TraitementActualités
216

juillet 2016 

Sofosbuvir + velpatasvir (Epclusa) + ribavirine pour le retraitement

La protéine NS5A du virus de l’hépatite C (VHC) joue un rôle important dans la fabrication des nouvelles copies du virus. Par conséquent, les compagnies ont mis au point (et continuent de le faire) des médicaments qui rendent inopérante cette protéine.

À l’heure actuelle, les médicaments approuvés qui ciblent la NS5A incluent les suivants :

  • daclatasvir (Daklinza)
  • elbasvir (dans Zepatier)
  • lédipasvir (dans Harvoni)
  • ombitasvir (dans Holkira Pak)

Les inhibiteurs de la NS5A sont généralement considérés comme les plus puissants de tous les médicaments anti-VHC. Par conséquent, les régimes qui incluent des médicaments de la liste ci-dessus sont très efficaces et permettent habituellement d’obtenir des taux de guérison d’au moins 95 % lors des essais cliniques. Toutefois, il peut arriver qu’une faible proportion des personnes traitées par ce genre de régime puissant ne guérisse pas. Les raisons de l’échec peuvent varier, et nous en avons parlé dans TraitementActualités 215.

Chez les personnes dont le régime échoue, il est possible que le VHC subisse des changements ou mutations qui lui permettent de résister aux inhibiteurs de la NS5A. Lorsque cela arrive, un nouveau régime contenant des inhibiteurs de la NS5A plus puissants devient nécessaire.

Epclusa fait son entrée

Le velpatasvir est un médicament anti-VHC qui est combiné à un autre médicament appelé sofosbuvir (Sovaldi) dans une coformulation (les deux dans un seul comprimé). L’unique comprimé contenant les deux médicaments sera vendu sous le nom d’Epclusa. Le velpatasvir est un inhibiteur puissant de la NS5A.

Lors d’un essai clinique où Epclusa a été utilisé en association avec l’antiviral à large spectre ribavirine, cette combinaison a réussi à guérir 91 % des participants qui avaient eu besoin de se faire retraiter après l’échec de leur régime précédent. Notons qu’il a fallu 24 semaines consécutives de retraitement pour obtenir un taux de guérison si élevé lors de cette étude.

Détails de l’étude

Le profil moyen des participants lors de leur admission à l’étude était le suivant :

  • 77 % d’hommes, 23 % de femmes
  • âge : 57 ans
  • 26 % avaient la cirrhose (sans symptômes)
  • charge virale en VHC : plus de 3 millions d’UI/ml
  • souches courantes du VHC : génotype 1a – 37 personnes; génotype 1b – 32 personnes; génotype 2 – 14 personnes; génotype 3 – 18 personnes

Chez 99 % des participants, leur traitement expérimental précédent avait initialement réussi à supprimer le taux de VHC dans leur sang. Toutefois, dès qu’ils ont cessé de prendre le traitement en question, le taux de VHC a augmenté de nouveau. Les personnes inscrites à cette étude appartenaient à deux catégories : soit elles avaient déjà participé à des études de phases I/II commanditées par Gilead où elles avaient reçu un traitement de très courte durée, soit elles avaient participé à des études où elles avaient reçu possiblement des doses de médicaments sous-optimales (notons que les études en question exploraient différentes posologies).

La dose de ribavirine utilisée variait selon le poids de la personne.

Résultats : répartition des taux de guérison

Dans l’ensemble, 91 % (59 participants sur 65) des participants ont guéri.

Les taux de guérison selon le génotype ont été les suivants :

  • génotype 1 : 97 % des participants (33 sur 34) ont guéri; une personne a rechuté
  • génotype 2 : 91 % des participants (13 sur 14) ont guéri; une personne a rechuté
  • génotype 3 : 76 % des participants (13 sur 17) ont guéri; deux personnes ont rechuté, une troisième n’a pas répondu au traitement et une autre a quitté prématurément l’étude pour des raisons inconnues

Dans les cas d’infection par le génotype 1 ou le génotype 2 où des mutations avaient été détectées dans la NS5A avant le retraitement, tous les participants ont guéri sous l’effet de la combinaison sofosbuvir + velpatasvir + ribavirine. Dans les cas d’infection par le génotype 3, 13 personnes sur 16 avaient des mutations dans la NS5A au début de l’étude. Le taux de guérison chez les patients porteurs du génotype 3 qui ont été retraités a été de 77 % (10 personnes sur 13). Rappelons que, en général, l’infection par le génotype 3 répond moins bien aux AAD que d’autres génotypes.

Effets secondaires

On a signalé les effets secondaires courants suivants :

  • manque d’énergie/fatigue inattendue : 32 %
  • nausées : 22 %
  • maux de tête : 17 %
  • problèmes de sommeil : 16 %
  • éruptions cutanées : 16 %
  • démangeaisons de la peau : 14 %
  • irritabilité : 13 %

Il est important de se rappeler que certains des effets secondaires mentionnés étaient probablement attribuables à l’exposition à la ribavirine.

Les chercheurs ont décrit comme légers à modérés la plupart des effets secondaires. Il n’empêche que trois personnes ont éprouvé des effets secondaires graves (aucun détail n’a été fourni).

Un participant a quitté l’étude à cause d’une irritabilité intense.

Aucun participant n’est décédé au cours de l’étude.

Tests de laboratoire : accent sur l’anémie

Les globules rouges aident à transporter l’oxygène vers les tissus et à enlever le produit de déchets dioxyde de carbone. La ribavirine peut causer la mort prématurée de certains globules rouges. Par conséquent, les personnes qui utilisent ce médicament peuvent courir (temporairement) un risque accru d’anémie, soit une baisse du nombre de globules rouges. Elles risquent aussi d’éprouver une fatigue soudaine, de présenter une éruption cutanée et de se sentir irritables ou déprimées. Malgré les effets de la ribavirine, un seul participant a fait de l’anémie au cours de l’étude.

Points clés

Dans l’ensemble, parmi les personnes retraitées par une combinaison de sofosbuvir + velpatasvir + ribavirine, les taux de guérison ont été supérieurs à 90 %.

Les mutations associées à la protéine NS5A du VHC n’ont pas eu d’impact sur les personnes atteintes du génotype 1 ou 2 du virus. En revanche, de telles mutations ont donné lieu à des taux de guérison plus faibles chez les participants atteints du génotype 3.

Il est possible que la combinaison suivante permette d’obtenir des taux de guérison plus élevés, peu importe le génotype :

  • sofosbuvir + velpatasvir + GS-9857

Cette combinaison en est aux essais cliniques de phase III. D’autres combinaisons de médicaments anti-VHC puissants sont également à l’étude et pourraient s’avérer utiles à certaines personnes qui souhaitent se faire retraiter pour l’hépatite C.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Gane EJ, Shiffman ML, Etzkorn K, et al. Sofosbuvir + velpatasvir in combination with ribavirin for 24 weeks is effective retreatment for patients who failed prior NS5A-containing DAA regimens: results of the retreatment study. The International Liver Congress, 13-17 April 2017, Barcelona, Spain. Abstract PS024.

Travaillez-vous dans le domaine du VIH ou de l’hépatite C?
Veuillez remplir un court sondage pour donner votre rétroaction sur CATIE et votre nom pourra être inscrit à un tirage pour gagner une carte-cadeau.