Le top 10 des nouvelles de 2018 en matière de VIH et d’hépatite C

 

2018 a été une année charnière pour la prévention, le dépistage et le traitement du VIH et de l’hépatite C. Les chercheurs et cliniciens ont inventé des régimes révolutionnaires pour le traitement du VIH, les experts canadiens en hépatologie ont élargi les recommandations sur le dépistage de l’hépatite C et la crise des surdoses a déclenché une réponse sans précédent de la part des intervenants en réduction des méfaits d’un océan à l’autre.

Des bonnes nouvelles aux mauvaises, nos lecteurs et lectrices ont voté pour les 10 nouvelles qui les ont le plus marqués en 2018.

10. Trois nouvelles stratégies canadiennes sont lancées pour combattre le VIH et l’hépatite C

En juillet 2018, l’Agence de la santé publique du Canada a publié un « cadre d’action » qui établit les sphères d’activité clés qui permettront au gouvernement fédéral de réduire l’impact du VIH, de l’hépatite C et des autres infections transmissibles sexuellement et par le sang sur la santé : la collecte et l’utilisation des données; l’appui aux initiatives visant à éliminer la stigmatisation et la discrimination; l’examen et la révision des lois et politiques; la facilitation de l’accès aux besoins fondamentaux; le soutien aux initiatives favorisant l’accès aux services de santé mentale et de réduction des méfaits. Au même moment, la Fondation canadienne de recherche sur le sida (CANFAR) a publié un rapport décrivant des objectifs et des solutions pratiques visant à « éradiquer l’épidémie de VIH en cinq ans au Canada ». Dans une optique semblable, le Réseau canadien de l’hépatite C (CanHepC) travaille à un plan d’action pour éradiquer l’hépatite C d’ici 2030 qui inclut des objectifs, des cibles et des actions spécifiques.

9. Les agences de réglementation des médicaments mettent les femmes séropositives en garde contre le dolutégravir

Plus tôt cette année en 2018, divers organismes de réglementation dans le monde ont publié des conseils de précaution à l’intention des femmes vivant avec le VIH. Les conseils en question étaient fondés sur les résultats préliminaires d’une étude menée au Botswana qui révélaient une association possible entre la prise du médicament anti-VIH dolutégravir et une anomalie congénitale. Bien que l’étude n’ait pas prouvé la cause de l’anomalie, Santé Canada conseille aux femmes séropositives et à leurs professionnels de la santé de tenir compte du risque et de discuter d’options autres que le dolutégravir si une grossesse est une possibilité. Cet avertissement constitue un dilemme pour les femmes vivant avec le VIH parce que le dolutégravir s’est révélé très efficace et a causé peu d’effets secondaires lors des essais cliniques, comparativement à de nombreux autres régimes.

8. Un sondage révèle que la stigmatisation du VIH et de l’hépatite C est répandue parmi les Canadiens

Un sondage Ekos réalisé en 2018 au nom de l’Agence de la santé publique du Canada a visé à évaluer le niveau de sensibilisation et de connaissances de la population à l’égard du VIH, de l’hépatite C et d’autres infections, ainsi que ses attitudes par rapport à ceux-ci. Sur les 2 452 Canadiens sondés, la plupart n’était pas au courant des progrès récents dans le domaine du VIH, tels que la prophylaxie pré-exposition (PrEP) ou le traitement du VIH comme prévention. La majorité croyait à tort qu’il était impossible de guérir l’hépatite C, mais qu’il existait un vaccin contre cette infection. Les résultats les plus alarmants se rapportaient toutefois à la stigmatisation. Un répondant sur quatre a affirmé qu’il se sentirait mal à l’aise de travailler ou d’avoir des contacts non intimes avec une personne ayant l’hépatite C et ce, malgré l’absence de risque de transmission. De plus, un répondant sur quatre n’aurait pas recours aux services d’un coiffeur ou d’un barbier séropositif, encore une fois malgré l’absence de risque de transmission.

7. La première bithérapie pour le VIH est approuvée au Canada

Depuis l’avènement des combinaisons de traitements anti-VIH dans les années 1990, la trithérapie – un régime de trois médicaments pris quotidiennement – est la norme de soins pour les personnes vivant avec le VIH au Canada. Comme les gens vivent maintenant plus longtemps avec le VIH et qu’ils se préoccupent davantage des effets à long terme de la prise quotidienne de médicaments, les chercheurs étudient des moyens de simplifier le traitement en utilisant des médicaments moins nombreux, mais plus puissants. En 2018, Santé Canada a approuvé le premier régime de bithérapie pour le traitement du VIH; il s’agit d’un seul comprimé contenant les médicaments dolutégravir et rilpivirine. Pour le moment, ce comprimé deux-en-un n’est indiqué que pour les personnes ayant déjà atteint la suppression virale sous l’effet d’une trithérapie. Cependant, des données de recherche présentées cette année au Congrès international sur le sida portent à croire qu’une bithérapie différente (dolutégravir + 3TC) pourrait être efficace en tant que régime de première intention auprès des personnes recevant un diagnostic de VIH.

