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juin/juillet 2015 

Sondage sur les préférences à l’égard du traitement des problèmes osseux

Les chercheurs constatent une perte de densité osseuse chez certaines personnes qui commencent à prendre une combinaison de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelée TAR). Il s’agit habituellement d’une perte de 2 % à 6 %. Cependant, cette perte se stabilise généralement au cours de la deuxième année du traitement.

Certains chercheurs sont d’avis qu’il est nécessaire de contrer cet amincissement osseux précoce dès qu’il commence, plutôt que d’attendre que la densité osseuse chute jusqu’à un niveau critique. On pourrait peut-être utiliser brièvement des médicaments contre les problèmes osseux après le début de la TAR afin de stabiliser la densité osseuse et de prévenir ainsi l’ostéopénie et/ou l’ostéoporose.

Darrell Tan, M.D., un spécialiste des maladies infectieuses de Toronto et ses collègues ont sondé des patients séropositifs sur leurs connaissances à l’égard des problèmes osseux et leur disposition éventuelle à suivre un traitement pour maintenir ou augmenter leur densité osseuse.

Environ la moitié des participants se disaient disposés à prendre des médicaments pour une courte période afin de prévenir l’amincissement osseux. Les chercheurs ont également révélé de fausses idées à propos de la santé osseuse, ce qui souligne la nécessité d’éduquer les patients sur cette question.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont créé un sondage et recruté des participants dans une clinique de soins primaires et une clinique hospitalière situées dans le centre-ville de Toronto.

On a invité les participants à remplir un questionnaire abordant les trois thèmes suivants :

  • préférences à l’égard de la thérapie visant la prévention et/ou le traitement de l’amincissement osseux
  • connaissances en matière de santé osseuse
  • connaissances à l’égard des risques de fractures

Un total de 112 participants ont rempli le sondage à l’été 2013. Ils avaient le profil moyen suivant :

  • 80 % d’hommes, 20 % de femmes
  • âge : 43 ans
  • 25 % n’avaient jamais suivi de TAR
  • 23 % avaient commencé une TAR au cours des 12 mois précédents
  • 52 % avaient commencé une TAR plus d’une année auparavant
  • principaux groupes ethnoraciaux : Blancs (42 %), Noirs (30 %), Asiatiques (12 %)
  • principaux facteurs de risque de VIH : relations sexuelles sans condom avec un autre homme (55 %); relations sexuelles sans condom avec un partenaire hétérosexuel (35 %); sang contaminé (4 %); partage d’aiguilles (2 %)
  • antécédents de fractures : 21 % avaient déjà subi une fracture
  • prise de suppléments de vitamine D3 : 25 %

Aucun participant ne suivait de traitement pour stabiliser ou accroître sa densité osseuse.

Résultats

Un peu plus de la moitié (52 %) des participants ont indiqué que la prise de médicaments pour maintenir leur densité osseuse ou en prévenir la perte pourrait les intéresser. Ce résultat était le même peu importe si les participants suivaient une TAR ou qu’ils n’en avaient pas encore commencé une.

Les participants qui prenaient déjà un grand nombre de pilules seraient plus disposés à prendre des médicaments pour les os s’il le fallait à l’avenir, comparativement aux participants qui prenaient relativement peu de pilules.

Parmi les participants qui se disaient disposés à prendre des médicaments pour les os, la majorité (80 %) était prête à les prendre « aussi longtemps que nécessaire ».

Quand on leur a offert un choix, une nette majorité des participants préféraient prendre des médicaments pour les os une fois par semaine (71 %), plutôt que quotidiennement (13 %).

Connaissances modestes

À la lumière des réponses au sondage, les chercheurs ont décrit les connaissances des participants en matière de santé osseuse comme « modestes ». Entre 33 % et 50 % des participants ne savaient pas que plusieurs facteurs de risque importants, dont l’infection au VIH, certains médicaments anti-VIH, le tabagisme et les excès d’alcool, pouvaient avoir un impact défavorable sur leur densité osseuse et augmenter leur risque de fractures. De plus, 83 % des participants croyaient que l’ostéoporose « ne concernait que les personnes âgées ».

La plupart des participants (65 %) ont affirmé qu’ils n’avaient aucun facteur de risque d’ostéoporose. Lors de l’analyse des données recueillies, cependant, les chercheurs ont été en mesure d’établir le profil réel des facteurs de risque des participants, que voici :

  • 24 % présentaient un facteur de risque de fractures
  • 8 % présentaient deux facteurs de risque
  • 4 % présentaient trois facteurs de risque

Les chercheurs ont constaté la présence des facteurs de risque suivants chez les participants :

  • tabagisme
  • usage actuel ou antérieur de corticostéroïdes pour une longue période (plus de trois mois)
  • parents ayant subi une fracture de la hanche
  • consommation excessive d’alcool
  • polyarthrite rhumatoïde
  • maladie du foie
  • ménopause prématurée

Bon pour les os

Un total de 55 % des participants disaient faire une activité qui contribuait à renforcer leurs os, à savoir des exercices contre résistance (musculation) une fois par semaine ou davantage.

Le sondage a révélé qu’un peu plus de la moitié des participants étaient disposés à suivre une thérapie pour une faible densité osseuse. De plus, les participants ont exprimé une préférence claire pour une thérapie hebdomadaire. Selon l’équipe de recherche, cela ferait de la formulation hebdomadaire du médicament alendronate (Fosavance) une « option attrayante » aux yeux de nombreux patients.

L’alendronate a été étudié auprès de grands nombres de personnes séronégatives courant un risque élevé de pertes de densité osseuse, y compris les populations suivantes :

  • femmes ménopausées
  • utilisateurs de corticostéroïdes
  • hommes atteints de cancer de la prostate ayant reçu un traitement prescrit pour réduire leur production de testostérone

L’alendronate a également été étudié auprès de personnes séropositives dans le cadre d’études de faible envergure où il a augmenté de façon significative leur densité osseuse.

Les chercheurs ont souligné que d’autres médicaments, dont le zolédronate, pourraient être choisis pour des essais cliniques futurs menés auprès de personnes séropositives.

Cette étude menée à Toronto constitue un pas en avant important et positif en ce qui concerne l’évaluation des préférences des patients séropositifs à l’égard de la prévention de la faible densité osseuse. Une étude future devrait interroger un plus grand nombre de femmes séropositives au sujet de leurs préférences en matière de traitement des problèmes osseux.

Le Réseau canadien pour les essais VIH parraine une étude pilote menée par le Dr Tan et ses collègues. Dans cet essai dénommé CTNPT 021 ou BATARI, les chercheurs éprouveront différentes interventions, y compris les suivantes :

  • introduction immédiate de l’alendronate hebdomadaire (Fosavance) à raison de 70 mg avec de la vitamine D3
  • report de l’introduction de l’alendronate hebdomadaire 70 mg avec de la vitamine D3
  • pas d’alendronate ou de vitamine D3

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Taras J, Arbess G, Owen J, et al. Acceptability of bone antiresorptive therapy among HIV-infected adults at different stages of antiretroviral therapy. Patient Preference and Adherence. 2014 Sep 24;8:1311-6.