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novembre 2020 

On compare des personnes hospitalisées pour la COVID-19 au Royaume-Uni

Dans le cadre d’une étude appelée ISARIC, des chercheurs ont comparé les données de santé de personnes séropositives et de personnes séronégatives qui avaient toutes été hospitalisées pour la COVID-19. En général, l’équipe ISARIC a constaté que les personnes séropositives avaient tendance à être plus jeunes, étaient plus susceptibles d’être obèses, avaient des taux d’inflammation plus élevés et éprouvaient davantage de symptômes de la COVID-19 que les personnes séronégatives. Dans l’ensemble, les personnes séropositives hospitalisées pour la COVID-19 couraient un risque de décès 47 % plus élevé que les personnes séronégatives hospitalisées pour la COVID-19.

Comparaisons

Les chercheurs ont analysé des données recueillies entre janvier et juin 2020. Aux fins de la présente analyse, ils ont utilisé des données se rapportant à 47 592 personnes séronégatives et à 122 personnes séropositives, dont 112 suivaient un traitement antirétroviral (TAR) documenté. Une seule personne a reçu son diagnostic de VIH lors de son admission à hôpital. En général, les personnes séropositives étaient plus jeunes que celles séronégatives (56 ans contre 74) et avaient moins de comorbidités. Les personnes Noires étaient surreprésentées parmi les personnes séropositives hospitalisées pour la COVID-19, soit 45 % contre quelque 26 % de toutes les personnes séropositives vivant au Royaume-Uni.

  • Comme c’est le cas de l’épidémie du VIH au Royaume-Uni en général, il y avait plus d’hommes dans le groupe des séropositifs.
  • Les personnes séronégatives étaient plus susceptibles d’avoir deux comorbidités ou davantage.
  • Les personnes séropositives avaient tendance à afficher des taux plus élevés d’obésité et d’insuffisance hépatique modérée ou grave.

Symptômes

Les personnes séropositives étaient plus susceptibles de présenter les symptômes suivants au moment de l’hospitalisation :

  • fièvre
  • maux de tête
  • toux
  • douleur musculaire
  • fréquence cardiaque plus élevée que la normale
  • douleur à la poitrine

Les tests de laboratoire ont révélé que les personnes séropositives étaient plus susceptibles d’avoir un taux de globules blancs total et un taux de plaquettes plus faibles, mais un taux de lymphocytes plus élevé. La quantité de protéine C-réactive (PCR, marqueur d’inflammation) était plus élevée chez les personnes séropositives que chez celles séronégatives.

Soins intensifs et survie

Le risque d’être admis au service de soins intensifs était semblable pour les deux groupes.

28 jours après le diagnostic de COVID-19

Dans l’ensemble, 27 % des personnes séropositives et 32 % des personnes séronégatives sont décédées dans les 28 jours suivant le diagnostic de COVID-19. Cependant, lorsque les chercheurs ont ajusté leur analyse en fonction de l’âge, ils ont constaté une différence significative dans la répartition des décès chez les personnes de moins de 60 ans, comme suit :

  • personnes séropositives : 21 %
  • personnes séronégatives : 10 %

Cette différence est significative d’un point de vue statistique.

Dans l’étude ISARIC, la ou les raisons de ces résultats concernant l’âge et la survie ne sont pas claires.

Les chercheurs ont constaté que les personnes séropositives qui sont décédées étaient légèrement plus âgées et plus susceptibles de souffrir de diabète et d’obésité que les personnes séropositives qui ont survécu. De plus, il paraissait que les personnes séropositives figurant dans l’étude ISARIC étaient moins susceptibles d’avoir suivi un TAR.

À retenir

Les personnes séropositives inscrites à l’étude ISARIC avaient moins de comorbidités que les personnes séronégatives. Selon les chercheurs, cette différence tiendrait au fait que les personnes séropositives étaient considérablement plus jeunes que les personnes séronégatives.

Même si le diabète et l’obésité ont été associés à un risque accru de mortalité parmi les personnes séropositives, les chercheurs se doutent que d’autres problèmes sous-jacents non identifiés auraient pu jouer un rôle dans leur décès.

La force de l’étude ISARIC réside dans le fait que les chercheurs ont pu comparer directement des données se rapportant à des personnes séropositives et à des personnes séronégatives, et ce, en tenant compte de nombreux facteurs comme l’âge, le genre et d’autres. Il n’empêche que l’étude recelait certaines des mêmes faiblesses qui semblent miner de nombreuses études publiées sur la COVID-19 chez les personnes séropositives. Notons d’abord le manque de données immunologiques et virologiques complètes se rapportant au VIH, ainsi que l’absence de données sur l’utilisation du TAR et la situation socioéconomique des participants. Ce manque de données de différents ordres est attribuable à la difficulté qu’ont éprouvée les chercheurs à mener une étude pendant que sévissait une pandémie causée par un nouveau virus qui provoquait des perturbations énormes dans les systèmes de santé et les sociétés. De nombreux hôpitaux au Royaume-Uni et ailleurs étaient surchargés de patients malades et mourants, et leur personnel était sans doute épuisé durant la période où la collecte de données se faisait.

Pour le moment, l’équipe ISARIC offre les conseils suivants aux professionnels de la santé qui prennent soin de personnes vivant avec le VIH ou à risque :

  • Diagnostiquez le VIH le plus tôt possible.
  • Advenant un diagnostic de VIH, proposez un TAR sans tarder.
  • Optimisez le dépistage et la prise en charge des comorbidités, y compris l’obésité et le diabète.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Geretti AM, Stockdale AJ, Kelly SH, et al. Outcomes of COVID-19 related hospitalization among people with HIV in the ISARIC WHO Clinical Characterization Protocol (UK): a prospective observational study. Clinical Infectious Diseases. 2020; sous presse.