Le VIH et le vieillissement

Est-ce le VIH ou est-ce le vieillissement?

Nombre des changements liés à la santé qui surviennent avec le vieillissement peuvent être similaires aux symptômes du VIH. Jetons un coup d’œil à certaines affections médicales associées à la fois au vieillissement et au VIH.

Déclin général du système immunitaire

En vieillissant, votre système immunitaire perd de son efficacité à protéger votre organisme contre les infections et les maladies. C’est la raison pour laquelle le VIH non traité évolue plus rapidement chez les personnes âgées et ce qui explique l’importance du diagnostic précoce.

Le VIH endommage le système immunitaire, mais ces dommages sont en grande partie réversibles lorsque les personnes commencent un traitement, puis atteignent et maintiennent une charge virale indétectable. Cependant, certains préjudices induits par le VIH persistent : par exemple, le système immunitaire peut perdre sa capacité à se souvenir de son exposition aux germes qu’il a déjà rencontrés. Pour compliquer la situation davantage, le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge. Cela ne signifie pas que les personnes âgées qui suivent un traitement du VIH et qui ont amélioré leur compte de CD4 vont avoir le sida, mais cela indique que vous devez rester en santé. Parlez à votre médecin du vaccin antigrippal annuel et des vaccins contre le zona et la pneumonie. Selon vos antécédents médicaux, votre médecin pourrait également vous recommander d’autres vaccins.

Maladies rénales

Dans la population générale, la fonction rénale commence à diminuer graduellement après l’âge de 30 ans. Par conséquent, le risque de maladies du rein augmente avec l’âge. Cependant, comme l’infection au VIH entraîne une inflammation générale dans l’organisme, toutes les personnes atteintes du VIH présentent un risque plus élevé de maladies rénales, qu’elles aient ou non une charge virale indétectable. Le risque est plus élevé chez les personnes dont le compte de CD4 est inférieur à 200 ou dont la charge virale n’est pas maîtrisée.

Lorsque l’infection au VIH non traitée est la cause de problèmes rénaux, le traitement du VIH peut aider. Certains médicaux antirétroviraux peuvent cependant causer des lésions rénales. Le fumarate de ténofovir disoproxil (TDF) est un médicament vendu sous le nom Viread qui se retrouve également dans Atripla, Complera, Delstrigo, Stribild et Truvada.

Des essais cliniques ont révélé qu’il cause des lésions rénales chez un petit nombre d’utilisateurs. Une version plus récente du ténofovir appelée TAF (ténofovir alafénamide) serait plus sûre pour les reins. On le retrouve dans Biktarvy, Descovy, Genvoya, Odefsey et Symtuza. Si vous suivez un régime à base de TDF, votre médecin devrait surveiller votre fonction rénale dans le cadre de vos analyses sanguines régulières. Si vous ressentez des effets secondaires associés aux reins, votre médecin pourrait vous faire passer à un régime à base de TAF.

Maladies cardiovasculaires (cœur et vaisseaux sanguins)

Les maladies cardiovasculaires sont vastes et désignent les maladies des artères coronaires, la crise cardiaque et l’accident vasculaire cérébral (AVC). On les appelle souvent les maladies du cœur. Avec l’âge, le risque de maladies du cœur augmente pour tout le monde, que vous ayez ou non le VIH. Les femmes âgées de plus de 55 ans et les hommes âgés de plus de 45 ans présentent un risque plus élevé de maladies du cœur que les personnes plus jeunes. Si un membre de votre famille a une maladie cardiaque — votre père, votre mère, un oncle ou un frère ou une sœur, par exemple — votre risque d’en être atteint sera plus élevé que celui d’une personne qui n’a pas d’antécédents familiaux.

Bien que vous ne puissiez rien faire pour certains facteurs de risque de maladies cardiaques, comme votre âge et vos antécédents familiaux, vous pouvez maîtriser de nombreux facteurs associés à votre mode de vie. En voici quelques-uns :

  • tabagisme
  • surpoids
  • sédentarité
  • mauvaise alimentation
  • consommation d’alcool
  • taux élevé de cholestérol et de lipides ou de gras dans le sang
  • prédiabète et diabète
  • tension artérielle élevée (hypertension)

Les personnes atteintes du VIH présentent un risque beaucoup plus grand d’avoir une maladie du cœur, et ce, à un plus jeune âge que les personnes séronégatives. La relation entre le VIH et les problèmes cardiaques n’est toujours pas entièrement comprise. Cependant, certaines études montrent que les médicaments antirétroviraux, particulièrement les plus anciens comme les inhibiteurs de la protéase, peuvent augmenter le risque de problèmes cardiaques en élevant le taux de cholestérol et de triglycérides dans le sang. Des recherches montrent également que des facteurs liés au mode de vie comme le tabagisme, l’utilisation de drogues injectables et la sédentarité peuvent augmenter le risque. D’autres études donnent à penser que le VIH lui-même pourrait causer des problèmes cardiaques.

