Nouvelles CATIE

17 décembre 2020 

Le rapport CD4/CD8 peut-il servir à prévoir le risque de cancer anal chez les personnes séropositives?

  • Les personnes séropositives sont plus à risque de présenter certains cancers, dont celui de l’anus
  • Le rapport des cellules CD4 aux cellules CD8 permet de brosser un portrait global de la santé du système immunitaire
  • Le rapport CD4/CD8 contribuerait à prévoir le risque de cancer anal, affirment des chercheurs

Certaines souches du virus du papillome humain (VPH), une infection courante se transmettant par voie sexuelle, peuvent causer l’apparition et la prolifération de cellules anormales dans diverses régions du corps. À la longue, certaines de ces cellules peuvent se transformer en états précancéreux et en cancers, dont les suivants :

  • cancer anal
  • cancer du col utérin
  • cancers de la tête et du cou (touchant la gorge, les amygdales et la langue)
  • cancer du pénis
  • cancer du vagin
  • cancer de la vulve

Prévention du VPH et des maladies connexes

Le vaccin Gardasil-9 est approuvé au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé pour prévenir l’infection par les souches du VPH à l’origine des verrues anogénitales, des états précancereux et des cancers. Gardasil-9 est approuvé pour les personnes âgées de neuf à 45 ans des deux sexes. Certains territoires et provinces canadiens subventionnent le coût de Gardasil-9. Les pharmaciens peuvent renseigner leurs clients sur les subventions disponibles.

Cancer anal et VIH

L’amorce du traitement du VIH (TAR) aide à réduire la quantité de VIH dans le sang et permet au système immunitaire de commencer à se réparer. L’utilisation continue du TAR réduit le risque de complications liées au sida. De fait, le TAR est tellement puissant que les chercheurs prévoient que de nombreux utilisateurs du TAR connaîtront une espérance de vie quasi normale. Notons toutefois que le système immunitaire ne peut se réparer que partiellement sous l’effet du TAR, même si ce dernier est utilisé correctement. Par conséquent, les utilisateurs du TAR continuent de courir des risques plus élevés (comparativement aux personnes séronégatives) à l’égard de certains cancers d’origine infectieuse, notamment ceux causés par le VPH. Pour cette raison, d’importantes cliniques de grandes villes se sont dotées de programmes de dépistage du cancer anal ciblant les personnes séropositives.

Éléments clés du système immunitaire et VIH

Les personnes séropositives qui reçoivent des soins se soumettent à des prises de sang régulières afin que l’on puisse mesurer leurs taux de cellules T importantes, soit les CD4+ et les CD8+, ainsi que le rapport entre celles-ci (rapport CD4/CD8). Si l’infection au VIH n’est pas traitée, le compte de cellules CD4+ et le rapport CD4/CD8 diminuent au fil du temps. Une fois le TAR amorcé, le compte de cellules CD4+ et le rapport CD4/CD8 se mettent à augmenter. En général, plus le TAR commence tôt, plus la montée des cellules CD4+ et du rapport CD4/CD8 est rapide.

Le rapport CD4/CD8 donne un aperçu global de la santé du système immunitaire. Chez les personnes séronégatives en bonne santé, le rapport se situe généralement à 1,0 ou davantage. Lorsque le rapport baisse à moins de 1,0 chez les personnes séropositives, la recherche laisse soupçonner une présence de lésions immunitaires persistantes d’une certaine ampleur.

Cancer anal, VIH et rapport CD4/CD8

Une équipe de chercheurs de l’Université du Wisconsin a mené une étude sur le cancer anal. Elle a analysé des données se rapportant à la santé de personnes séropositives recueillies sur une période d’environ neuf ans. Les chercheurs ont réparti les participants en deux groupes :

  • 266 personnes : précancer anal et/ou cancer anal
  • 111 personnes : aucune anomalie anale

Les deux groupes se ressemblaient en ce qui avait trait aux caractéristiques clés suivantes : l’âge (mi-quarantaine), le sexe (91 % d’hommes, 9 % de femmes), l’origine ethnoraciale et les antécédents d’infections transmissibles sexuellement (ITS) et de relations sexuelles anales réceptives. Tous les participants suivaient un TAR, et leur compte de cellules CD4+ moyen se situait entre 560 et 680 cellules/mm3 au moment de leur inscription à l’étude. Le suivi a duré à peu près neuf ans.

Résultats saillants

Les chercheurs ont déterminé que les facteurs suivants étaient associés à un risque accru de précancer anal et de cancer anal :

  • sexe féminin
  • antécédents de verrues anales
  • rapport CD4/CD8 inférieur à 0,5 à n’importe quel moment par le passé ou encore un rapport CD4/CD8 inférieur à 1,0 proche du dernier dépistage de cancer anal

En revanche, les personnes dont le rapport CD4/CD8 avait été supérieur à 1,0 lors de leur dernier dépistage de cancer anal étaient significativement moins à risque de présenter un précancer ou un cancer anal.

