Nouvelles CATIE

25 septembre 2018 

Des chercheurs de Vancouver étudient les taux de réadmission à court terme chez les personnes séropositives hospitalisées

  • Des chercheurs de la Colombie-Britannique ont analysé les dossiers hospitaliers de plus de 7 000 personnes vivant avec le VIH.
  • 13 % des personnes séropositives ont été réadmises à l’hôpital dans les 30 jours suivant leur congé initial.
  • Les patients ayant un seul professionnel de la santé étaient moins susceptibles d’avoir besoin d’être réadmis.

Des études ont révélé que les personnes séropositives qui sont réadmises à l’hôpital dans les 30 jours suivant une hospitalisation initiale sont plus à risque de connaître un mauvais état de santé.

Des chercheurs œuvrant au Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique et dans des universités de Vancouver ont mené une étude pour explorer les raisons éventuelles pour lesquelles certaines personnes séropositives sont plus à risque d’être réadmises à l’hôpital à court terme. Ayant passé en revue les dossiers médicaux de plus de 7 000 personnes séropositives hospitalisées entre 1996 et 2015, les chercheurs ont découvert qu’environ 13 % d’entre elles avaient été réadmises à l’hôpital dans les 30 jours suivant la fin d’un séjour antérieur à l’hôpital.

Ayant analysé de nombreux facteurs susceptibles d’avoir joué un rôle dans la réadmission, les chercheurs ont trouvé que les personnes qui avaient tendance à consulter le même professionnel de la santé pour la plupart de leurs soins médicaux étaient moins susceptibles d’avoir besoin d’être réadmises à l’hôpital. « Nos résultats soutiennent l’adoption d’interventions visant à bâtir les relations patient-professionnel afin d’optimiser les résultats pour les personnes vivant avec le VIH et d’améliorer la durabilité des soins de santé », ont affirmé les chercheurs.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont fouillé dans plusieurs bases de données afin d’évaluer les informations relatives à la santé des patients séropositifs qui avaient dû être réadmis à l’hôpital dans les 30 jours suivant un congé initial. Les bases de données contenaient également des informations sur la nature des soins recherchés au cours de l’année ayant précédé l’hospitalisation.

Les chercheurs se sont concentrés sur 7 013 patients séropositifs qui avaient été hospitalisés entre avril 1996 et mars 2015. Tous les patients s’étaient fait prescrire une combinaison de médicaments anti-VIH puissants (TAR) avant l’hospitalisation.

Les participants avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :

  • âge : 43 ans
  • 80 % d’hommes, 20 % de femmes
  • compte de cellules CD4+ : presque la moitié des participants avaient moins de 350 cellules/mm3
  • charge virale : 126 copies/ml
  • environ 41 % des participants avaient des antécédents d’injection de drogues

Résultats

Les chercheurs ont trouvé que 931 patients (13 %) ont été réadmis à l’hôpital dans les 30 jours suivant leur congé initial. Un total de 564 patients (8 %) ont été réadmis pour le même problème qui les avait poussés à se faire hospitaliser antérieurement.

Ces pourcentages constatés en Colombie-Britannique sont plus faibles que ceux observés dans les contextes de soins des États-Unis, où les taux de réadmission après 30 jours s’élevaient à près de 20 % parmi les personnes séropositives, selon une étude. Cependant, les statistiques américaines ne se comparent pas facilement aux chiffres canadiens parce que, contrairement aux États-Unis, le Canada a un système de santé universel. De plus, en ce qui concerne particulièrement la Colombie-Britannique, les patients ne sont pas obligés de payer l’accès aux médicaments essentiels, y compris le TAR.

Ayant tenu compte de nombreux facteurs (dont l’âge, le sexe, les antécédents d’injection de drogues, la charge virale, le compte de CD4+, la gravité des maladies co-existantes, l’année civile), les chercheurs ont trouvé que les personnes qui avaient recherché la plupart de leurs soins médicaux auprès d’un seul praticien dans l’année précédant leur hospitalisation étaient considérablement moins susceptibles d’être hospitalisées de nouveau à court terme.

Voici une liste des principaux genres de médecins auprès desquels les patients avaient recherché des soins dans l’année précédant leur hospitalisation :

  • médecins de famille (omnipraticiens) : 73 %
  • spécialistes de la médecine interne : 10 %
  • psychiatres : 5 %

Voici les principales raisons de l’admission (et de la réadmission) à l’hôpital (dans l’ordre décroissant) :

  • maladies et troubles du tractus intestinal
  • infections touchant plusieurs sites dans le corps
  • troubles de la santé mentale

Pour de nombreuses personnes, la réadmission à l’hôpital est un événement éprouvant. De surcroît, les hospitalisations coûtent très cher au système de santé. Pour réduire le nombre de réadmissions à l’hôpital, les chercheurs ont formulé plusieurs recommandations couvrant différents aspects des services de santé et de la prestation des soins.

