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février 2013 

Lésions rénales et médicaments anti-VIH – dernières nouvelles de l'étude DAD

L'abréviation DAD désigne une étude d’observation de très grande envergure pour laquelle on a recruté près de 50 000 participants séropositifs en Australie, en Europe et aux États-Unis. De temps en temps, les chercheurs responsables de l'étude DAD entreprennent des analyses de leurs résultats à des fins de publication.

Pour son rapport le plus récent, l'équipe DAD a analysé des données obtenues auprès d'environ 22 000 participants séropositifs, dont certains avaient vu leur santé rénale se détériorer. L'équipe a constaté que, au fil du temps, les participants qui prenaient les médicaments suivants couraient un risque accru de dysfonction rénale :

  • ténofovir (Viread)
  • atazanavir (Reyataz) + ritonavir (Norvir)
  • lopinavir-ritonavir (Kaletra)

Nous examinons les résultats de l'étude dans les sections suivantes.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont fouillé la base de données DAD (qui contient actuellement de l'information sur quelque 50 000 personnes séropositives) à la recherche de participants qui avaient une fonction rénale normale au moment de leur inscription à la DAD. On a défini une fonction rénale normale comme un débit de filtration glomérulaire estimé  (DFGe) de 90 ml/minute ou plus. Il fallait également que la base de données contienne au moins trois résultats ultérieurs de DFGe pour chaque participant afin que les chercheurs puissent déterminer comment cette évaluation évoluait au fil du temps. Utilisant cette méthode de sélection, l'équipe a trouvé 22 603 participants séropositifs admissibles sur lesquels ils ont concentré leurs analyses.

Le profil moyen des participants au moment de leur inscription à l'étude était le suivant :

  • sexe – 73 % d'hommes, 27 % de femmes
  • âge – 39 ans
  • compte de CD4+ – 440 cellules
  • charge virale en VIH – 126 copies/ml
  • durée de l'infection au VIH – 5 ans
  • co-infection au virus de l'hépatite B – 12 %
  • co-infection au virus de l'hépatite C – 12 %
  • tabagisme – 44 %
  • tension artérielle supérieure à la normale – 8 %
  • diabète – 3 %

Les participants ont été suivis pendant cinq ans environ.

Résultats — santé rénale en déclin

La santé rénale d'environ 468 participants (2 %) s'est détériorée au cours de l'étude. Au début de l'étude, ces participants avaient un DFGe supérieur à 90 ml/min, mais celui-ci se situait à 70 ml/min ou moins à la fin de l'étude.

L'équipe DAD a également constaté que le DFGe était moins susceptible de baisser continuellement chez les participants dont la santé rénale se détériorait (telle que déterminée par les mesures de DFGe) et dont le médecin a cessé de prescrire le médicament responsable. Malheureusement, cette étude n'a pas été conçue de sorte à pouvoir déterminer si la dysfonction rénale était réversible; pour cela il faudra une autre étude. Il reste que ce résultat constitue un signe positif, car il semble indiquer que les lésions rénales causées par certains traitements anti-VIH ne sont pas permanentes.

Fonction rénale réduite

Compte tenu de plusieurs facteurs, on a déterminé que la durée de la prise des médicaments suivants était associée au déclin de la santé rénale :

  • ténofovir
  • atazanavir + ritonavir
  • lopinavir-ritonavir

Ces associations sont significatives du point de vue statistique.

Les autres facteurs associés au déclin du DFGe incluaient les suivants :

  • avancement de l'âge
  • sexe féminin
  • injection de drogues de la rue
  • diagnostic antérieur de sida

Points à retenir

En ce qui concerne les personnes séronégatives en bonne santé, les chercheurs s'attendent à observer un déclin annuel du DFGe d'environ 1,0 ml/min. Durant la présente étude, cependant, des baisses substantielles (environ 20 ml/min) se sont produites chez environ 2 % des participants.

La bonne nouvelle est que la vaste majorité (98 %) des participants n'a pas connu de déclin significatif de sa santé rénale.

Dans notre prochain rapport, nous mettons en contexte les derniers résultats de l'étude DAD.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Ryom L, Mocroft A, Kirk O, et al. Exposure to antiretrovirals (ARVs) and risk of renal impairment among HIV-positive persons with normal baseline renal function: the D:A:D study. Journal of Infectious Diseases. 2014; in press.
  2. Fine DM, Gallant JE. Nephrotoxicity of antiretroviral agents: Is the list getting longer? Journal of Infectious Diseases. 2014; in press.