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juillet 2016 

Les agents antiacides et le traitement du VHC

Certains antiviraux à action directe (AAD) utilisés pour le traitement du virus de l’hépatite C (VHC), y compris le lédipasvir (dans Harvoni), ont besoin d’un environnement acide dans l’estomac pour maximiser leur absorption. Cependant, de nombreuses personnes, y compris certaines personnes atteintes du VHC, prennent régulièrement des agents antiacides comme les suivants :

  • pilules ou liquides contenant du calcium et/ou du magnésium
  • classe de médicaments appelés inhibiteurs des récepteurs H2 : les exemples d’usage courant incluent la cimétidine (Tagamet) et la ranitidine (Zantac)
  • IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) : ésoméprazole (Nexium, Vimovo), oméprazole (Losec, Prilosec) et pantoprazole (Pantoloc)

Il est possible que les antiacides réduisent l’absorption du lédipasvir et, ainsi, sa capacité d’aider à guérir l’infection au VHC. Lors d’une étude par observation portant le nom de Target, on a fait état d’une association entre l’usage d’agents antiacides et une baisse de l’efficacité de ’Harvoni (sofosbuvir-lédipasvir). Lors de l’étude Target, les participants qui utilisaient des IPP ont connu un taux de guérison de 93 %, comparativement à 98 % chez les personnes n’ayant pas pris d’IPP.

Les associations sont simplement ce que ce mot laisse entendre; elles ne sont pas concluantes. À la lumière des résultats de l’étude Target, des chercheurs à l’Hôpital d’Ottawa ont voulu analyser leur base de données portant sur des patients traités par des régimes d’AAD sans interféron. Les chercheurs ont également évalué l’utilisation d’agents antiacides par les patients, et plus particulièrement l’usage d’inhibiteurs des récepteurs H2 et d’IPP. Un total de 168 personnes ont pris part à l’étude.

Avant de commencer leur traitement par AAD, 24 % des participants à l’étude menée à l’Hôpital d’Ottawa prenaient des IPP et 2 % d’entre eux prenaient des inhibiteurs des récepteurs H2. Les chercheurs ont constaté que, parmi les 168 participants, ceux présentant une cicatrisation grave du foie (cirrhose) étaient plus susceptibles d’utiliser des inhibiteurs des récepteurs H2 ou des IPP. En tout, parmi les participants qui prenaient des IPP avant de commencer leur traitement par AAD, 93 % ont continué de prendre des IPP (une fois par jour) pendant leur traitement par AAD. On n’a constaté aucune différence entre le taux de guérison des personnes utilisant des IPP et celui des personnes qui n’utilisaient aucun agent antiacide.

Détails de l’étude

Le profil moyen des 168 participants à l’étude menée à l’Hôpital d’Ottawa était le suivant :

  • âge : 56 ans
  • 63 % d’hommes, 37 % de femmes
  • souches courantes du VHC : génotypes 1a et 1b
  • des médecins avaient diagnostiqué la cirrhose chez 45 % des participants

Au cours de l’étude, on a utilisé les régimes suivants  :

  • sofosbuvir + lédipasvir (avec ou sans ribavirine) : 51 %
  • sofosbuvir + ribavirine : 15 %
  • sofosbuvir + siméprévir (avec ou sans ribavirine) : 31 %
  • autres régimes (non spécifiés) : 3 %

Résultats

En général, les taux de guérison étaient élevés parmi ce groupe de participants, soit plus de 90 %. Les agents antiacides n’ont pas eu d’impact statistiquement significatif sur les taux de guérison associés aux régimes d’AAD. Lorsque l’on a évalué des sous-groupes de participants, tels que les personnes ayant le génotype difficile à traiter 1a, celles atteintes de cirrhose ou celles n’ayant reçu que la combinaison sofosbuvir + lédipasvir, on n’a pas non plus constaté d’impact important sur les taux de guérison causé par les agents antiacides.

Vers l’avenir

Pour minimiser tout impact négatif éventuel que les agents antiacides auraient sur les taux de guérison, les chercheurs d’Ottawa recommandent que la posologie de ces médicaments soit limitée à une prise par jour. De plus, ils encouragent les médecins qui prennent soin de personnes atteintes du VHC à réévaluer le besoin réel qu’ont ces personnes d’agents antiacides.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

DeVreese L, Giguère P, Cooper C. Influence of proton pump inhibitors and H2 receptor antagonists on direct-acting antiviral HCV sustained virologic response. The International Liver Congress, 13-17 April 2017, Barcelona, Spain. Abstract SAT-200.