Habitudes cardiaques saines

Vous pouvez réduire votre risque de problèmes cardiaques en adoptant les habitudes de vie suivantes :

  • adopter une saine alimentation (beaucoup de fruits, de légumes, de grains entiers et de protéines)
  • faire de l’activité physique régulièrement — particulièrement de l’exercice aérobique ou cardiovasculaire
  • cesser de fumer ou fumer moins
  • limiter sa consommation d’alcool
  • éviter la cocaïne, le crack, la meth en cristaux, l’ecstasy/la MDMA, la kétamine et le GHB
  • aller voir son médecin régulièrement pour surveiller sa santé cardiaque

Lorsque le VIH est présent pendant une longue période, particulièrement lorsqu’il n’est pas traité, il entraîne une inflammation des vaisseaux sanguins, ce qui peut être un facteur de risque de maladies du cœur et d’autres affections. Des essais cliniques sur des médicaments qui diminuent l’inflammation sont en cours. Même si les effets secondaires des médicaments antirétroviraux augmentent le risque de problèmes cardiaques, il ne fait toutefois aucun doute que les avantages de ces traitements surpassent grandement les risques.

Ménopause précoce

Pour la plupart des femmes, la ménopause survient entre l’âge de 45 ans et de 55 ans. Durant cette période, la production d’hormones féminines (œstrogène et progestérone) chute, ce qui entraîne finalement l’arrêt complet des menstruations.

Bien que les répercussions du VIH sur la ménopause ne soient pas bien étudiées, la ménopause surviendrait plus tôt chez les femmes atteintes du VIH. Chez les femmes vivant avec le VIH au Canada, l’âge médian de la ménopause est de 48 ans, soit trois ans plus tôt que pour la population générale. On n’en connaît pas la raison, mais il existe de nombreux facteurs possibles, dont les suivants :

  • un faible nombre de globules rouges (anémie)
  • une diminution de la production d’œstrogène et de progestérone
  • une perte de poids
  • une diminution du compte de CD4
  • l’utilisation de drogues, comme l’héroïne et la méthadone
  • la co-infection à l’hépatite C

La ménopause entraîne un risque accru de nombreux problèmes de santé, dont les suivants :

  • cancer du sein, des poumons ou des ovaires
  • emphysème ou autres maladies pulmonaires
  • ostéoporose
  • maladies cardiovasculaires (du cœur)

Nombre des symptômes de la ménopause et du VIH se chevauchent. En voici quelques-uns :

  • bouffées de chaleur
  • sueurs nocturnes
  • changements de la peau et des poils/cheveux
  • troubles du sommeil
  • perte de mémoire
  • fatigue
  • changements émotionnels/dépression légère

Le fait que la ménopause et le VIH aient ces symptômes en commun peut compliquer la tâche de déterminer la cause des symptômes. Par conséquent, le diagnostic de VIH peut être retardé ou manqué complètement. Parlez à votre médecin si vous avez des antécédents familiaux de toute affection médicale mentionnée ci-dessus ou si vous avez des préoccupations concernant les symptômes de ménopause.

Maladies des os

Vos os sont vivants et croissent. La force de vos os, ou votre densité osseuse, est déterminée en partie par la quantité de calcium, de magnésium, de phosphore et d’autres minéraux qu’ils contiennent.

Lorsque vous avez le VIH, votre risque d’avoir une maladie osseuse augmente, que vous suiviez ou non un traitement. Les recherches donnent à penser que près de 50 pour cent des personnes atteintes du VIH peuvent présenter une perte osseuse précoce ou une ostéopénie. Le risque de fracture chez les personnes vivant avec le VIH serait près de trois fois plus élevé que celui de la population séronégative.

