TraitementActualités
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décembre 2018 

La bithérapie d’entretien avec dolutégravir + rilpivirine

Un comprimé contenant deux médicaments anti-VIH, soit le dolutégravir et la rilpivirine, a été approuvé pour l’utilisation au Canada, dans l’Union européenne et aux États-Unis. Ce comprimé se vend sous le nom de marque Juluca et est censé être utilisé comme traitement d’entretien. Avant le traitement d’entretien, on supprime initialement la charge virale du patient en lui donnant une combinaison standard de trois ou quatre médicaments (on appelle cela un traitement d’induction). Une fois la charge virale supprimée et maintenue (à moins de 50 copies/ml), le médecin pourrait proposer au patient de remplacer son régime actuel par un régime simplifié contenant deux médicaments, soit Juluca.

Dans le cadre d’essais cliniques appelés Sword 1 et Sword 2, des chercheurs ont testé la combinaison dolutégravir + rilpivirine chez plus de 1 000 participants pendant jusqu’à deux ans. À la fin de cette période, 89 % des participants recevant Juluca avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml, ce qui confirme que cette combinaison est puissante et tolérable.

Nous avons déjà rendu compte des résultats à 48 semaines des essais Sword 1 et Sword 2 ici.

Dans ce numéro de TraitementActualités, nous nous concentrons surtout sur les résultats obtenus après la semaine 52.

Comme les essais Sword 1 et Sword 2 ont été conçus de manière identique, leurs données ont été regroupées aux fins de la présente analyse.

Les participants qui prenaient déjà une combinaison anti-VIH puissante (TAR) et qui avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml sous l’effet d’un régime standard de trois ou quatre médicaments ont été répartis au hasard pour recevoir une des interventions suivantes :

  • Juluca, un comprimé une fois par jour avec de la nourriture : 513 personnes
  • continuation du régime de TAR en cours pendant les 52 premières semaines de l’étude, puis Juluca par la suite : 511 personnes

Comme les points ci-dessus l’indiquent, tous les participants prenaient Juluca à partir de la semaine 52. Ils seront tous suivis pendant un total de 144 semaines, mais l’analyse dont il est question ici porte sur des données se rapportant aux 100 premières semaines de l’étude.

Lors de leur admission aux essais Sword 1 ou Sword 2, les participants avaient le profil moyen suivant :

  • âge : 43 ans
  • 22 % de femmes, 78 % d’hommes
  • principaux groupes ethnoraciaux : Blancs – 80 %; Noirs – 8 %; Asiatiques – 9 %; Autochtones – 3 %
  • compte de CD4+ : 600 cellules/mm3
  • charge virale : moins de 50 copies/ml

Avant la randomisation, c’est-à-dire la répartition aléatoire des participants pour recevoir un des régimes à l’étude, les combinaisons couramment utilisées incluaient les suivantes :

  • Atripla (éfavirenz + ténofovir DF + FTC)
  • raltégravir (Isentress) + Truvada (ténofovir DF + FTC)
  • darunavir (Prezista) + ritonavir + Truvada

Résultats

Comme les participants ont commencé l’étude avec une charge virale indétectable (moins de 50 copies/ml), les chercheurs s’intéressaient à déterminer dans quelles proportions cette suppression s’est maintenue :

Semaine 48

  • Juluca : 95 %
  • TAR initial : 95 %

Semaine 100

  • Juluca pris de la semaine 1 à la semaine 100 : 89 %
  • Juluca pris de la semaine 52 à la semaine 100 : 93 %

Ces différences entre les proportions de participants ayant une charge virale supprimée ne sont pas significatives du point de vue statistique. Ainsi, l’efficacité de Juluca comme traitement d’entretien est considérée comme semblable à celle de la trithérapie standard.

Les proportions de participants dont le régime n’a jamais réussi à supprimer la charge virale à moins 50 copies/ml (situation qualifiée d’« échec virologique » par les chercheurs) étaient les suivantes :

  • Juluca pris de la semaine 1 à la semaine 100 : 13 personnes (3 %)
  • Juluca pris de la semaine 52 à la semaine 100 : 10 personnes (2 %)

Dans certains cas d’échec virologique, l’analyse a laissé croire que le VIH des participants était partiellement résistant au dolutégravir ou à la rilpivirine dès leur admission à l’étude.

