Nouvelles CATIE

3 novembre 2020 

Estimation du nombre de personnes qui s’injectent des drogues et de la couverture des programmes de réduction des méfaits au Canada

  • On estime que 171 900 personnes s’injectaient des drogues au Canada en 2016, soit une augmentation par rapport à 2011
  • Les deux tiers des personnes qui s’injectaient des drogues au Canada ont reçu un traitement par agonistes opioïdes en 2016, ce qui représente également une augmentation par rapport à 2011
  • Près de 50 millions de seringues et d’aiguilles ont été distribuées en 2016, ce qui est inférieur aux cibles canadiennes recommandées

Les personnes qui s’injectent des drogues ont un risque accru de contracter le virus de l’hépatite C (VHC) et le VIH en partageant ou en réutilisant du matériel de consommation de drogues. Le traitement par agonistes opioïdes (TAO) et la distribution de seringues et d’aiguilles sont tous deux associés à un risque réduit de VHC, de VIH et d’autres méfaits connexes. De plus, la rétention dans le TAO est associée à une diminution des surdoses et des décès chez les personnes ayant une dépendance aux opioïdes.

Compte tenu de l’importance de fournir des services de réduction des méfaits aux personnes qui utilisent des drogues, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé que les pays fournissent un TAO à au moins 40 pour cent des personnes s’injectant des drogues et qu’ils distribuent annuellement au moins 200 seringues et aiguilles à chaque personne qui s’injecte des drogues.

La collecte et la déclaration de données sur les personnes qui s’injectent des drogues sont un aspect clé de la surveillance en santé publique, de la planification des politiques et des programmes et de l’allocation des ressources pour soutenir la santé des personnes qui utilisent des drogues. Une récente étude a estimé le nombre de personnes qui s’injectent des drogues ainsi que de la couverture du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles au Canada. Ces estimations nationales et provinciales/territoriales sont les données les plus récentes dont nous disposons sur la prévalence de l’injection de drogues, le TAO et la couverture de la distribution de seringues et d’aiguilles au pays.

Détails de l’étude

Afin d’estimer le nombre de personnes qui s’injectent des drogues et la couverture de la réduction des méfaits au Canada, les chercheurs ont utilisé diverses sources, notamment des données provinciales/territoriales sur le nombre de personnes ayant reçu de la méthadone, des données d’enquête sur la proportion de personnes s’injectant des drogues qui ont déclaré avoir reçu de la méthadone, et le nombre de seringues et d’aiguilles distribuées dans chaque province/territoire. Onze provinces et territoires sur 13 sont inclus dans l’étude; les données du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest n’étaient pas disponibles.

Résultats

Au Canada, on estime que 171 900 personnes s’injectaient des drogues en 2016, soit un taux de prévalence de 0,7 % (0,7 sur 100 personnes de 16 à 64 ans s’injectant des drogues). Il s’agit d’une augmentation par rapport aux 130 000 personnes qui s’injectaient des drogues en 2011 (taux de prévalence de 0,55 %). Les taux de prévalence variaient considérablement d’une région à l’autre du pays – de 0,16 % en Alberta à 1,48 % en Colombie-Britannique.

Il est estimé que 113 381 personnes ont reçu un TAO au Canada en 2016. Cela représente un taux de couverture de 66 TAO par 100 personnes s’injectant des drogues – une hausse par rapport à 2011 (55 TAO par 100 personnes s’injectant des drogues). La couverture provinciale/territoriale variait de 29 à 163 TAO par 100 personnes s’injectant des drogues, respectivement au Manitoba et en Alberta.

Les prestataires de services et les organismes gouvernementaux ont distribué 49 958 381 seringues et aiguilles dans l’ensemble du pays, en 2016. Il s’agit d’une augmentation par rapport à 2011 – de 193 à 291 seringues et aiguilles par personne s’injectant des drogues. En 2016, la couverture provinciale/territoriale variait de 134 à 883 seringues et aiguilles distribuées par personne s’injectant des drogues, la plus faible étant à Terre-Neuve-et-Labrador et la plus forte, en Alberta.

La couverture du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles en comparaison avec les lignes directrices de l’OMS 

L’étude révèle qu’en moyenne, le Canada a respecté les lignes directrices de l’OMS sur la couverture du TAO, en 2016, avec un taux de 66 TAO par 100 personnes s’injectant des drogues. L’OMS recommande que les pays fournissent annuellement un TAO à au moins 40 personnes sur 100 qui s’injectent des drogues. À l’échelon provincial/territorial, le Manitoba n’a pas atteint cette norme en 2016.

En moyenne, la même année, le Canada a respecté les lignes directrices de l’OMS sur la distribution de seringues et d’aiguilles, avec environ 291 seringues et aiguilles distribuées par personne s’injectant des drogues. La cible de l’OMS est de distribuer annuellement plus de 200 seringues et aiguilles par personne qui s’injecte des drogues. Toutefois, seulement huit des onze provinces/territoires ont atteint cette cible; la couverture à Terre-Neuve-et-Labrador, au Québec et au Yukon était insuffisante.

Selon une analyse récente, dans le Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada, la distribution de seringues et d’aiguilles au Canada devrait être supérieure à la norme de l’OMS et atteindre 750 seringues et aiguilles par année par personne qui s’injecte des drogues. En 2016, deux provinces seulement dépassaient cette cible canadienne, soit l’Alberta et la Saskatchewan.

Implications pour les prestataires de services

Depuis 2011, un nombre croissant de personnes s’injectent des drogues, au Canada. On observe également entre 2011 et aujourd’hui une hausse alarmante du nombre de décès par surdose d’opioïdes – plus de 4 000 personnes sont décédées d’une surdose liée aux opioïdes en 2017 uniquement. En outre, même si cette étude précède l’avènement du SRAS-CoV-2, les défis sanitaires, sociaux et systémiques complexes que rencontrent les personnes qui s’injectent des drogues peuvent contribuer à des résultats néfastes de santé associés à la COVID-19. Cela pourrait exacerber les effets de santé négatifs qui ont déjà un impact disproportionné dans cette communauté. La convergence de ces facteurs met en relief l’importance d’une couverture élevée des services de réduction des méfaits et des ressources pour soutenir les personnes qui utilisent des drogues.

L’étude montre que la couverture du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles a augmenté dans chaque province et territoire examiné, entre 2011 et 2016, ce qui indique une tendance à la hausse de l’offre de services de réduction des méfaits au fil du temps. Il est nécessaire de maintenir et d’accroître l’accessibilité et la couverture du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles au Canada afin de réduire encore davantage les méfaits associés à l’injection de drogues et de prévenir le VIH et le VHC, les décès par surdose accidentelle et d’autres méfaits connexes. 

L’ensemble de données initial utilisé dans l’étude peut comporter des limites; par conséquent, celle-ci ne brosse pas un portrait complet de la couverture du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles au Canada. De plus, ces données ne rendent pas compte de la couverture des services au sein d’une province ou d’un territoire spécifique. Les limites de l’ensemble de données initial pourraient avoir entraîné certaines inexactitudes dans les estimations. Des données plus exhaustives présenteraient un aperçu clair du TAO et de la distribution de seringues et d’aiguilles dans les régions urbaines, rurales et éloignées, ce qui pourrait révéler des lacunes dans la couverture locale. Les politiques et les décisions relatives à la fourniture des programmes devraient se fonder sur des informations plus détaillées.

Un ensemble complet d’interventions et de services de réduction des méfaits et de soutien est nécessaire pour soutenir la santé des personnes qui utilisent des drogues. Outre le TAO et la distribution de seringues et d’aiguilles, cela doit inclure la distribution de naloxone et de matériel pour l’inhalation de drogues, de même que des sites de prévention des surdoses et des services de soutien pour les personnes qui utilisent des drogues.

—Rivka Kushner

Ressources

Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits – Recommandations de pratiques exemplaires du Groupe de travail sur les pratiques exemplaires pour les programmes de réduction des méfaits au Canada

Tout doit être neuf chaque fois que vous consommez – Carte postale de CATIE

COVID-19, le VIH, le VHC et la réduction des méfaits : Prévention, épidémiologie et réponse communautaire – Webinaire de CATIE

RÉFÉRENCES :

  1. Comité de rédaction et Groupes de travail du Modèle directeur du Réseau Canadien sur l’Hépatite C. Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada. Montréal, QC. Disponible à l’adresse : https://www.canhepc.ca/sites/default/files/media/documents/modele_directeur_vhc_2019_05.pdf  
  2. Jacka B, Larney S, Degenhardt L, et al. Prevalence of injecting drug use and coverage of interventions to prevent HIV and hepatitis C virus infection among people who inject drugs in Canada. American Journal of Public Health. 2020;110(1):45-50.
  3. Organisation mondiale de la Santé. OMS, ONUDC, ONUSIDA. Guide technique pour la définition d’objectifs nationaux pour l’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien en matière de VIH/sida. 2009. Disponible à l’adresse : https://www.who.int/hiv/pub/idu/targetsetting/fr/
  4. Vasylyeva TI, Smyrnov P, Strathdee S, Friedman SR. Challenges posed by COVID‐19 to people who inject drugs and lessons from other outbreaks. Journal of the International AIDS Society. 2020 Jul;23(7):e25583.