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juillet/août 2018 

Remplacement d’un régime à base d’inhibiteur de la protéase par Biktarvy

Lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’une combinaison de traitements anti-VIH (TAR), les médicaments de la classe appelée inhibiteurs de l’intégrase exercent une activité anti-VIH puissante et sont généralement bien tolérés. Par conséquent, davantage de médecins les prescrivent et davantage de patients les prennent de nos jours.

Le bictégravir est un nouvel inhibiteur de l’intégrase et fait partie d’un régime complet en un seul comprimé appelé Biktarvy. Les autres médicaments dans Biktarvy s’appellent TAF (ténofovir alafénamide) et FTC (emtricitabine). On prend ce comprimé une fois par jour avec ou sans nourriture, le jour ou la nuit.

Aux fins d’une étude, des chercheurs du Canada et d’autres pays ont recruté des adultes qui prenaient un régime à base d’inhibiteur de la protéase et qui avaient une charge virale indétectable. Les participants ont été répartis au hasard pour recevoir Biktarvy (290 personnes) ou pour continuer à prendre leur régime à base d’inhibiteur de la protéase (287 personnes). À la 48e semaine de l’étude, presque tous les participants maintenaient encore une charge virale indétectable. En général, les taux d’effets secondaires ont été semblables peu importe le régime utilisé, bien que les maux de tête aient été plus fréquents parmi les utilisateurs de Biktarvy.

Détails de l’étude

Les participants avaient le profil moyen suivant au début de l’étude :

  • 83 % d’hommes, 17 % de femmes
  • âge : 48 ans
  • principaux groupes ethnoraciaux : Blancs – 66 %; Noirs – 27 %; Asiatiques – 2 %; Autochtones – 1 %
  • compte de CD4+ : 620 cellules/mm3
  • 83 % n’avaient pas de symptômes de l’infection au VIH
  • co-infection au virus de l’hépatite B (VHB) : 3 %
  • co-infection au virus de l’hépatite C (VHC) : 2 %
  • DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé, une mesure générale de la santé rénale) : 105 ml/minute

Les inhibiteurs de la protéase couramment utilisés incluaient les suivants :

  • atazanavir (Reyataz)
  • darunavir (Prezista)

Chacun de ces médicaments était pris avec une faible dose d’un autre médicament anti-VIH appelé ritonavir. Le ritonavir avait pour rôle d’augmenter le taux de l’autre inhibiteur de la protéase dans le sang et de le maintenir ainsi afin qu’une seule dose quotidienne de l’atazanavir ou du darunavir soit efficace.

En plus des inhibiteurs de la protéase, les participants à cette étude prenaient les combinaisons de médicaments anti-VIH suivantes :

  • TDF (disoproxil fumarate de ténofovir) + FTC (emtricitabine)
  • abacavir + 3TC

L’étude a duré 48 semaines.

Résultats

À la 48e semaine de l’étude, les proportions de participants ayant une charge virale indétectable (moins de 50 copies/ml) étaient les suivantes :

  • Biktarvy : 92 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 89 %

De plus, à la semaine 48, les proportions de participants ayant une charge virale inférieure à 20 copies/ml étaient les suivantes :

  • Biktarvy : 86 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 85 %

Ces différences ne sont pas significatives du point de vue statistique. L’analyse porte à croire que, dans l’ensemble, Biktarvy a une efficacité semblable à celle des principaux régimes à base d’inhibiteur de la protéase.

Effets indésirables

Dans les essais cliniques, le terme effet indésirable est utilisé pour décrire les événements malheureux qui risquent de se produire. Certains d’entre eux sont attribuables au processus pathologique sous-jacent, d’autres aux médicaments à l’étude et d’autres encore n’ont rien à voir avec l’étude.