Les données de certains participants n’étaient pas disponibles pour l’analyse à la semaine 100 parce que les personnes en question avaient quitté l’étude pour une variété de raisons, telles que l’échec du traitement, un choix personnel, des effets secondaires, un déménagement, une grossesse et d’autres.

Complications et effets secondaires

Le terme effet indésirable est utilisé par les chercheurs pour décrire une variété d’événements malheureux qui peuvent se produire dans le cadre d’un essai clinique. Ces événements peuvent être causés par les effets secondaires des médicaments, le processus pathologique sous-jacent ou encore des circonstances n’ayant rien à voir avec l’essai clinique.

Chez les participants recevant Juluca, les effets secondaires généraux courants ont été les nausées (2 %) et les maux de tête (2 %), lesquels ont généralement été légers et temporaires.

Les proportions de participants qui ont quitté l’étude à cause d’effets secondaires embêtants ont été les suivantes :

  • Juluca pris de la semaine 1 à la semaine 100 : 7 %
  • Juluca pris de la semaine 52 à la semaine 100 : 3 %

Accent sur le cerveau

Les médicaments se trouvant dans Juluca, soit le dolutégravir et la rilpivirine, sont capables d’entrer dans le cerveau. Voilà une bonne qualité parce que des cellules infectées par le VIH sont également présentes dans le cerveau. Cependant, l’inconvénient tient au fait que ces médicaments provoquent parfois des effets secondaires qui perturbent l’humeur et le sommeil d’une personne. Dans cette étude, les proportions de participants qui sont partis prématurément à cause d’effets secondaires d’ordre cérébral ont été les suivantes :

  • Juluca pris de la semaine 1 à la semaine 100 : 34 personnes (7 %)
  • Juluca pris de la semaine 52 à la semaine 100 : 15 personnes (3 %)

Voici la répartition des effets indésirables cérébraux spécifiques qui ont poussé certains participants à quitter prématurément l’étude :

Juluca pris de la semaine 1 à la semaine 100

  • anxiété : 4 personnes
  • effet lié à la dépression : 4 personnes
  • pensées d’automutilation : 4 personnes
  • problèmes de sommeil : 2 personnes
  • cauchemars : 1 personne
  • suicide : 1 personne

Juluca pris de la semaine 52 à la semaine 100

  • problèmes de sommeil : 3 personnes
  • effet lié à la dépression : 3 personnes
  • confusion : 1 personne
  • perte de libido : 1 personne
  • « motivation diminuée » : 1 personne
  • pensées suicidaires : 1 personne

En raison de la conception de cette étude, il n’est pas clair quelle proportion des effets neuropsychiatriques a été causée par l’exposition à Juluca entre la semaine 52 et la semaine 100. Cependant, l’examen des résultats à 48 semaines de l’essai pourrait aider à évaluer la répartition des effets secondaires touchant la santé mentale :

Analyses de sang et d’urine

Les os

Les examens radiographiques de faible dose (DEXA) constituent l’étalon d’or en ce qui concerne l’évaluation de la densité minérale osseuse. Cependant, lors des études en question ici, au lieu d’effectuer des examens DEXA, les chercheurs ont évalué les taux de certaines protéines dans le sang qui sont associées aux changements dans la densité osseuse. Dans l’ensemble, ils ont trouvé que Juluca avait probablement un effet neutre sur les os.

Les reins

Les tests de sang et d’urine ont laissé soupçonner une modeste amélioration de la santé rénale au cours des études.

Les lipides : cholestérol et triglycérides

Il semble que Juluca n’ait pas eu d’impact significatif sur les taux de lipides dans le sang.

Vers l’avenir

Les résultats des essais Sword 1 et Sword 2 sont prometteurs. Ils laissent croire que le traitement d’entretien par Juluca est possible et qu’il peut réussir chez de nombreux patients. Les essais cliniques de Juluca se poursuivront jusqu’à la semaine 144.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Aboud M, Orkin C, Podzamczer D, et al. Durable suppression 2 years after switch to dolutegravir + rilpivirine 2-drug regimen: SWORD-1 and SWORD-2 studies. In: Program and abstracts of the 22nd International AIDS Conference, 23-27 July 2018, Amsterdam, Netherlands, poster THPEB047.