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2016

Un programme de navigation du système de santé de courte durée fait croître le pourcentage de personnes vivant avec le VIH impliquées dans les soins

Un programme de navigation qui cherche activement des clients qui ne sont pas impliqués dans des soins liés au VIH et les soutient peut réussir à arrimer des clients aux soins. Une étude1 a démontré que le programme, implanté dans le comté de Los Angeles, en Californie, peut aussi accroître considérablement le pourcentage de clients qui ont une charge virale indétectable.

Le Programme de navigation

Le Programme de navigation s’inscrit dans un partenariat entre le département de santé publique du comté de Los Angeles, l’organisme AIDS Project de Los Angeles, l’organisme AIDS United et l’Université Johns Hopkins. Il vise à arrimer aux soins les personnes vivant avec le VIH qui ne sont pas pleinement impliquées dans un programme de soins. Il emploie six navigateurs paraprofessionnels du domaine de la santé qui possèdent une expérience de travail auprès des personnes vivant avec le VIH. L’intervention comporte quatre volets :

  1. Établir des relations avec les clients
  2. Évaluer les besoins des clients
  3. Arrimer les clients vers les ressources et renforcer leurs capacités
  4. Orienter les clients vers des soins de plus longue durée à la fin du programme

Les navigateurs utilisent les dossiers cliniques pour déterminer les participants potentiels. À l’aide des dossiers cliniques et des bases de données de santé publique, ils tentent ensuite de localiser et de communiquer avec les participants potentiels par l’entremise d’appels téléphoniques, de messages textes, de courriels, de lettres ou de visites à domicile. Si cette approche ne donne pas les résultats escomptés, ils consultent les bases de données des prisons et des pénitenciers, les sites Web de services de renseignements personnels et, si la personne a des antécédents d’itinérance, ils entrent en communication avec des refuges. Une fois que les clients sont inscrits au programme, les navigateurs prennent les rendez-vous et les rappellent aux clients et effectuent le suivi d’orientation. Après trois mois de participation au programme, les clients retournent à leur ancienne clinique ou à une nouvelle clinique de leur choix.

Les résultats

Les participants à cette étude ont été recrutés auprès de sept cliniques entre janvier 2012 et août 2014. Pour être admissibles, ils ne devaient pas recevoir de soins, c’est-à-dire qu’ils :

  • n’avaient participé à aucune visite de soins liés au VIH au cours des 6 à 12 mois précédents et avaient une charge virale supérieure à 200 copies/ml;
  • n’avaient participé à aucune visite de soins liés au VIH depuis plus de 12 mois;
  • venaient de recevoir un diagnostic et n’avaient jamais reçu de soins;
  • venaient d’être libérés d’une prison, d’un pénitencier ou de tout autre établissement et n’avaient aucun fournisseur régulier pour leurs soins liés au VIH.

Le programme a permis d’identifier 1 139 clients qui ne recevaient pas de soins et de ce nombre, 7 % (78) ont été localisés et inscrits au programme. Parmi les clients contactés, 5 % ont recommencé à participer aux soins grâce à l’appel initial d’un navigateur, mais ne se sont pas inscrits au programme. Les clients qui ne se sont pas inscrits au programme recevaient des soins ailleurs, avaient quitté le comté de Los Angeles, étaient décédés, se trouvaient dans une prison, un pénitencier ou un établissement psychiatrique, n’ont pas pu être localisés ou ont refusé de s'inscrire.   

La majorité des participants au programme étaient des hommes (78 %), Latino (71 %), gais (50 %) et touchaient un revenu annuel de moins de 10 000 $ (64 %). Une minorité importante s’est classée dans la catégorie des personnes de race noire (18 %).

Des 78 personnes inscrites au programme :

  • 47 % (37) n’avaient pas reçu de soins au cours des 12 derniers mois
  • On a jugé que 32 % (25) recevaient des soins irréguliers (récemment sortis d’une institution et sans fournisseur régulier de soins liés au VIH)
  • 18 % (14) n’avaient pas reçu de soins liés au VIH au cours des 6 à 12 derniers mois et leur charge virale était de plus de 200 copies/ml  
  • 3 % (2) venaient de recevoir un diagnostic et n’avaient jamais reçu de soins

La plupart des clients avaient un certain nombre de besoins en services au moment de l’inscription. En moyenne, les navigateurs ont rencontré les clients cinq fois et ces derniers ont eu besoin de cinq orientations (santé mentale, logement/transport et aide financière/emploi) pendant qu’ils participaient au programme. Près de la moitié des participants (46 %) ont eu besoin de moins de trois visites pour réintégrer un programme de soins. Parmi les services courants requis par les clients au moment de l’inscription, notons les suivants :

  • soins dentaires (60 %)
  • aide en matière de prestations (43 %)
  • aide en matière de médicaments (42 %)
  • alimentation et autres besoins fondamentaux (35 %)
  • soins de santé liés au VIH (34 %)

Presque tous les clients (94 %) ont été arrimés aux soins dans les 12 mois suivant leur inscription au programme. De ce nombre, 82 % ont continué les soins, c’est-à-dire qu’ils ont participé à une deuxième consultation médicale de 3 à 12 mois après avoir été arrimés aux soins. Le pourcentage de participants affichant une charge virale indétectable s’est accru de manière considérable après la rétention aux soins (63 %) comparativement à 52 % au moment de l’inscription.

Qu’est-ce que cela signifie pour les fournisseurs de services canadiens?

Cette étude montre que la navigation intensive de courte durée par des paraprofessionnels peut réussir à arrimer aux soins les clients qui n’ont pas maintenu leurs soins. Dans la plupart des cas, il n’a suffi que d’un appel ou de moins de trois visites pour les arrimer dans les soins, et une fois qu’ils participaient aux soins, la plupart des clients continuaient leurs soins.

À l’heure actuelle, il existe bon nombre de programmes de navigation du système de santé au Canada visant à inciter les clients à participer à des soins, notamment les Services de pairs navigateurs à Vancouver, le Programme de navigation pour problèmes de santé chroniques à Kelowna, le Programme d’entraide par les pairs à Regina et le programme Making The Links à Toronto.

Les lignes directrices des pratiques canadiennes à l’intention des pairs navigateurs de la santé pour les personnes vivant avec le VIH paraîtront en 2017.

Ressource

La navigation du système de santé : un examen des données probantes —CATIE

Référence

Wohl AR, Dierst-Davies R, Victoroff A, et coll., Implementation and operational research: The Navigation Program: An intervention to reengage lost patients at 7 HIV clinics in Los Angeles County, 2012–2014, Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes, 2016;71(2):e44–e50.