Nouvelles CATIE

9 octobre 2018 

La Colombie-Britannique souligne le besoin de services de santé mentale destinés aux personnes vivant avec le VIH

  • Des chercheurs de la Colombie-Britannique ont comparé les dossiers de santé de patients séropositifs et séronégatifs.
  • Les patients séropositifs étaient deux fois plus susceptibles de se faire diagnostiquer un trouble de l’humeur.
  • L’âge, la sexualité et l’utilisation de drogues injectables étaient associés aux diagnostics de maladies mentales.

Plusieurs études ont permis de constater que les troubles mentaux étaient plus courants chez les personnes séropositives que chez les personnes séronégatives. Les troubles en question incluent les suivants :

  • anxiété
  • dépression
  • dépression bipolaire
  • troubles schizo-affectifs
  • troubles de stress post-traumatique

Il est possible que des facteurs biologiques, psychologiques et/ou socioéconomiques jouent un rôle dans l’accroissement des risques de certains de ces troubles mentaux. S’ils ne sont pas diagnostiqués, traités ou bien pris en charge, les troubles mentaux peuvent détériorer la santé générale, la qualité de vie et, dans certains cas, la capacité de suivre fidèlement son traitement contre le VIH (TAR).

Des chercheurs du Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique, de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université Simon Fraser ont collaboré à une étude afin de comparer les taux de troubles mentaux (également appelés troubles de l’humeur majeurs) parmi les personnes séropositives et séronégatives. Les chercheurs ont trouvé que les taux globaux de troubles mentaux non diagnostiqués étaient deux fois plus élevés chez les personnes séropositives. Ils ont également constaté que les personnes séropositives souffrant de troubles mentaux légers et/ou de problèmes de consommation étaient susceptibles d’être atteintes subséquemment par des problèmes de santé mentale plus graves. Les chercheurs ont affirmé que ces résultats et d’autres encore de leur étude « soulignent la nécessité de soins du VIH et de santé mentale complets et holistiques ».

Détails de l’étude

Les chercheurs ont fouillé dans plusieurs bases de données de santé portant sur des personnes séropositives et séronégatives, notamment une base de données appelée Comparative Outcomes and Service Utilization Trends (COAST). En utilisant les données recueillies auprès d’un grand groupe de personnes séropositives (6 546) et d’un échantillon représentatif de personnes séronégatives (485 250), l’équipe s’est concentrée sur les nouveaux diagnostics de troubles de l’humeur posés chez des adultes entre 1998 et 2012.

Tous les participants étaient dans la mi- ou la fin de la trentaine lors de leur admission à l’étude, et tous les participants séropositifs s’étaient fait prescrire un TAR.

Résultats

Voici les proportions de personnes ayant reçu un diagnostic de trouble de l’humeur au cours des 14 années de l’étude :

  • personnes séropositives : 24 %
  • personnes séronégatives : 12 %

Cette différence est significative du point de statistique, c’est-à-dire non attribuable au seul hasard.

Les proportions de troubles mentaux ou de problèmes connexes étaient les suivantes chez les différents groupes de personnes :

Nouveaux diagnostics de troubles mentaux selon le sexe :

Femmes

  • séropositives : 24 %
  • séronégatives : 16 %

Hommes

  • séropositifs : 24 %
  • séronégatifs : 9 %

Nouveaux diagnostics de troubles mentaux et antécédents d’injection de drogues :

Femmes

  • séropositives : 52 %
  • séronégatives : 1 %

Hommes

  • séropositifs : 28 %
  • séronégatifs : 2 %

Accent sur les personnes séropositives

Les chercheurs ont découvert les tendances suivantes parmi les personnes séropositives :

Sexe

  • Bien qu’il n’y ait pas eu de différence statistiquement significative entre les taux de diagnostics de troubles mentaux chez les hommes séropositifs et les femmes séropositives, un résultat saillant réside dans le fait que les antécédents d’injection de drogues étaient plus courants parmi les femmes que parmi les hommes.

Âge

  • Les personnes de plus de 60 ans étaient moins susceptibles de présenter un nouveau trouble mental que les personnes âgées de 19 à 29 ans.

Sexualité

  • Les hommes gais, bisexuels et hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes avaient des taux de diagnostics de troubles mentaux plus élevés que les hommes hétérosexuels.

Observance thérapeutique et santé

  • Les personnes ayant fait l’objet d’un diagnostic de trouble mental étaient plus susceptibles de ne pas renouveler leurs ordonnances pour le TAR et d’avoir un compte de CD4+ plus faible et une charge virale plus élevée que les personnes séropositives qui n’avaient pas reçu ce genre de diagnostic.

Manifestations plus légères ou plus graves de maladie

  • Les personnes qui avaient initialement une forme plus légère d’un trouble mental étaient plus à risque de se faire diagnostiquer subséquemment un trouble plus grave.

À retenir

Environ 25 % des participants séropositifs ont fait l’objet d’un diagnostic de trouble mental au cours de l’étude. Comme il s’agit d’un important pourcentage de personnes, ce résultat a poussé les chercheurs à réfléchir sur l’état du milieu de santé générale et de santé mentale des personnes séropositives vivant en Colombie-Britannique. À la suite de cette réflexion et de l’analyse des résultats d’autres études, les chercheurs ont fait les déclarations suivantes :

  • D’autres recherches sont nécessaires pour « explorer les facteurs contribuant à l’incidence élevée de troubles mentaux, telle la dépression, parmi les femmes séropositives faisant face à de nombreuses iniquités et barrières chevauchantes en matière de soins du VIH et de santé mentale… Des efforts et recherches cruciales sont nécessaires pour promouvoir l’utilisation et l’offre accrues de services de santé mentale intégrés destinés aux femmes vivant avec le VIH en Colombie-Britannique ».
  • « La combinaison de symptômes cliniques, d’effets secondaires du traitement, de dépendances, de stigmatisation, de discrimination et de criminalisation à laquelle font face [les personnes séropositives] peut masquer les symptômes de dépression et créer des obstacles à l’accès aux services de santé mentale, de sorte qu’il est difficile pour les professionnels de la santé de reconnaître et de diagnostiquer les troubles mentaux. Faute de traitement, les troubles mentaux ont été associés à l’augmentation de la consommation de substances et du nombre de suicides, ainsi qu’à la réduction de l’observance du TAR et à la détérioration des résultats du traitement [lors d’études antérieures]. »
  • Les résultats de cette étude « indiquent que les formes plus légères de dépression, d’anxiété généralisée et de consommation problématique sont des prédicteurs probables de la survenue de formes plus graves de dépression et de troubles bipolaires ».
  • « Des efforts devraient être déployés pour reconnaître et aborder tôt les préoccupations de santé mentale et la consommation de substances, afin de pouvoir améliorer les résultats du traitement et le bien-être général [des personnes séropositives] et des personnes faisant partie de la population générale de la Colombie-Britannique. »
  • « L’augmentation de l’accès aux services de santé mentale et de traitement des dépendances parmi les [personnes séropositives] s’est révélée une stratégie rentable et une intervention importante pour améliorer les résultats du traitement et la [survie] générale. »

Pour résumer les implications de leurs résultats, les chercheurs ont lancé l’appel suivant : « Le traitement exhaustif des troubles mentaux, des dépendances et des maladies infectieuses concomitantes devrait être incorporé dans les normes de soins se rapportant au traitement du VIH en Colombie-Britannique, au Canada et partout dans le monde ».

Ressources

Des chercheurs de Vancouver étudient les taux de réadmission à court terme chez les personnes séropositives hospitaliséesNouvelles CATIE

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—Sean R. Hosein

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