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juillet/août 2018 

Impact de problèmes non liés au VIH sur la survie

Depuis 1996, la disponibilité de combinaisons de traitements anti-VIH puissants (TAR) au Canada et dans de nombreux pays à revenu élevé a donné lieu à une réduction considérable de la morbidité et de la mortalité liées au sida, au moins parmi les personnes qui sont au courant de leur infection et qui prennent un TAR tous les jours tel qu’il est prescrit afin de maintenir la suppression du VIH dans leur sang. Grâce à l’utilisation soutenue du TAR, de nombreuses personnes séropositives vivront jusqu’à l’âge d’or. De plus, nombre d’essais cliniques ont révélé que les personnes qui atteignent et maintiennent une charge virale indétectable sous l’effet du TAR ne transmettent pas le VIH à leurs partenaire sexuels. Cependant, les chercheurs constatent de plus en plus que certaines, voire de nombreuses personnes séropositives éprouvent des problèmes de santé co-existants, c’est-à-dire des comorbidités.

Les responsables d’une grande base de données observationnelles appelée ART-CC (Antiretroviral Therapy Cohort Collaboration) ont amassé des données relatives à la santé dans des cliniques importantes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. Au Canada, ce sont des cliniques du sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique qui participent à l’ART-CC. De temps en temps, les chercheurs affiliés à l’ART-CC analysent leurs données et publient des rapports.

Une récente analyse effectuée par l’ART-CC s’est concentrée sur des données recueillies auprès de quelque 125 000 personnes séropositives qui ont commencé un TAR entre 1996 et 2014 et qui ont fait subséquemment l’objet d’un suivi. Les chercheurs de l’ART-CC ont cherché des tendances dans les maladies liées au VIH et les maladies non liées au VIH.

Les chercheurs ont trouvé que les décès non attribuables au sida étaient deux fois plus nombreux que les décès attribuables aux suites du sida. Des interventions, dont certaines sont décrites plus loin dans ce rapport, sont nécessaires pour prévenir les décès attribuables à n’importe quelle cause parmi les personnes séropositives.

Détails de l’étude

Pour l’ART-CC, on a recruté des adultes qui commençaient un TAR au moment de leur admission à l’étude. La présente analyse porte sur 124 537 participants dont le profil moyen au début de l’étude était le suivant :

  • 76 % d’hommes, 24 % de femmes
  • âge : 38 ans
  • compte de CD4+ : 244 cellules/mm3
  • charge virale : 67 000 copies/ml
  • les chercheurs ont regroupé les participants en fonction de la façon dont ils ont contracté l’infection : relations hétérosexuelles – 35 %; relations sexuelles entre hommes – 35 %; injection de drogues – 17 %; transfusions de sang contaminé – 1 %; dans le reste des cas, aucune information sur la voie d’infection n’était disponible
  • durée de la participation à l’étude : cinq ans

Résultats

Environ 11 % des participants ont présenté une maladie liée au sida. Une telle maladie peut se déclarer durant une période de plusieurs mois suivant l’amorce du TAR, selon l’ampleur de l’affaiblissement du système immunitaire. Le TAR aide le système immunitaire à se réparer, mais ces réparations prennent du temps.

Les chercheurs se sont concentrés sur trois complications liées au sida parce qu’ils souhaitaient en savoir plus. Les complications en questions se sont déclarées chez les participants dans les proportions suivantes :

  • tuberculose : 15 %
  • PPC (pneumonie à Pneumocystis) : 13 %
  • LNH (lymphome non-hodgkinien) : 7 %

Il importe de noter que la moitié des participants avaient moins de 245 cellules CD4+ quand ils ont commencé l’étude. Il n’est donc pas surprenant que ces complications se soient produites.

Mortalité

Un total de 11 280 décès se sont produits au cours de l’étude, dans les proportions suivantes :

  • décès liés au sida : 24 %
  • décès non liés au sida : 36 %
  • cause inconnue : 40 %

Voici la répartition des décès de causes non liées au sida :

  • cancers : 24 %
  • « accident/suicide/surdose » : 17 %
  • maladie cardiovasculaire : 16 %
  • infections graves non liées au sida : 15 %
  • complications hépatiques : 13 %
  • complications pulmonaires : 3 %

Prévention des complications liées au sida

Les complications liées au sida se produisent à cause de l’affaiblissement du système immunitaire. De façon générale, les complications de ce genre deviennent un problème lorsque le compte de CD4+ tombe sous la barre des 200 cellules/mm3. Pour réduire le risque d’infections liées au sida, les chercheurs de l’ART-CC recommandent que les personnes à risque de contracter le VIH se fassent offrir ce qui suit :

  • dépistages fréquents (afin que l’infection puisse être diagnostiquée dès un stade précoce)
  • amorce précoce du TAR

Prévention des complications non liées au VIH

Comme des problèmes non liés au sida ont causé de nombreux décès durant cette étude, les chercheurs recommandent la réduction des facteurs qui augmentent le risque de mortalité non liée au sida. Pour ce faire, le dépistage des problèmes suivants, entre autres, serait nécessaire :

  • co-infection au virus de l’hépatite B ou C
  • tabagisme
  • lésions rénales
  • tumeurs liées au virus du papillome humain dans la région anogénitale et la bouche/gorge
  • maladies cardiovasculaires
  • anxiété, dépression et autres troubles de santé mentale
  • excès de poids
  • consommation problématique de substances
  • mauvaise observance du traitement du VIH

Si les dépistages découvrent ces problèmes, les interventions à envisager incluent les suivantes :

  • traitement du virus de l’hépatite B ou C
  • vaccination contre l’hépatite B pour les personnes à risque
  • aides à la cessation du tabagisme
  • traitement des maladies cardiovasculaires, y compris des conseils nutritionnels (donnés par un diététiste agréé si possible), un programme d’exercices et l’utilisation de médicaments pour aider à normaliser la tension artérielle et les taux de lipides sanguins
  • orientation vers un programme de traitement de l’alcoolisme et de la dépendance aux drogues ou encore un programme de réduction des méfaits

L’ART-CC ne recueille pas de données sur la consommation de substances, la santé mentale ou l’indice de masse corporelle (IMC). De plus, 40 % des causes de décès manquaient à la présente analyse parce que ces données n’avaient pas été fournies par les cliniques participant à l’ART-CC. Les chercheurs ont cependant effectué une analyse de sensibilité en éliminant les cliniques qui n’avaient pas envoyé de données suffisantes; cela leur a permis de constater que les tendances générales discernées dans l’analyse plus large étaient encore présentes. Cela porte à croire que les problèmes de santé non liés au sida deviendront encore plus problématiques chez les personnes séropositives avec le temps. Si l’on souhaite que plus de personnes connaissent tous les bienfaits du TAR — notamment une espérance de vie quasi-normale —, il faudra porter plus d’attention aux facteurs qui semblent nuire de plus en plus aux personnes séropositives et à leur survie. En dépistant et en traitant ces problèmes, on pourra maintenir la qualité de vie ou même l’améliorer.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Pettit AC, Giganti MJ, Ingle SM, et al. Increased non-AIDS mortality among persons with AIDS-defining events after antiretroviral therapy initiation. Journal of the International AIDS Society. 2018 Jan;21(1).

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