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juillet 2020 

Les essais cliniques d’EIDD-2801 démarrent

Des chercheurs à l’Emory Institute of Drug Development (EIDD) de l’Université Emory à Atlanta ont mis au point un médicament antiviral appelé EIDD-2801. Ce médicament est bien absorbé lorsqu’il est pris par voie orale et est actif contre de nombreux virus. EIDD-2801 est un analogue du nucléoside cytidine. Ce dernier est une composante des molécules d’ARN. Dans les expériences de laboratoire sur des cellules, EIDD-2801 exerce une activité antivirale contre certains virus à ARN, y compris les virus de l’influenza A et B, l’Ebola et les coronavirus suivants :

  • SRAS-CoV-1 : cause du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS)
  • SRMO-CoV : cause du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO)
  • SRAS-CoV-2 : cause de la COVID-19

EIDD-2801 semble agir en causant de nombreux changements, ou mutations, dans les copies du virus cible. En provoquant des mutations multiples dans les copies virales, EIDD-2801 rend un grand nombre de celles-ci non infectieuses.

Des expériences sur des souris portent à croire que la molécule EIDD-2801 peut prévenir la maladie causée par le SRAS-CoV-1 si elle est administrée aussi peu que deux heures avant l’exposition expérimentale.

Lorsque les chercheurs ont donné EIDD-2801 aux souris après l’infection par le SRAS-CoV-1, le médicament a réduit la quantité de virus produit dans les poumons. Les autopsies des souris ont révélé que le médicament avait réduit l’ampleur des lésions pulmonaires causées par le virus. Comme tous les médicaments antiviraux, EIDD-2801 procurait le plus de bienfaits lorsqu’il était administré peu de temps après l’infection.

Durée réduite

Il importe de noter que la maladie à coronavirus causée par le SRAS-CoV-1 évolue plus rapidement chez les souris que chez les humains. À titre d’exemple, notons que le virus atteint ses concentrations maximales dans les poumons des souris dès le premier ou le deuxième jour suivant l’infection. En revanche, chez les humains, il peut s’écouler sept à 10 jours après l’apparition des symptômes avant que la quantité de virus atteigne son pic.

À propos des mutations

EIDD-2801 agit en provoquant l’apparition de mutations dans les copies de coronavirus fabriquées par les cellules infectées. En général, les cellules infectées par des virus ont une espérance de vie écourtée. Il est théoriquement plausible que les cellules non infectées par des virus incorporent EIDD-2801 dans leur développement normal et qu’elles subissent des mutations. Il est possible que ces mutations aient la capacité de causer des changements dans le fonctionnement des cellules et de provoquer éventuellement des anomalies dans le développement de ces cellules. Cependant, selon les documents rendus publics, on n’a pas découvert de telles mutations lors des expériences de laboratoire sur EIDD-2801. Il reste que d’autres expériences et études sur des animaux seront nécessaires pour confirmer l’innocuité d’EIDD-2801.

La ribavirine est un autre médicament antiviral à large spectre approuvé. Elle agit en causant de très nombreuses mutations dans les copies de virus fabriquées par les cellules infectées. La ribavirine peut cependant causer des mutations dans les cellules non infectées aussi. L’information relative à la prescription de la ribavirine met en garde contre son utilisation chez les femmes enceintes et conseille aux personnes envisageant de concevoir un enfant d’attendre qu’une certaine période de temps ait passé après la fin du traitement à la ribavirine.

Historiquement, les personnes atteintes de l’infection chronique au virus de l’hépatite C ont utilisé la ribavirine pendant des mois dans le cadre d’une combinaison de traitements. Par contre, si les autorités de réglementation finissaient par l’approuver, le traitement par EIDD-2801 durerait sans doute moins longtemps, soit une ou deux semaines en toute probabilité. Cette exposition réduite devrait contribuer à l’innocuité à long terme du médicament.

Virus résistant

Si tout se passe bien, il est probable qu’un autre antiviral à large spectre du nom de remdésivir sera approuvé pour le traitement des personnes atteintes de COVID-19. Il est plausible que le SRAS-CoV-2 mute un jour et qu’il devienne ainsi moins sensible au remdésivir. Or, selon les recherches sur les coronavirus affectant les souris, EIDD-2801 serait capable de traiter les souches virales résistantes au remdésivir chez ces animaux. Ces expériences doivent être répétées pour le SRAS-CoV-2.

Mise au point clinique

Les données non publiées semblent indiquer qu’EIDD-2801 s’est généralement révélé sûr lors d’un essai clinique de phase I. La compagnie pharmaceutique Merck, appelée MSD à l’extérieur du Canada et des États-Unis, se chargera de la mise au point d’EIDD-2801.

L’activité antivirale à large spectre d’EIDD-2801 laisse penser qu’il devrait faire l’objet d’essais cliniques pour déterminer son efficacité contre l’influenza et les coronavirus saisonniers et pandémiques.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Sheahan TP, Sims AC, Zhou S, et al.  An orally bioavailable broad-spectrum antiviral inhibits SARS-CoV-2 in human airway epithelial cell cultures and multiple coronaviruses in mice. Science Translational Medicine. 2020;12(541):eabb5883.
  2. Merck. Merck and Ridgeback Bio collaborate to advance development of novel antiviral candidate, EIDD-2801. Press Release. 26 May 2020.