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mai 2020 

Les intestins, le foie et la COVID-19

Les coronavirus comme le SRAS-CoV-2, cause de la COVID-19, provoquent chez certaines personnes une maladie grave touchant habituellement les poumons. Il existe aussi des coronavirus potentiellement dangereux qui peuvent causer des lésions intestinales et hépatiques, tels que le SRAS-CoV et le SRMO-CoV. Il est donc possible que le SRAS-CoV-2 cause des problèmes semblables aussi.

En général, les études menées en 2002-2003 auprès de personnes atteintes de SRAS ont révélé que l’augmentation des taux d’enzymes hépatiques (AST et ALT) avait lieu dès les stades précoces de la maladie. Dans les cas les plus graves de SRAS, les lésions hépatiques étaient plus nombreuses. Dans certains cas, les personnes présentant des lésions hépatiques liées au SRAS avaient également des concentrations accrues du produit de déchet bilirubine et de la protéine albumine dans le sang. De plus, les biopsies de tissus hépatiques prélevés chez des personnes atteintes de SRAS laissaient croire que leur foie avait subi des lésions causées par le SRAS-CoV.

COVID-19

Une revue d’études menées auprès de personnes diagnostiquées positives à la COVID-19 a permis de constater un certain degré de lésions hépatiques chez entre 15 % et 53 % d’entre elles. Notons que ces lésions se révélaient par la présence de taux d’enzymes hépatiques élevés dans les échantillons de sang, ainsi que par un taux élevé de bilirubine dans certains cas.

Les cellules du foie et du canal biliaire ont la protéine ACE2 à leur surface. Cette protéine sert de récepteur au SRAS-CoV-2 et aide le virus à entrer dans les cellules. La question de savoir si ce virus infecte directement ou indirectement le foie n’a pas encore de réponse claire.

Jusqu’à présent, aucun rapport n’est paru dans les revues examinées par des pairs où il est question de grands nombres de personnes atteintes de l’hépatite virale B ou C qui ont également contracté la COVID-19. Il n’empêche que certains médecins craignent que le foie des personnes atteintes d’une hépatite virale chronique puisse subir des lésions additionnelles si elles éprouvent des symptômes graves de la COVID-19.

Il est nécessaire d’évaluer les effets que les médicaments couramment utilisés pour gérer les complications de la COVID-19 exercent sur le foie. Notons que les antibiotiques et les stéroïdes comme la prednisolone figurent au nombre de ces médicaments.

Une équipe de médecins du Centre clinique de santé publique de Shanghai a passé en revue les dossiers médicaux de 148 personnes (75 hommes, 73 femmes) qui avaient cherché de l’aide à cause de la COVID-19. L’ARN du SRAS-CoV-2 était présent chez tous ces patients. Les médecins ont constaté que 37 % des patients avaient des taux élevés d’enzymes hépatiques dans le sang. Ces mêmes personnes avaient également des protéines dans le sang qui laissaient soupçonner une inflammation généralisée, telle la protéine C-réactive. Il importe cependant de noter que les médecins ont constaté une association entre la prise de Kaletra (lopinavir-ritonavir) et une augmentation des taux d’enzymes du foie.

Kaletra a été approuvé il y a près de 20 ans pour être utilisé dans les combinaisons de médicaments anti-VIH. Face à la crise causée par la pandémie de COVID-19, des médecins dans plusieurs pays ont eu recours à des médicaments approuvés à d’autres fins, notamment le traitement d’un virus différent, dans l’espoir de sauver la vie de personnes infectées par le SRAS-CoV-2. Au début de la pandémie de COVID-19, on utilisait couramment Kaletra à cette fin dans les hôpitaux chinois. Comme l’analyse effectuée à Shanghai est de nature rétrospective, il n’est pas possible de déterminer avec certitude si les taux élevés d’enzymes hépatiques étaient causés par l’exposition à Kaletra ou encore par l’évolution pathologique naturelle de la COVID-19. Quoi qu’il en soit, les médecins de Shanghai recommandent la prudence lorsqu’on prescrit Kaletra comme traitement potentiel de la COVID-19.

Diarrhée et autres symptômes

Des médecins de la province chinoise de Guangdong ont fait état des cas de 95 personnes atteintes de SRAS-CoV-2 aigu dont plusieurs ont éprouvé des problèmes gastro-intestinaux. Soixante-cinq pour cent de ces personnes ont présenté des symptômes gastro-intestinaux, dont la plupart se sont produits après l’hospitalisation. Les symptômes incluaient les suivants :

  • diarrhées
  • perte de l’appétit
  • nausées

Il importe de noter que 12 % des patients avaient des symptômes gastro-intestinaux avant d’être hospitalisés.

Les médecins se doutaient que les diarrhées survenues durant l’hospitalisation étaient attribuables à l’usage d’antibiotiques (prescrits pour traiter l’infection pulmonaire).

L’analyse des échantillons de selles ont révélé que le SRAS-CoV-2 était détectable chez 22 des 42 personnes éprouvant des symptômes gastro-intestinaux et chez neuf personnes sur 23 n’ayant pas de tels symptômes.

Une évaluation additionnelle a permis de constater que le SRAS-CoV-2 était détectable dans les frottis ou les échantillons de liquide prélevés dans la gorge, l’estomac, le duodénum et le rectum de deux personnes souffrant de symptômes graves. Parmi les patients éprouvant des symptômes non graves, le SRAS-CoV-2 a été détecté chez une seule personne et uniquement dans le duodénum.

Les médecins ont trouvé que la présence de symptômes gastro-intestinaux ne semblait pas avoir d’impact sur la survie des personnes atteintes de COVID-19.

D’autres chercheurs chinois ont examiné des bases de données contenant de l’information sur différentes sortes de cellules. Leur recherche a confirmé que certaines cellules du tractus digestif avaient la protéine ACE2 à leur surface. Rappelons que cette protéine sert de point d’entrée au SRAS-CoV-2.

Il existe au moins deux théories susceptibles d’expliquer pourquoi certaines personnes atteintes de SRAS-CoV-2 aigu éprouvent des symptômes gastro-intestinaux :

  • Le virus peut infecter des cellules du tractus gastro-intestinal et y provoquer des dommages.
  • L’infection des cellules du tractus gastro-intestinal provoque de l’inflammation, ce qui permet aux bactéries et aux champignons se trouvant éventuellement dans le tractus digestif d’entrer dans la circulation.

Comme c’est le cas de toutes les études sur le SRAS-CoV-2, il est important de considérer ces résultats comme préliminaires.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Lin L, Jiang X, Zhang Z, et al. Gastrointestinal symptoms of 95 cases with SARS-CoV-2 infection. Gut. 2020; en voie d'impression.
  2. Xu L, Liu J, Lu M, Yang D, Zheng X. Liver injury during highly pathogenic human coronavirus infections. Liver International. 2020; en voie d'impression.
  3. Zhang H AND Kang Z, Gong H, et al. Digestive system is a potential route of COVID-19: an analysis of single-cell coexpression pattern of key proteins in viral entry process. Gut. 2020; en voie d'impression.
  4. Fan Z, Chen L, Li J, et al. Clinical features of COVID-19-related liver damage. Clinical Gastroenterology and Hepatology. 2020; en voie d'impression.