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CATIE
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  • Une équipe de l’Alberta a mené une étude de dix ans auprès de 2 096 personnes vivant avec le VIH
  • 18 % des participant·e·s ont cessé de prendre leur traitement contre le VIH et vécu subséquemment un « épisode de percée virale »
  • L’équipe a proposé les traitements injectables, la prévention de la violence et l’accès au logement comme solutions

L’accessibilité répandue des traitements contre le VIH (TAR) a eu un impact énorme sur la pandémie du VIH au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. Une fois le TAR commencé, ce traitement réduit la quantité de VIH dans le sang. Si les gens continuent de prendre le TAR comme il se doit, la quantité de VIH finit par diminuer tellement qu’elle n’est plus détectable par les tests de laboratoire de routine. Une quantité si faible ou inhibée de VIH est couramment décrite comme « indétectable ». Grâce à cette réduction de la charge virale, le système immunitaire peut commencer à se réparer. Le TAR est tellement puissant que les scientifiques prévoient une espérance de vie quasi normale pour de nombreuses personnes utilisant ce genre de traitement.

Alberta

Malgré l’accessibilité du TAR et au système de santé universel qui existe dans la partie Sud de Alberta, certaines personnes séropositives arrêtent de prendre leur traitement contre le VIH. Pour explorer cette question, une équipe de recherche de la Southern Alberta Clinic de Calgary a analysé des données recueillies entre 2010 et 2020 auprès de 2 096 personnes séropositives qui s’étaient fait prescrire un TAR. L’équipe s’est concentrée sur les personnes qui, sous l’effet du traitement, avaient initialement une charge virale inhibée (moins de 40 copies/ml), mais qui ont vu celle-ci dépasser subséquemment les 1 000 copies/ml. L’équipe a décrit ce phénomène comme un « épisode de percée virale » (EPV).

L’équipe de recherche a constaté que près de 20 % des personnes inscrites à l’étude avaient vécu au moins un EPV. Les personnes qui vivaient ce genre d’épisode étaient plus susceptibles d’être hospitalisées pour des complications liées au VIH. Elles avaient aussi un système immunitaire affaibli (compte de CD4+ plus faible) et leur risque de décès était plus élevé.

L’équipe de recherche a découvert plusieurs facteurs susceptibles d’accroître le risque d’EPV dont nous parlons en détail plus loin dans ce bulletin de Nouvelles CATIE. Selon l’équipe, ses résultats révèlent « la nécessité de programmes de soins personnalisés novateurs pour les [personnes sous TAR] les plus à risque de vivre des EPV ».

Résultats

Lorsqu’elle a analysé ses données, l’équipe de recherche a constaté que 1 710 personnes avaient atteint et maintenu une charge virale inhibée. Cependant, 386 personnes dont la charge virale était inhibée initialement ont cessé de prendre leur TAR et avaient conséquemment une charge virale détectable persistante (plus de 1 000 copies/ml dans cette étude) par la suite.

Accent sur les EPV

Sur les 386 personnes ayant vécu un EPV, 240 n’ont connu qu’un seul épisode.

Les personnes qui ont vécu un seul EPV avaient tendance à interrompre leur TAR pour une période moyenne de 325 jours consécutifs. Chez les personnes ayant vécu plusieurs EPV, les interruptions du traitement duraient de 335 à 1 066 jours.

Il importe de souligner la déclaration suivante de l’équipe de recherche à propos de toutes les personnes ayant vécu un EPV : « À chaque occasion [où un EPV s’est produit], les personnes touchées ont réussi à [avoir à nouveau une charge virale inhibée], ce qui démontrait à la fois leur intérêt et leur capacité de reprendre les soins et de suivre un TAR de façon réussie ».

Facteurs de risque d’EPV

Selon l’équipe de recherche, les personnes qui avaient 40 ans ou moins lors de leur diagnostic de VIH étaient plus susceptibles de vivre subséquemment un EPV. En général, les facteurs suivants augmentaient le risque d’EPV :

  • hétérosexualité
  • usage de drogues injectables
  • violence interpersonnelle
  • itinérance
  • logement instable
  • antécédents d’incarcération
  • consommation excessive d’alcool

Les Autochtones étaient plus susceptibles de vivre un EPV que les non-Autochtones.

Facteurs de risque d’EPV multiples

En ce qui concerne la survenue d’EPV multiples, l’équipe de recherche a constaté un risque accru chez les femmes et chez les personnes en situation d’itinérance.

Impact à long terme sur la santé

Le VIH nuit au système immunitaire de plusieurs façons différentes. Il n’est donc pas surprenant que le système immunitaire se soit affaibli (baisse du compte de CD4+) chez les personnes ayant vécu un EPV.

L’équipe de recherche a constaté un taux d’hospitalisation de 16 % chez les personnes ayant vécu un EPV, comparativement à 4 % chez les personnes ayant une charge virale inhibée.

Au cours de l’étude, 139 personnes sont décédées, ce qui représente 7 % de la cohorte. Le taux de mortalité a été de 12 % chez les personnes ayant vécu un EPV, et 13 % des décès ont été causés par des complications liées au VIH. Chez les personnes n’ayant pas vécu d’EPV, 6 % sont décédées, et 5 % des décès étaient attribuables à des complications liées au VIH.

Mesures nécessaires

L’équipe de recherche recommande que les cliniques interviennent « dès la survenue d’un premier EPV » afin de réduire le risque d’EPV additionnels. Pour faciliter le rétablissement des personnes vivant un EPV et la prévention d’EPV subséquents, des approches personnalisées seront nécessaires parce que, comme l’affirme l’équipe de recherche, « ces personnes font face à des défis sociaux et émotionnels qui doivent être pris en compte ».

À l’avenir

Il est probable que les problèmes soulevés par l’équipe de la Southern Alberta Clinic se produisent à divers degrés dans des cliniques à travers le Canada (et dans d’autres pays à revenu élevé). Les possibilités d’intervention proposées par l’équipe de recherche albertaine incluent les suivantes :

  • prise en considération du recours au TAR injectable à action prolongée
  • prévention de la violence interpersonnelle
  • facilitation de l’accès au logement

L’équipe de recherche a souligné que les coûts de telles interventions « pourraient être défrayés en partie par les économies découlant de la prévention des conséquences nuisibles des EPV sur la santé ».

Interventions nécessaires non mentionnées

L’équipe de recherche n’a pas mentionné les interventions suivantes qui pourraient également aider certaines personnes :

  • services de réduction des méfaits
  • amélioration de l’accès à la nourriture

Les Autochtones du Canada subissent encore les séquelles de siècles de colonialisme et de racisme. Les mesures rectificatives nécessaires incluent l’offre de soins culturellement adaptés qui tiennent compte des traumatismes et la mise en œuvre des actions revendiquées par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Atteinte des cibles de l’OMS

Pour aider à améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH et à éliminer le sida, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fixé comme objectif que 95 % des personnes séropositives sous TAR aient une charge virale inhibée d’ici 2025. Comme l’étude albertaine le révèle, un certain nombre de personnes séropositives auront besoin d’aide pour maintenir une charge virale inhibée à long terme. Afin que cette aide leur parvienne et que les objectifs de l’OMS soient réalisés, des efforts seront nécessaires pour atteindre et soutenir les populations vulnérables vivant avec le VIH.

—Sean R. Hosein

Ressources

Centre national pour la vérité et la réconciliationUniversité du Manitoba

CAAN

Cibles 2025 en matière de sida : ONUSIDA (en anglais seulement)

RÉFÉRENCES :

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