Les proportions de participants ayant éprouvé des effets indésirables liés au traitement étaient les suivantes :

  • Biktarvy : 19 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 2 %

Cette différence entre les deux régimes était surtout attribuable aux maux de tête, qui se sont produits dans les proportions suivantes :

  • Biktarvy : 12 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 4 %

Voici la répartition des autres effets secondaires :

Diarrhées

  • Biktarvy : 2 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 0 %

Flatulences

  • Biktarvy : 2 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 0 %

Nausées

  • Biktarvy : 2 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 0 %

En général, la plupart des effets secondaires étaient d’intensité légère à modérée et disparaissaient avec le temps.

Accent sur les maux de tête

Selon les chercheurs, les maux de tête survenaient durant les huit premières semaines du traitement par Biktarvy. Les maux de tête étaient généralement légers et disparaissaient graduellement chez la plupart des participants.

À la 48e semaine de l’étude, les participants se plaignaient encore de maux de tête dans les proportions suivantes :

  • Biktarvy : 2 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 1 %

Personne n’a quitté prématurément l’étude à cause de maux de tête.

Effets indésirables graves

Les effets indésirables graves se sont produits dans les proportions suivantes :

Biktarvy : deux personnes utilisant ce régime ont dû quitter prématurément l’étude pour les raisons suivantes :

  • éruption cutanée : une personne
  • schizophrénie : une personne; une enquête a laissé croire que la schizophrénie était liée à l’exposition à Biktarvy

Régime à base d’inhibiteur de la protéase : une personne utilisant ce régime a dû quitter prématurément l’étude pour les raisons suivantes :

  • fracture osseuse et lésions rénales

Décès

Deux décès se sont produits durant l’étude. Une personne recevant Biktarvy s’est fait diagnostiquer des tumeurs pulmonaires qui se sont propagées au cerveau. Une personne recevant le régime à base d’inhibiteur de la protéase a succombé aux suites d’un traumatisme crânien d’origine violente. Ces décès n’étaient pas liés aux médicaments à l’étude.

Anomalies de laboratoire

On a obtenu des résultats anormaux graves ou très graves aux tests de sang dans les proportions suivantes :

  • Biktarvy : 16 %
  • régime à base d’inhibiteur de la protéase : 29 %

Cette différence est surtout attribuable au taux élevé du produit de déchets bilirubine détecté chez les utilisateurs de l’inhibiteur de la protéase. Notons que ce problème peut se produire chez les personnes utilisant l’atazanavir.

Le DFGe a baissé de façon très modeste chez les personnes recevant Biktarvy et est resté stable chez les personnes traitées par inhibiteurs de la protéase. Des évaluations plus sophistiquées n’ont découvert aucune lésion rénale liée au traitement.

Les participants qui prenaient Biktarvy ont connu des baisses significatives des mesures suivantes effectuées sur des échantillons de sang prélevés à jeun :

  • cholestérol total
  • LDL-C (« mauvais » cholestérol)
  • triglycérides
  • rapport cholestérol total/cholestérol HDL-C (« bon » cholestérol)

Les changements de ce genre ne sont pas surprenants parce que les participants traités par Biktarvy avaient pris antérieurement des inhibiteurs de la protéase, et nous savons que ces derniers peuvent causer des changements défavorables dans les taux de lipides dans le sang. En revanche, en tant que classe, les inhibiteurs de l’intégrase sont reconnus pour leurs effets neutres sur les lipides sanguins.

À retenir

La présente étude a révélé que Biktarvy est une option à envisager pour les médecins et patients qui souhaitent s’éloigner des traitements anti-VIH fondés sur les inhibiteurs de la protéase. Biktarvy est efficace et généralement sans danger. Cependant, les utilisateurs de Biktarvy peuvent éprouver des maux de tête majoritairement légers qui disparaissent graduellement.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Daar ES, DeJesus E, Ruane P, et al. Efficacy and safety of switching to fixed-dose bictegravir, emtricitabine, and tenofovir alafenamide from boosted protease inhibitor–based regimens in virologically suppressed adults with HIV-1: 48-week results of a randomised, open-label, multicentre, phase 3, non-inferiority trial. Lancet HIV. 2018; in press.