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juillet 2020 

L’hydroxychloroquine peut-elle prévenir la COVID-19?

Au tout début de la première vague de la pandémie de COVID-19, des médecins au Canada et aux États-Unis ont collaboré au lancement d’un essai randomisé à double insu, contrôlé contre placebo, pour évaluer le potentiel de l’hydroxychloroquine pour la prévention de la COVID-19. L’étude a porté sur des adultes qui avaient pu être exposés au SRAS-CoV-2 lors d’un contact avec une personne infectée à leur domicile ou au travail.

En tout, 821 personnes ont été inscrites et ont commencé à prendre les comprimés à l’étude (médicament ou placebo) dans les quatre jours suivant l’exposition éventuelle au virus. Aucune différence statistiquement significative n’a été constatée entre les proportions de personnes ayant présenté la COVID-19, soit 12 % des personnes sous HCQ et 14 % des personnes sous placebo. Les effets secondaires ont été plus courants chez les personnes traitées par HCQ (40 %) que dans le groupe placebo (17 %).

Détails de l’étude

Les participants avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :

  • âge : 40 ans
  • 50 % d’hommes, 50 % de femmes
  • 67 % étaient des travailleurs de la santé
  • affection médicale coexistante : 73 % n’avaient aucune des affections sous-jacentes habituellement associées à la sensibilité accrue à la COVID-19; les affections suivantes étaient cependant présentes en de faibles proportions : hypertension (12 %), asthme (8 %) ou diabète (4 %). (La somme des pourcentages n’est pas 100 parce qu’ils ont été arrondis.)

Résultats

Les proportions de personnes ayant présenté la COVID-19 n’ont pas différé selon qu’elles prenaient le médicament ou le placebo.

Quatre experts en maladies infectieuses ont évalué les symptômes des personnes qui en présentaient afin d’atteindre un consensus quant à savoir si elles avaient la COVID-19 ou pas. L’essai a été mené durant les premiers jours de l’épidémie de COVID-19, alors qu’il existait une pénurie de tests de dépistage du SRAS-CoV-2. Le diagnostic de la plupart des personnes a donc été fondé sur leurs symptômes et non pas sur des épreuves conçues pour détecter le virus.

L’observance des régimes à l’étude a été évaluée par les participants eux-mêmes et déclarée comme suit :

  • HCQ : 75 % des participants ont pris tous leurs comprimés au cours de l’étude
  • placebo : 83 % des participants ont pris tous leurs comprimés au cours de l’étude

Selon l’équipe de recherche, la raison la plus courante pour l’arrêt de la prise des comprimés était les « effets secondaires ». Les effets secondaires courants étaient « les nausées, les selles molles et l’inconfort abdominal ».

À retenir

C’est tout un exploit d’avoir mené un essai clinique randomisé de l’HCQ pour la prévention de la COVID-19 relativement tôt dans le cours de la pandémie.

Les participants ont été rapidement recrutés de partout en Amérique du Nord, ce qui a permis de généraliser plus fiablement les résultats de l’étude. Notons cependant que les participants étaient relativement jeunes, et grand nombre d’entre eux n’avaient pas les affections sous-jacentes que l’on observe habituellement chez les personnes hospitalisées pour la COVID-19. Par conséquent, il se peut que ces résultats soient moins applicables aux personnes courant un risque élevé d’être hospitalisées à cause de la COVID-19.

Cette étude n’a pas misé sur des tests de dépistage viraux pour diagnostiquer l’infection au SRAS-CoV-2; comme nous l’avons mentionné, il existait une pénurie de tests au moment où l’étude se déroulait. Cela veut dire que les médecins ne pouvaient être certains du nombre exact de personnes ayant fini par contracter le virus. Rappelons qu’une grande proportion des personnes porteuses du SRAS-CoV-2 n’éprouvent pas de symptômes de l’infection ni de la COVID-19.

Selon les commentaires faits par le spécialiste des maladies infectieuses Myron Cohen, M.D., dans le New England Journal of Medicine, il est possible que cette étude ait évalué par inadvertance « la prévention des symptômes ou de la progression de la COVID-19 chez des personnes infectées, plutôt que la prévention de l’infection par le SRAS-CoV-2 ».

Étant donné ces préoccupations, il est important que d’autres essais cliniques randomisés de l’HCQ se poursuivent pour évaluer la prévention et le traitement de l’infection au SRAS-CoV-2, afin que l’on puisse obtenir des données probantes à l’égard de la valeur potentielle de ce médicament.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Boulware DR, Pullen MF, Bangdiwala AS, et al.  A randomized trial of hydroxychloroquine as postexposure prophylaxis for Covid-19. New England Journal of Medicine. 2020; en voie d’impression.
  2. Cohen MS. Hydroxychloroquine for the prevention of Covid-19 – Searching for evidence. Editorial. New England Journal of Medicine. 2020; en voie d’impression.