Améliorer la relation médecin-patient

Selon les chercheurs, de nombreuses personnes séropositives continuent de faire l’objet de stigmatisation sociale, soit les attitudes et les comportements négatifs qu’ont d’autres personnes à leur égard à cause de leur statut VIH et d’autres facteurs comme « la maladie mentale, l’itinérance ou l’usage de drogues injectables ». Cette stigmatisation peut inciter certaines personnes séropositives à se méfier du système de santé et à hésiter à « rechercher et rester impliquées dans les soins ». Les chercheurs ont affirmé qu’il était possible que certains professionnels de la santé « aient contribué par inadvertance » au problème de la méfiance des patients. Pour surmonter cette méfiance, les chercheurs ont recommandé que les professionnels de santé reçoivent de la formation afin qu’ils puissent « dispenser des soins sensibles aux traumatismes dans un effort pour bâtir la confiance et la relation avec leurs patients ». Ils ont suggéré que la formation et l’éducation des médecins abordent les façons de favoriser « la communication efficace et le partage des prises de décisions ». Les chercheurs ont affirmé qu’une étude future devrait examiner l’impact que l’inclusion de ces questions dans la formation et l’éducation des médecins aurait sur les taux de réadmission hospitalière.

Importance des médecins de famille

Dans la présente étude, près de 75 % des soins médicaux dispensés dans l’année précédant la réadmission à l’hôpital ont été fournis par des médecins de famille. Selon les chercheurs, pour de nombreuses personnes séropositives vivant à l’époque actuelle, les soins du VIH ont évolué : autrefois axés sur la prestation de soins actifs, ils sont maintenant plus centrés sur la prise en charge de problèmes de santé chroniques comme les « maladies cardiovasculaires ou rénales ». En raison de cette évolution, les médecins de famille sont bien positionnés pour dispenser les soins dont les personnes séropositives ont besoin. Les chercheurs ont de plus affirmé que les médecins de famille étaient capables de « fournir un important soutien psychosocial et une approche [des soins] centrée sur la personne et d’améliorer ainsi la qualité des soins ». En outre, selon les chercheurs, l’intégration des soins du VIH dans la pratique des médecins de famille peut assurer « la prestation de soins complets [à toutes les personnes séropositives] et la réduction des admissions à l’hôpital ». Les chercheurs ont recommandé la surveillance des taux de réadmission hospitalière parmi les personnes séropositives à l’avenir.

Systèmes de santé

À la lumière de leurs résultats, les chercheurs de Vancouver ont encouragé les systèmes de santé à s’orienter vers les modèles de prestation des soins qui prônent les approches suivantes :

  • coordination des soins aux patients par les fournisseurs de soins primaires (médecins de famille, infirmières praticiennes)
  • intégration des services de soins du VIH dans les soins primaires
  • « programmes d’éducation des médecins à grande échelle »

Vers l’avenir

Les études qui analysent les informations captées par les bases de données (études par observation) coûtent peu cher comparativement aux grands essais cliniques prospectifs. Peu importe leur envergure, les études par observation ne peuvent jamais prouver de lien de « cause à effet ». Autrement dit, les études par observation comme celle-ci ne peuvent prouver que les personnes qui reçoivent la plupart de leurs soins médicaux du même professionnel de la santé (habituellement un médecin de famille) courent un moindre risque d’être hospitalisées de nouveau à court terme (s’il arrive qu’elles aient besoin d’être hospitalisées). Étant donné l’austérité qui influence actuellement les dépenses des gouvernements et les investissements dans la recherche sur la santé, il est peu probable qu’une grande étude prospective soit menée dans un proche avenir sur les taux de réadmission hospitalière parmi les personnes séropositives. Pour cette raison, cette analyse effectuée à Vancouver est utile et arrive à un moment opportun.

Une autre approche pourrait consister à interroger un sous-groupe de patients et de professionnels de la santé pour en savoir plus sur ce que les chercheurs ont appelé le « lien émotionnel » entre le médecin et le patient et comment ce dernier pourrait influencer les comportements favorables à la santé et les taux de réadmission hospitalière.

Pour conclure, notons que cette étude a cherché seulement à déterminer si les patients avaient des antécédents d’injection de drogues. Les chercheurs n’ont pas été en mesure de déterminer si les patients consommaient encore des drogues. Il n’est pas clair si cette différence entre les catégories d’utilisation de drogues a pu influencer les conclusions de l’étude.

Ressources

Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique

Le temps apporte un changement dans le service VIH d'un des plus grands hôpitaux du CanadaNouvelles CATIE

Taux élevés d'utilisation des soins de santé mentale et des dépendances en OntarioNouvelles CATIE

Les personnes séropositives hospitalisées pour des problèmes de santé mentale ont besoin de soins continusNouvelles CATIE

Enquête de chercheurs : Où vont les patients lorsqu'ils laissent les soins du VIH?Nouvelles CATIE

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

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