Nouvelles CATIE

22 décembre 2020 

Le dépistage des problèmes d’alcool et de drogue pourrait à terme améliorer l’observance de la PrEP

  • Lorsqu’elle est utilisée comme elle est prescrite, la prophylaxie pré-exposition du VIH est très efficace
  • Les personnes ayant un problème d’alcool ou de cocaïne oublieraient plus souvent de prendre des doses de la PrEP, selon une étude menée à Toronto
  • Des chercheurs recommandent que le dépistage des problèmes d’alcool et de drogue s’effectue lors de chaque visite dans une clinique de PrEP

Au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé, il existe un comprimé que les personnes séronégatives peuvent prendre (d’ordinaire quotidiennement) afin de réduire leur risque de contracter le VIH lors des relations sexuelles. L’acte qui consiste à prendre un médicament avant de s’exposer éventuellement à un virus pour réduire le risque d’infection s’appelle la prophylaxie pré-exposition (PrEP). La combinaison des médicaments TDF et FTC, qui se vend dans un seul comprimé sous le nom de Truvada ainsi qu’en versions génériques, est largement utilisée comme PrEP. Cette combinaison de médicaments réduit considérablement le risque de contracter le VIH lorsqu’elle est utilisée comme il faut.

De nombreuses études ont révélé que la capacité de prendre un médicament comme il est prescrit, un comportement appelé observance thérapeutique, avait un impact sur son efficacité. Des études ont également révélé que les problèmes comme la dépression et la consommation d’alcool et de drogues pouvaient compromettre l’aptitude des patients à suivre fidèlement leur médication.

Une équipe de chercheurs de Toronto a mené une étude pour explorer les facteurs susceptibles de compromettre l’observance de la PrEP. Les chercheurs ont recruté 141 utilisateurs gais ou bisexuels de la PrEP dans deux cliniques et leur ont fait remplir un questionnaire afin de dépister les problèmes de santé mentale et de consommation éventuels.

Les chercheurs ont constaté que les problèmes suivants étaient relativement courants :

  • consommation excessive d’alcool
  • consommation modérée ou élevée de cocaïne
  • dépression

L’analyse a révélé que la consommation problématique d’alcool ou de cocaïne était associée à des difficultés par rapport à l’observance de la PrEP.

À la lumière de ces résultats, les chercheurs ont recommandé que les professionnels de la santé effectuent des dépistages des problèmes de santé mentale et de consommation d’alcool et de drogues afin de pouvoir offrir de l’aide à leurs patients sous PrEP en cas de besoin.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont recruté 141 participants adultes dont la vaste majorité se composait d’hommes gais ou bisexuels âgés d’environ 38 ans. Les principaux groupes ethnoraciaux incluaient des personnes de race blanche, des Chinois, des Sud-Asiatiques et des personnes de race mixte. Tous les participants suivaient une PrEP depuis au moins trois mois et depuis 16 mois dans de nombreux cas. Ils ont passé une seule entrevue dans le cadre de l’étude.

Les chercheurs ont utilisé des questionnaires qui avaient été validés auparavant par des études menées dans de grands instituts de recherche. Le questionnaire sur la consommation d’alcool s’appelait AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test ou Questionnaire de dépistage des problèmes liés à la consommation d’alcool). Les réponses des participants ont été classées dans les catégories suivantes : consommation « à faible risque, dangereuse ou nuisible ».

Les chercheurs ont utilisé le questionnaire NIDA M-ASSIST (Modified Alcohol, Smoking and Substance Involvement Screening Test ou Outil de repérage modifié d’une consommation problématique d’alcool, de tabac et de substances) du National Institute on Drug Abuse des États-Unis afin de classer les substances consommées. Pour chaque substance, un score représentant l’ampleur de la consommation a été déterminé et classé; selon les chercheurs, les scores classés comme à risque modéré et à risque élevé « justifieraient une intervention ».

Résultats

Environ 20 % des hommes ont dévoilé avoir oublié une dose ou davantage de la PrEP dans les quatre jours écoulés.

