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juin/juillet 2015 

Fractures de la colonne vertébrale et VIH

Les fractures des os de la colonne vertébrale se produisent relativement fréquemment chez les personnes atteintes d’ostéoporose. Selon des médecins de Milan, en Italie, les personnes touchées risquent de ne pas s’apercevoir initialement des fractures de ce genre. Cette lacune a tendance à se produire parce que les fractures en question sont souvent légères et asymptomatiques dans un premier temps. Il n’empêche que les personnes subissant une fracture initialement asymptomatique courent un risque accru de fractures futures, autant dans la colonne que dans les hanches. De plus, l’accumulation de fractures dans la colonne peut causer de la douleur, de graves problèmes de mobilité et de posture et, à la longue, un risque accru de mortalité.

Pour explorer la prévalence de fractures de la colonne chez les personnes séropositives, des médecins de Milan ont analysé des données de santé recueillies aux fins d’un programme de dépistage des fractures mené dans leur clinique. Chez 194 participants qui ont subi des évaluations de leur densité osseuse et des radiographies de leur colonne vertébrale, les médecins ont trouvé que 12 % d’entre eux avaient des fractures de la colonne et 9 % présentaient des difformités causées par des fractures de la colonne. Les personnes âgées de 51 ans et plus étaient considérablement plus susceptibles d’avoir subi des fractures de la colonne que les participants plus jeunes. Contrairement aux attentes, la majorité des fractures (70 %) ont été diagnostiquées chez des personnes qui n’avaient pas l’ostéoporose.

Alors que la plupart des études sur le risque de fractures chez les populations portent sur la densité osseuse, les chercheurs milanais (et autres) ont également soulevé la question de la microarchitecture des os. Une autre étude menée auprès de personnes séropositives a également abordé cette question, et il est probable que la microarchitecture des os mérite d’être étudiée plus en profondeur chez les personnes vivant avec le VIH.

Détails de l’étude

Des médecins œuvrant dans la clinique des maladies infectieuses de l’Université de Milan ont mené un programme de dépistage exhaustif pour détecter l’amincissement osseux et les fractures parmi les personnes séropositives. En plus de passer des radiographies de faibles doses appelées DEXA (absorptiométrie à rayons X en double énergie), utilisées pour déterminer la densité osseuse, les participants ont subi des radiographies de la colonne vertébrale et de nombreux tests sanguins.

Les chercheurs n’ont pas inscrit de personnes ayant des antécédents de fractures de la colonne et/ou qui prenaient des médicaments pour accroître la densité osseuse.

Les participants avaient le profil moyen suivant :

  • 73 % d’hommes, 27 % de femmes
  • âge : 49 ans
  • indice de masse corporelle (IMCB) : 24
  • compte de CD4+ : 460 cellules/mm3
  • prise d’une TAR : 71 %
  • co-infection à l’hépatite B ou C : 25 %
  • fumeurs actuels : 58 %
  • prise de corticostéroïdes : 15 %
  • utilisation de drogues : 19 %
  • taux sous-optimal de vitamine D dans le sang : 56 %
  • participantes ménopausées : 33 %

Résultats : densité osseuse

Les examens DEXA ont révélé ce qui suit :

  • 42 % des participants avaient une densité osseuse normale
  • 43 % souffraient d’ostéopénie (amincissement modéré des os)
  • 15 % souffraient d’ostéoporose (amincissement grave des os)

Fractures

L’analyse des radiographies de la colonne a révélé que 12 % des participants avaient subi une fracture dans cette région. La répartition des fractures selon le groupe d’âge était la suivante :

  • 39 ans et moins : 2 % avaient des fractures de la colonne
  • 41 à 50 ans : 12 % avaient des fractures de la colonne
  • 51 ans et plus : 24 % avaient de fractures de la colonne

La répartition des fractures selon la densité osseuse était la suivante :

  • densité osseuse normale : 10 % avaient des fractures (huit participants sur 81)
  • ostéopénie : 11 % avaient des fractures (neuf participants sur 84)
  • ostéoporose : 24 % avaient des fractures (sept participants sur 29)

Ces différences ne sont pas significatives du point de vue statistique.

