

Portez un masque si vous êtes malade

  • Si vous êtes malade : Vous devriez porter un masque lorsque vous vous trouvez près d’autres personnes (p. ex., dans la même pièce ou le même véhicule) ou des animaux domestiques, et avant que vous entriez dans le cabinet d’un professionnel de la santé.
  • Si vous prenez soin d’autres personnes : Si la personne malade n’est pas en mesure de porter un masque (p. ex., parce qu’il l’empêche de bien respirer), les personnes qui vivent avec elle ne devraient pas rester dans la même pièce qu’elle, ou encore elles devraient porter un masque si elles entrent dans la chambre de la personne malade.

Évitez de partager les articles ménagers personnels

  • Évitez de les partager : Vous ne devriez pas partager de vaisselle, de verres, de tasses, d’ustensiles, de serviettes ou de literie avec d’autres personnes ou animaux chez vous.
  • Lavez-les soigneusement après l’usage : Après avoir utilisé ces articles, lavez-les soigneusement avec du savon et de l’eau.

Nettoyez toutes les surfaces « fréquemment touchées » tous les jours

  • Nettoyez et désinfectez : Prenez l’habitude de nettoyer fréquemment les surfaces fréquemment touchées.
  • Désinfectez toute surface entrant en contact avec des liquides corporels : Nettoyez toutes les surfaces qui risquent d’avoir été en contact avec du sang, des matières fécales ou d’autres liquides corporels.
  • Produits de nettoyage domestique : Utilisez un vaporisateur ou des lingettes de nettoyage en suivant les instructions sur l’étiquette. L’étiquette donne les instructions sur l’utilisation sécuritaire et efficace du produit de nettoyage, y compris les précautions à prendre, telles que le port de gants et le besoin de ventilation efficace.

Faites le suivi de vos symptômes

  • Obtenez de l’aide médicale : Obtenez rapidement de l’aide médicale si votre maladie est en train de s’aggraver (p. ex., si vous avez de la difficulté à respirer).
  • Appelez votre médecin : Avant de vous rendre à un établissement de soins de santé, appelez votre professionnel de la santé et dites-lui que vous avez la COVID-19 ou que vous faites l’objet d’une évaluation à cet égard.
  • Portez un masque lorsque vous êtes malade : Mettez un masque avant d’entrer dans l’établissement. Ces mesures permettront au personnel de protéger les autres personnes dans le bureau ou la salle d’attente contre l’infection ou l’exposition.

Traitement et vaccins

Il n’existe aucun traitement ou vaccin approuvé pour le SRAS CoV-2. Des recherches se poursuivent cependant sur des traitements potentiels contre l’infection au coronavirus.

Des expériences de laboratoire sur des cellules et des virus portent à croire qu’un vieux traitement anti-VIH pourrait inhiber le SRAS CoV-2. Il s’agit du lopinavir-ritonavir, un traitement vendu sous le nom de Kaletra au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé et sous le nom d’Aluvia dans d’autres régions (ainsi qu’en versions génériques). Des essais cliniques sont en cours pour déterminer si Kaletra est efficace chez les personnes souffrant de COVID-19. Il est à noter que Kaletra est associé à des effets secondaires comme la diarrhée, les selles molles et la nausée. Ce médicament peut également interagir avec de nombreuses médecines et substances, de sorte qu’il fait augmenter ou diminuer leur concentration dans le corps, ou vice versa.

Il n’existe pas de données probantes indiquant que d’autres médicaments anti-VIH sont actifs contre le SRAS CoV-2

Pour de plus amples renseignements

Les autorités de la santé publique fédérales, provinciales, territoriales et locales continuent d’offrir des conseils sur les précautions additionnelles à prendre pour limiter la propagation du virus dans votre région.

L’information au sujet de la COVID-19 change rapidement. Veuillez consulter les ressources suivantes pour les renseignements les plus à jour :

Remerciements

CATIE tient à remercier le professeur William Cameron, M.D., de l’Université d’Ottawa et Isaac Bogoch, M.D., de l’Université de Toronto, pour leur collaboration et les commentaires précieux contribués à la préparation de cet article.

—Sean R. Hosein et Timothy Rogers