Les chercheurs ont constaté des problèmes de consommation dans les proportions suivantes :

  • 26 % des participants faisaient preuve d’une consommation « dangereuse » d’alcool
  • 13 % des participants faisaient preuve d’une consommation « à risque modéré ou élevé » de cocaïne
  • 6 % des participants faisaient preuve d’une consommation « nuisible » d’alcool

Environ 20 % des participants ont signalé des symptômes compatibles avec la dépression.

Observance et consommation de substances

Lorsque les chercheurs ont évalué l’impact de la consommation de substances sur l’observance de la PrEP, ils ont constaté ce qui suit :

  • Les hommes qui consommaient une quantité nuisible d’alcool « étaient plus de six fois plus susceptibles de faire preuve de non-observance que les buveurs à faible risque ».
  • « La consommation à risque modéré ou élevé de cocaïne augmentait de plus de trois fois le risque de non-observance, comparativement aux personnes ne courant pas ce genre de risque ».

De plus, les chercheurs ont affirmé que « la non-observance de la PrEP était significativement plus prononcée parmi les personnes aux prises avec [un problème d’alcool et un problème de cocaïne]. »

On n’a pas décelé de lien entre la dépression et la non-observance, peut-être parce qu’un grand nombre de personnes souffrant de dépression suivaient un traitement.

Plans d’action

À la lumière de ses résultats, l’équipe a recommandé les actions suivantes :

Les professionnels de la santé devraient proposer un dépistage des problèmes de consommation de substances lors de la première consultation en lien avec la PrEP, ainsi que lors des visites de suivi à la clinique. De cette manière, « on pourrait déceler rapidement tout problème d’alcool ou de drogue qui persiste, qui se développe ou qui revient au cours du traitement par la PrEP [du patient] ». On pourrait ensuite offrir aux personnes souffrant d’un problème d’alcool ou de drogue important une gamme d’interventions adaptées et fondées sur des données probantes, afin de les aider à atteindre leurs objectifs de réduction des méfaits, lesquels pourraient à leur tour améliorer l’observance de la PrEP ».

À retenir

Comme de nombreuses études, celle-ci n’est pas parfaite. Idéalement, elle aurait été de plus grande envergure et de plus longue durée, et les chercheurs auraient employé des méthodes objectives pour évaluer l’observance thérapeutique et la consommation d’alcool et d’autres substances. Notons aussi que des recherches antérieures avaient laissé croire que la non-observance de la PrEP était sous-déclarée. Cependant, si l’on avait apporté de telles modifications à la conception de l’étude, elle aurait été plus coûteuse et plus complexe à mener, et elle aurait pris plus de temps. De nos jours, la compétition pour les fonds de recherche est féroce, et cette équipe mérite nos félicitations pour avoir fait ce travail précieux sur un enjeu important.

Notons que les résultats de cette étude pourraient ne pas s’appliquer à d’autres populations ou à d’autres villes.

—Sean R. Hosein

Ressources

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale – Feuillet d’information de CATIE

La PrEP pour les populations peu étudiées : Examiner les questions sur l’efficacité et l’innocuitéPoint de mire sur la prévention

De quelle façon la PrEP prévient-elle le VIH? – Vidéo de CATIE

Questions fréquentes sur la PrEP – CATIE

Lignes directrices canadiennes sur les prophylaxies pré-exposition et post-exposition non professionnelle au VIH – Groupe de travail sur la prévention biomédicale du Réseau canadien pour les essais VIH (CTN) des Instituts de recherche en santé du Canada

PrEP for trans women – PleasePrEPme.org (en anglais et en espagnol seulement)

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RÉFÉRENCES :

  1. Shuper PA, Joharchi N, Bogoch II, et al. Alcohol consumption, substance use, and depression in relation to HIV Pre-Exposure Prophylaxis (PrEP) nonadherence among gay, bisexual, and other men-who-have-sex-with-men. BMC Public Health. 2020 Nov 25;20(1):1782.
  2. Shuper PA, Joharchi N, Monti PM, et al. Acute alcohol consumption directly increases HIV transmission risk: A randomized controlled experiment. JAIDS. 2017 Dec 15;76(5):493-500.