L’inflammation chronique causée par le VIH serait un facteur de la perte osseuse. L’âge est également un facteur de risque des problèmes osseux, tout comme le genre. Les femmes, par exemple, ont un risque plus élevé que les hommes d’ostéoporose, une maladie des os qui rend les os minces et fragiles et faciles à fracturer, particulièrement au niveau des hanches, de la colonne vertébrale et des poignets. C’est en partie parce que les femmes ont en moyenne une masse osseuse 30 pour cent inférieure à celle des hommes.

Les femmes sont particulièrement vulnérables à l’ostéoporose après la ménopause, lorsque l’œstrogène — un facteur clé dans le maintien de la force des os chez les femmes — n’est plus produit par les ovaires. Or, le VIH semble causer davantage de perte osseuse chez les hommes que chez les femmes. Cela signifie que, quel que soit votre genre, il est important de porter une attention particulière à votre santé osseuse.

Les autres facteurs de risque pour les hommes et les femmes comprennent les antécédents familiaux d’ostéoporose, le tabagisme et le manque d’exercices de mise en charge.

Garder ses os forts

Comme la cause exacte des problèmes osseux chez les personnes atteintes du VIH n’est pas connue, la prévention de la perte osseuse est la meilleure stratégie. Vous pouvez aider à prévenir la perte osseuse en adoptant les habitudes de vie suivantes :

  • adopter une saine alimentation (beaucoup de fruits, de légumes, de grains entiers et de protéines)
  • augmenter votre consommation d’aliments riches en calcium (produits laitiers, haricots, fèves et légumes-feuilles verts) et prendre des suppléments de vitamine D3
  • faire beaucoup d’exercices de mise en charge, comme la marche, la course, la randonnée ou l’entraînement avec poids et haltères
  • limiter ou éliminer votre consommation de caféine, de cigarettes et d’alcool

Si vous avez un diagnostic d’ostéopénie ou d’ostéoporose, parlez à votre médecin de vos options pour maintenir ou augmenter votre densité osseuse.

Chutes et faiblesse

Peu importe votre statut sérologique, le risque de chute augmente chez toute la population avec l’âge. Les chutes augmentent les risques de fracture osseuse. Différentes raisons peuvent causer une chute, comme les conditions météorologiques pluvieuses ou hivernales. Durant ces périodes, vous devriez être plus prudent lorsque vous marchez et vérifier vos chaussures pour voir si vos semelles sont usées. Les personnes âgées atteintes du VIH peuvent être plus susceptibles que leurs pairs séronégatifs d’être confrontées à certains problèmes médicaux qui augmentent le risque de chute. Dans certains cas, les chutes peuvent laisser entrevoir divers problèmes, dont des infections aux oreilles, des problèmes d’équilibre, des troubles de la vue et une difficulté à coordonner les muscles et les mouvements. C’est pourquoi il est important de discuter de la prévention des chutes avec votre professionnel de la santé.

En vieillissant, les gens deviennent généralement plus faibles et fragiles. Les signes de fragilité sont les suivants :

  • muscles plus faibles (avoir plus de difficulté à lever et à porter des objets)
  • démarche plus lente
  • perte de poids involontaire
  • sentiment de fatigue fréquent

Des études ont révélé que les problèmes de santé courants comme les maladies cardiovasculaires et le diabète peuvent contribuer à la fragilité. Cependant, la fragilité n’est pas inévitable et elle peut être réversible si les causes sont ciblées et que les bonnes interventions sont effectuées. L’activité physique et les exercices d’équilibre peuvent être particulièrement utiles. Parlez à votre professionnel de la santé si vous croyez présenter des signes de fragilité.

Cancers

Avant que le traitement combiné du VIH soit introduit dans le milieu des années 1990, les cancers les plus courants chez les personnes atteintes du VIH étaient les cancers liés au VIH, et il s’agissait notamment de la maladie de Kaposi, du lymphome non hodgkinien et du cancer du col utérin. Maintenant, grâce à l’efficacité du traitement du VIH, vous êtes beaucoup moins susceptible d’avoir ces cancers si vous avez le VIH.

Cependant, le risque général de développer un vaste éventail de cancers augmente avec l’âge. Les hommes et les femmes de plus de 50 ans ont un risque accru de cancer du côlon ou du rectum (colorectal), par exemple. Les cancers liés à l’âge sont maintenant plus courants que les cancers liés au VIH parmi les personnes suivant un traitement du VIH.