Facteurs de risque de fractures de la colonne

En tenant compte de toutes les données de santé recueillies, les chercheurs ont constaté un lien statistique entre les facteurs suivants et un risque accru de fractures de la colonne :

  • âge supérieur à 50 ans
  • utilisation de corticostéroïdes

Les chercheurs ont découvert des tendances qui frôlaient la signification statistique mais sans pour autant l’atteindre, ce qui laisse croire qu’une étude de plus grande envergure aurait peut-être déterminé que les comportements suivants constituaient des facteurs de risque :

  • injection de drogues
  • consommation excessive d’alcool

Signalons toutefois que la présente étude n’a pas trouvé de lien significatif entre ces comportements et les pertes osseuses.

À retenir

La présente étude a été réalisée en utilisant des données captées à un seul moment dans le temps. Les études transversales de ce genre ne fournissent qu’une image de ce qui se passe au moment précis en question. Des études par observation à long terme seront peut-être nécessaires pour brosser un portrait plus détaillé des changements dans la santé osseuse et de l’impact des médicaments utilisés pour traiter la faible densité osseuse.

L’étude milanaise est intéressante dans la mesure où de nombreuses fractures (70 %) se sont produites chez des participants qui n’avaient pas l’ostéoporose, ce qui porte à croire que les fractures de la colonne pourraient être plus courantes chez les personnes séropositives que l’on ne croyait.

Examen approfondi

L’étude de Milan porte également à croire que, quelle que soit la densité osseuse, des changements défavorables ont lieu dans les régions profondes des os (c’est-à-dire la microstructure ou microarchitecture) chez certaines personnes vivant avec le VIH. Or les examens DEXA ne révèlent que partiellement les changements dans la microarchitecture osseuse. Il faudrait effectuer des évaluations plus sophistiquées, telle une tomodensitométrie périphérique à haute résolution, pour mieux comprendre les changements dans la microarchitecture osseuse.

Étude suisse

Des chercheurs de la ville suisse de Genève ont eu recours à la tomodensitométrie à haute résolution pour confirmer la présence de changements dans la microarchitecture osseuse de certains hommes séropositifs âgés de 60 ans ou plus. Les chercheurs ont comparé les données recueillies auprès de 28 hommes séropositifs à celles portant sur 112 hommes séronégatifs d’âge semblable. Dans cette étude, on a découvert un lien statistique entre les facteurs suivants et des changements défavorables dans la microarchitecture osseuse :

  • faible niveau d’activité physique
  • taux d’estrogène inférieur à la normale
  • taux sanguin supérieur à la normale de protéines liées à l’amincissement des os

Aucun lien n’a été constaté entre une faible microarchitecture osseuse et les facteurs suivants :

  • utilisation du médicament anti-VIH ténofovir (Viread et dans Truvada, Atripla, Complera et Stribild)
  • taux de testostérone dans le sang
  • taux de vitamine D dans le sang

De plus, aucun des hommes séropositifs ne suivait de traitement pour corriger une faible densité osseuse.

Quoique de faible envergure, l’étude suisse a fait preuve d’innovation par son utilisation de la tomodensitométrie à haute résolution.

Les résultats combinés des études menées en Italie et en Suisse devraient ouvrir la voie à d’autres recherches sur les causes sous-jacentes des changements défavorables dans la microarchitecture osseuse.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Gazzola L, Savoldi A, Bai F, et al. Assessment of radiological vertebral fractures in HIV-infected patients: clinical implications and predictive factors. HIV Medicine. 2015; in press.
  2. Biver E, Calmy A, Delhumeau C, et al. Microstructural alterations of trabecular and cortical bone in long-term HIV-infected elderly men on successful antiretroviral therapy. AIDS. 2014 Oct 23;28(16):2417-27.