À retenir

1. Cette étude est fondée sur des données que l’on avait recueillies dans le passé à une fin particulière et que l’on a réanalysées plus tard à une fin différente. Bien que les études rétrospectives de ce genre coûtent relativement peu à réaliser, elles peuvent amener les chercheurs à tirer involontairement des conclusions faussées lors de la réanalyse des données. Notons aussi que cette étude a recruté des participants dans une seule clinique. Compte tenu de ces facteurs, on peut dire que ces résultats sont révélateurs, mais pas définitifs. Il n’empêche que les chercheurs du Wisconsin semblent avoir découvert un moyen relativement simple de surveiller le risque de précancer anal et de cancer anal en mesurant le rapport CD4/CD8 des personnes séropositives. Il serait donc intéressant de voir d’autres centres cliniques se spécialisant dans le dépistage du cancer anal se mettre à analyser leurs données à la recherche de tendances semblables.

2. L’atteinte et le maintien d’un compte de CD4+ relativement élevé et la normalisation du rapport CD4/CD8 sont importants pour la santé globale d’une personne. Des recherches récentes menées au Canada et dans d’autres pays portent à croire qu’une telle normalisation a des chances de se produire plus rapidement si le traitement du VIH commence tôt dans le cours de l’infection.

3. Même si l’on suit un TAR, l’infection au VIH chronique peut causer un état de dysfonction immunologique persistant que les chercheurs tentent de régler en faisant des études. Des équipes canadiennes et d’autres pays ont mené des recherches qui laissent croire que la co-infection par le CMV (cytomégalovirus), un membre de la famille des virus de l’herpès, semble contribuer à la dysfonction immunologique persistante, y compris la présence d’un rapport CD4/CD8 sous-optimal. D’autres recherches sont nécessaires pour trouver une façon sûre et efficace de minimiser les effets du CMV chez les personnes co-infectées par ce virus et le VIH.

Réduire le risque de cancer

Comme de nombreux utilisateurs du TAR vivent jusqu’à un âge avancé de nos jours, il est important qu’ils fassent le plus possible des activités qui aident à promouvoir une bonne santé et une bonne qualité de vie à tout âge. Voici quelques conseils généraux :

  • L’amorce précoce du TAR aide à préserver le système immunitaire. Selon la recherche, le fait de commencer le TAR tôt dans le cours de l’infection au VIH aide à réduire significativement le risque de cancer. Les principales lignes directrices internationales sur le traitement du VIH recommandent aux médecins de proposer l’amorce du TAR aussitôt que possible après le diagnostic de l’infection au VIH.
  • Arrêter de fumer ou fumer moins. Le tabagisme est associé à de nombreux méfaits et cause plusieurs des cancers mentionnés dans ce bulletin et d’autres, y compris les cancers du poumon, du col utérin, des reins, du foie et de la bouche/gorge. Il est donc important d’aider les fumeurs à se décider à arrêter, et il faut leur offrir du soutien lorsqu’ils tentent de le faire.
  • Se faire tester pour le cancer. Nombre de régions, de cliniques et d’hôpitaux offrent des programmes de dépistage du cancer. Leurs méthodes incluent les radiographies de faible dose pour détecter le cancer du poumon, les tests Pap et d’autres évaluations conçues pour détecter des anomalies de l’anus et du col, la coloscopie pour détecter le cancer du côlon, et d’autres encore. Pour connaître ses options en matière de dépistage du cancer, il est conseillé de parler à un médecin ou à une infirmière.
  • Se faire tester pour la co-infection au virus de l’hépatite B ou C (ces deux virus peuvent causer le cancer du foie). Si une infection active par un de ces virus est détectée, les médecins et les infirmières peuvent offrir un traitement. Si aucune infection active à l’hépatite B n’est détectée et que la personne n’est pas déjà immunisée contre le virus, se faire vacciner est une option.
  • En ce qui concerne la vaccination contre le VPH (virus du papillome humain), une discussion avec un médecin est indiquée parce que ce virus peut causer des cancers de l’anus, du col utérin, de la bouche/gorge, du pénis et de la vulve. Les médecins et les pharmaciens sauront si la vaccination anti-VPH est subventionnée dans la région en question.
  • Faire de l’exercice régulièrement. La recherche indique que l’activité physique régulière peut réduire le risque de certains cancers observés chez les personnes séronégatives. Il est probable que l’exercice contribue également à réduire le risque de cancer chez les personnes séropositives. Pour savoir quels genres d’activités physiques conviennent, il est conseillé de parler à un médecin ou à une infirmière.  
  • Maintenir un poids santé. La recherche porte à croire que l’obésité est associée à un risque accru de cancer, et que la perte de poids intentionnelle est associée à une réduction du risque. Pour connaître les façons d’atteindre et de maintenir un poids santé, il est conseillé de parler à un médecin ou à une infirmière.
  • Adopter un régime alimentaire nutritif. Une alimentation saine riche en fruits et en légumes colorés, ainsi qu’en fibres, est associée à une réduction globale du risque de cancer. Certains grands hôpitaux offrent l’accès subventionné à un counseling nutritionnel.

—Sean R. Hosein

Ressources

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