Voici certains cancers non liés au VIH observés plus souvent et à un plus jeune âge chez les personnes atteintes du VIH que dans la population générale :

  • cancer du poumon
  • cancer de la peau
  • cancer de l’anus
  • cancer de l’estomac
  • cancer du foie (plus fréquent
  • chez les personnes co-infectées par l’hépatite C)
  • cancer buccal (bouche/gorge)
  • maladie de Hodgkin

Les taux de cancer du sein, du côlon et de la prostate chez les personnes atteintes du VIH sont similaires aux taux de la population générale.

Les personnes vivant avec le VIH et atteintes du cancer rencontrent des problèmes plus graves que les personnes séronégatives atteintes du même type de cancer. Des tests de dépistage sont offerts pour certains cancers (pour plus d’information à ce sujet, cliquez ici). Pour une détection précoce, qui peut améliorer vos chances de survie, il est important de passer tout test de dépistage que votre médecin vous recommande. Pour prévenir le cancer, parlez à votre médecin des changements que vous pourriez apporter à vos habitudes de vie.

Diabète

L’insuline est une hormone produite par le pancréas pour réguler la quantité de sucre ou de glucose dans le sang. Le diabète apparaît lorsque votre pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline ou lorsque votre organisme ne répond pas à l’insuline aussi bien qu’il le devrait.

Êtes-vous à risque de diabète?

Les facteurs de risque du diabète sont les suivants :

  • être âgé de plus de 45 ans
  • surpoids
  • mode de vie sédentaire (peu ou pas d’exercice)
  • antécédents familiaux de diabète
  • ancêtres autochtones, africains, latino-américains ou asiatiques
  • tension artérielle élevée (hypertension)
  • taux élevés de cholestérol ou de triglycérides dans le sang
  • co-infection à l’hépatite C
  • tabagisme

Certains médicaments antirétroviraux plus anciens sont associés à un risque accru de diabète. Heureusement, plusieurs nouveaux médicaments n’ont pas cet effet secondaire. Cependant, le VIH lui-même peut accroître le risque de diabète, surtout chez ceux qui sont atteints du VIH depuis longtemps, qui ne suivent pas de traitement et qui ont une charge virale élevée et un compte de CD4 faible.

Plusieurs habitudes de vie peuvent vous aider à conserver vos taux de sucre dans le sang dans les valeurs normales :

  • Limiter la quantité de sucre et d’aliments riches en amidon dans votre alimentation, comme les desserts, les boissons gazeuses, le riz blanc et les pommes de terre.
  • Choisir les grains entiers et les aliments non transformés qui contiennent des fibres, comme l’orge, le riz brun et l’avoine, qui sont des choix de céréales sains.
  • Manger en plus petite quantité.
  • Avoir une alimentation équilibrée, qui comprend des sources de protéines saines, comme les viandes maigres et au moins deux portions de poisson par semaine.
  • Faire de l’activité physique le plus souvent possible, idéalement tous les jours.

Si vous faites du diabète, essayez d’obtenir les conseils d’un nutritionniste ayant de l’expérience avec le VIH et le diabète.

Santé sexuelle

Si vous avez le VIH, vous pouvez tout de même avoir une vie sexuelle saine et satisfaisante en vieillissant. En fait, la santé sexuelle est essentielle à votre bien-être. Il peut être rassurant de savoir que des recherches ont maintenant prouvé que le VIH n’est pas transmissible sexuellement lorsque vous prenez votre traitement régulièrement et que vous maintenez une charge virale indétectable.

Les problèmes sexuels et la faible libido (désir sexuel) peuvent survenir chez les hommes et les femmes, particulièrement en vieillissant.

C’est un sujet délicat qui est souvent passé sous silence et non traité. En voici certaines causes possibles :

  • le VIH lui-même
  • un effet secondaire du médicament
  • un déséquilibre hormonal (y compris un faible taux de testostérone chez les hommes et les femmes)
  • une maladie cardiovasculaire (y compris les problèmes de cœur, d’artères et de veines)
  • le diabète
  • le stress et la dépression

Il est important de parler à votre médecin de vos problèmes sexuels, car, dans de nombreux cas, ils peuvent être pris en charge et vous pouvez avoir une vie sexuelle satisfaisante et heureuse.