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août/septembre 2011 

Rôle possible de la vitamine D contre certaines infections : tuberculose, rhume et grippe, VIH, hépatite C et vaginose bactérienne

Des expériences de laboratoire sur des cellules du système immunitaires — les monocytes et les macrophages — ont montré que ces cellules produisent une enzyme qui convertit la vitamine D en sa forme active. Cela laisse croire que ces cellules se servent de la vitamine D dans leur lutte contre les infections et, possiblement, les tumeurs. D'autres expériences ont montré que l'exposition à la vitamine D3 stimulait les macrophages de sorte à libérer de petites molécules qui s'attaquent aux microbes.

Tuberculose (TB)

Avant l'arrivée des antibiotiques puissants, les médecins encourageaient les personnes atteintes de tuberculose à s'exposer au soleil et, dans certains cas, à prendre des suppléments de vitamine D. Cependant, des essais cliniques bien conçus du 21e siècle ont montré que la prise concomitante de suppléments de vitamine D et d'antibiotiques ne causait pas d'amélioration importante des taux de survie ou de guérison des tuberculeux, comparativement aux seuls antibiotiques. Selon certains chercheurs, au lieu de faire partie du traitement de la tuberculose, les suppléments de vitamine D seraient peut-être plus utiles pour aider à prévenir l'infection. On n'a pas mené d'essais cliniques pour éprouver cette idée.

Rhume et grippe

Il se trouve dans le revêtement des poumons des cellules qui produisent de grandes quantités d'enzymes capables de convertir la vitamine D en sa forme active, soit la vitamine D3. Cela laisse croire que ces cellules pourraient utiliser la vitamine D dans le cadre de leur système de défense contre les infections. En effet, lors d'expériences de laboratoire où ces cellules sont exposées à de la vitamine D3, elles produisent aussi de petites molécules qui aident à protéger les cellules contre l'infection par des virus et des bactéries.

Plusieurs essais cliniques ont donné des résultats mitigés en ce qui concerne la capacité de la vitamine D3 à réduire les risques d'infections des voies respiratoires, notamment le rhume et la grippe. Il est donc difficile de tirer des conclusions claires concernant le rôle de la vitamine D dans la prévention des infections respiratoires. La difficulté réside en partie dans les problèmes se rapportant à la variété d'études et de méthodologies utilisées.

VIH

Les études par observation ont permis de constater que les personnes séropositives ont habituellement des taux de vitamine D inférieurs à la normale dans le sang, et plusieurs d'entre elles présentent une carence. La carence en vitamine D dans le contexte de l'infection au VIH s'observe même dans les pays tropicaux ensoleillés. Les chercheurs s'expliquent mal ce problème, mais il est peut-être attribuable au fait que l'infection au VIH déclenche une inflammation persistante dans le système immunitaire. En poussant le système immunitaire à produire à l'excès des signaux chimiques associés à l'inflammation, soit des cytokines, il est possible que l'infection au VIH accélère indirectement l'action des enzymes qui convertissent la vitamine D3 en des formes inactives.

La prise de grandes quantités de vitamine D sous forme de suppléments n'augmente pas la réplication du VIH chez les personnes sous trithérapie. Et les résultats de deux essais cliniques portent à croire que la vitamine D3 n'a pas d'impact sur le compte de CD4+ des adultes et des enfants vivant avec le VIH.

Des études par observation de plus grande envergure ont montré que la carence en vitamine D était associée à un risque accru de mortalité chez les personnes séronégatives, notamment des suites de maladies cardiovasculaires. Une étude européenne récente menée auprès de 2 000 personnes a pour sa part souligné un lien entre un faible taux de vitamine D et une réduction de la survie de personnes vivant avec le VIH. Cette étude est décrite en détail dans TraitementSida 181. Comme il s'agissait d'une étude par observation, elle ne pouvait prouver que la cause de décès était un faible taux de vitamine D. