Nouvelles CATIE

24 août 2020 

Le dépistage fréquent du VIH chez les jeunes hommes gais et bisexuels s’avère rentable, constatent des chercheurs américains

  • Aux États-Unis, la moitié des jeunes hommes gais et bisexuels vivant avec le VIH n’auraient pas reçu de diagnostic
  • Des chercheurs ont modélisé l’impact clinique et le coût du dépistage plus fréquent du VIH
  • L’étude a révélé que le dépistage aux trois mois offrait la meilleure rentabilité

Aux États-Unis, des études portent à croire que les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (JHARSAH, âgés de 13 à 24 ans) représentent 20 % des nouveaux diagnostics de VIH. De plus, des études indiquent que plus de 50 % des JHARSAH séropositifs ne sont pas au courant de leur statut à l’égard de l’infection. Trouver des moyens pour que davantage de jeunes connaissent leur statut VIH serait un progrès important vers une meilleure santé, tant pour l’individu que pour la société.

Des chercheurs de l’Université Harvard et d’ailleurs aux États-Unis ont collaboré à une simulation informatique conçue pour explorer l’impact de diverses fréquences de dépistage du VIH parmi les JHARSAH. Les chercheurs ont utilisé à cette fin une simulation informatique bien validée. L’équipe souhaitait évaluer les effets de diverses fréquences de dépistage sur la propagation du VIH et déterminer l’impact d’un diagnostic positif sur l’obtention et le maintien de soins et d’un traitement à long terme. Les chercheurs ont utilisé les données d’études précédentes pour déterminer les risques de transmission sexuelle du VIH et estimer le recours aux soins de santé, entre autres choses.

Les CDC recommandent au minimum un test de dépistage annuel aux personnes courant un risque élevé de contracter le VIH. La recherche porte toutefois à croire que les JHARSAH à risque se font tester moins fréquemment.

Les chercheurs ont évalué diverses fréquences de dépistage du VIH, comme suit :

  • moins d’une fois aux 12 mois
  • une fois aux 12 mois
  • une fois aux six mois
  • une fois aux trois mois

Résultats

Par rapport à la norme actuelle en matière de dépistage du VIH, les fréquences de dépistage plus élevées ont permis de détecter davantage de nouvelles infections par le VIH, et ce, plus tôt. Ce résultat était attesté par les comptes de CD4+ plus élevés prévus au moment du diagnostic. De plus, comme un diagnostic de VIH établi plus tôt est associé à une atteinte immunologique moindre, la simulation informatique a laissé croire que le traitement précoce était associé à une espérance de vie plus longue.

Coûts

Dans tous les cas, l’augmentation de la fréquence du dépistage du VIH entraînait une augmentation des coûts. Les chercheurs ont cependant affirmé que le dépistage du VIH aux trois mois « offrait la meilleure rentabilité… compte tenu des gains par rapport à l’espérance de vie et des coûts évités grâce à la réduction de la transmission ultérieure ».

Autres enjeux

Les chercheurs ont affirmé que leur analyse mettait en évidence « des opportunités pour améliorer la mise en œuvre des recommandations actuelles concernant le dépistage annuel du VIH ». Selon l’équipe, si les recommandations actuelles des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) étaient mises en œuvre plus exhaustivement et que davantage de JHARSAH se voyaient offrir un test de dépistage du VIH, il serait possible de diagnostiquer plus d’infections.

Les chercheurs ont également affirmé que la mise en œuvre des programmes de dépistage du VIH « repose sur une évaluation précise des antécédents sexuels par les professionnels de la santé et sur le dévoilement de la part des patients, ce qui peut s’avérer difficile en pratique : dans les programmes financés par les CDC qui s’adressaient aux jeunes en 2015, les JHARSAH ont passé seulement 28 % des tests de dépistage du VIH, malgré le fait qu’ils représentaient 83 % des nouveaux diagnostics de VIH aux États-Unis ».

Les chercheurs ont tout de même souligné que leurs résultats devraient être utilisés pour « éclairer les nouvelles recommandations des CDC concernant le dépistage plus fréquent chez les JHARSAH s’identifiant comme des personnes à risque élevé ».

Il vaut la peine de noter que, lors de trois autres simulations informatiques modélisant des données recueillies lors d’études menées auprès d’HARSAH à risque élevé, on a déterminé que le dépistage du VIH aux trois mois serait rentable dans cette population.

Solutions centrées sur la jeunesse

Le professeur Bruce Schackman, Ph. D., de l’Université Cornell a commenté les résultats de cette simulation informatique dans la revue Clinical Infectious Diseases. En plus de souligner l’absence de lignes directrices sur le dépistage du VIH se rapportant aux JHARSAH, le professeur Schackman a affirmé que les stratégies de dépistage visant cette population « doivent tenir compte non seulement des bienfaits pour les JHARSAH, mais aussi des différents coûts potentiels requis pour les rejoindre ». Il a soulevé les points suivants :

  • Les JHARSAH sont moins susceptibles d’avoir une source régulière de soins de santé que les HARSAH plus âgés.
  • Seulement 28 % des JHARSAH séronégatifs en milieu urbain disent participer à un programme de prévention du VIH s’adressant à des individus ou à des groupes.
  • Les programmes de prévention du VIH existants risquent de ne pas rejoindre efficacement les JHARSAH parce qu’ils n’abordent pas leurs besoins particuliers, notamment la nécessité d’interventions tenant compte du contexte développemental des jeunes adultes.

À l’avenir

Il reste beaucoup de travail à faire pour élaborer et éprouver des interventions visant le dépistage fréquent du VIH chez les JHARSAH. Les programmes de prévention du VIH qui ciblent les JHARSAH devront également envisager d’offrir la prophylaxie pré-exposition (PrEP) et de veiller à l’observance continue de celle-ci.

–Sean R. Hosein

Ressources

Le processus de dépistage du VIH – feuillet d’information de CATIE

Les technologies de dépistage du VIH – feuillet d’information de CATIE

Sept façons d'éviter le VIH – CATIE

8 questions sur la PrEP pour les gars – CATIE

RÉFÉRENCES :

  1. Neilan AM, Bulteel AJB, Hosek SG et al. Cost-effectiveness of frequent HIV screening among high-risk young men who have sex with men in the United States. Clinical Infectious Diseases. 2020; sous presse.
  2. Schackman BR. The value and challenge of frequent HIV testing among young men who have sex with men in the United States. Clinical Infectious Diseases. 2020; sous presse.
  3. Branson BM, Handsfield HH, Lampe MA et al. Revised recommendations for HIV testing of adults, adolescents, and pregnant women in health-care settings. MMWR Recommendations and Reports. 2006;55(RR-14):1-CE4. Disponible à l’adresse : https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/rr5514a1.htm
  4. Nosyk B, Krebs E, Zang X et al. ‘Ending the Epidemic’ will not happen without addressing racial/ethnic disparities in the US HIV epidemic. Clinical Infectious Diseases. 2020; sous presse.
  5. Marano M, Stein R, Song W et al. HIV testing, linkage to HIV medical care, and interviews for partner services among black men who have sex with men – non-health care facilities, 20 Southern U.S. Jurisdictions, 2016. MMWR Morbidity and Mortality Weekly Report. 2018;67(28):778-781.