6. Des sites de prévention des surdoses apparaissent partout au pays

Avec près de 4 000 décès attribués à des surdoses d’opioïdes en 2017, le Canada se trouve au milieu d’une crise de surdoses importante. Les intervenants en réduction des méfaits et d’autres fournisseurs de services de première ligne des quatre coins du pays ont pris les choses en main en ouvrant des services de consommation supervisée et des sites de prévention des surdoses, avec ou sans autorisation légale. Non seulement ces services préviennent la transmission du VIH et de l’hépatite C en fournissant du matériel stérile pour la consommation de drogues, mais ils sauvent aussi des vies en prévenant les surdoses par l’administration d’oxygène, de stimulation et de naloxone. Sur une période de sept mois, Moss Park, un site de prévention des surdoses non autorisé situé à Toronto, est intervenu dans plus de 200 cas de surdose, et aucun décès ne s’est produit.

5. Une étude découvre que le VIH peut être plus nuisible chez certaines personnes en Saskatchewan

Des chercheurs du Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique ont stupéfié le monde cette année au Congrès international sur le sida lorsqu’ils ont présenté des données suggérant que certaines personnes en Saskatchewan étaient plus sujettes aux dommages immunologiques causés par le VIH. Après avoir analysé les séquences génétiques du virus parmi les personnes séropositives de la province, les chercheurs ont découvert que des souches particulières du virus s’étaient adaptées aux défenses immunitaires naturelles de certaines personnes, ce qui pouvait permettre au sida de se déclarer plus rapidement. Même si l’on s’attend à ce que ces souches répondent bien au traitement du VIH, l’accélération de la progression du virus rend la nécessité du dépistage et de la mise sous traitement rapides plus pressante encore en Saskatchewan, province où le taux de nouvelles infections par le VIH est déjà le plus élevé au Canada.

4. Les restrictions sur le traitement de l’hépatite C sont levées dans toutes les provinces et tous les territoires

Grâce aux nouvelles lignes directrices cliniques et aux réductions de prix négociées par les gouvernements et les plus importantes compagnies pharmaceutiques, les régimes publics d’assurance médicaments de tout le Canada ont éliminé les restrictions sur le remboursement du traitement de l’hépatite C. Ces restrictions avaient été mises en place pour rationner le remboursement des médicaments, de sorte que seuls les cas les plus avancés étaient couverts. Auparavant, les patients n’étaient admissibles au remboursement public des médicaments anti-hépatite C modernes que lorsque leurs dommages hépatiques devenaient graves. Grâce à la politique de traitement universel qui est maintenant en vigueur dans toutes les juridictions, il est possible de guérir rapidement et efficacement l’hépatite C et de minimiser ainsi les conséquences à long terme des dommages au foie et le risque de transmission du virus.

3. Le Canada atteint la troisième des cibles 90-90-90, mais accuse du retard par rapport au dépistage et au traitement

En 2016, le Canada s’est engagé à atteindre les cibles mondiales 90-90-90 pour le VIH avant 2020 : 90 % des personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées; 90 % des personnes diagnostiquées ont commencé un traitement; et 90 % des personnes sous traitement ont une charge virale indétectable. Selon les prévisions, l’atteinte de ces cibles mettrait fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. En 2018, l’Agence de la santé publique du Canada a publié de nouvelles estimations sur notre progrès vers l’atteinte de ces trois cibles. La bonne nouvelle? La troisième cible est déjà atteinte : 91 % des Canadiens séropositifs sous traitement ont atteint la suppression virale; par conséquent, ils ont plus de chances de vivre longtemps et en bonne santé et ne pourront pas transmettre le virus par voie sexuelle. La mauvaise nouvelle? Nous sommes toujours en retard en ce qui concerne l’atteinte des deux premières cibles, car seulement 86 % des personnes vivant avec le VIH ont été diagnostiquées et seulement 81 % des personnes diagnostiquées suivent un traitement.

2. Les nouvelles lignes directrices canadiennes sur l’hépatite C étendent la portée des recommandations sur le dépistage

Dans ses lignes directrices mises à jour sur la prise en charge clinique de l’hépatite C, l’Association canadienne pour l’étude du foie recommande le traitement universel de toutes les personnes atteintes d’hépatite C, sans égard à l’ampleur des dommages subis par leur foie ou de leur utilisation éventuelle de drogues. Mais l’aspect le plus notable des nouvelles lignes directrices réside peut-être dans la recommandation voulant que les cliniciens offrent désormais un test de dépistage de l’hépatite C unique à tous les Canadiens nés entre 1945 et 1975, en plus des groupes à haut risque. Cela contredit une recommandation précédente publiée l’an dernier par le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs, laquelle conseillait seulement le dépistage de l’hépatite C chez les personnes appartenant aux catégories à haut risque. Les groupes de défense des droits en matière d’hépatite C avaient contesté cette recommandation antérieure en soulignant qu’une personne pouvait vivre de 20 à 30 ans après l’infection sans présenter de symptômes, ce qui rend l’approche universelle de dépistage plus efficace.

1. Le Canada devient le premier pays au monde à appuyer I=I

« Indétectable = Intransmissible », ou I=I, est le cri de ralliement mondial d’un mouvement fondé pour répandre la preuve scientifique qu’une personne séropositive ayant une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le VIH à ses partenaires sexuels. CATIE a appuyé ce message au début de 2017, et nous avons accueilli avec enthousiasme l’approbation de la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, lors du Colloque de CATIE de l’an dernier. Ensuite, lors du Congrès international sur le sida de 2018, la ministre de la Santé du Canada, Ginette Petitpas Taylor, a annoncé son soutien au message I=I et a mis au défi ses homologues de partout dans le monde afin qu’ils proclament le message dans leur pays. À l’occasion de la Journée mondiale du sida, le Canada est devenu le premier gouvernement du monde à appuyer I=I.

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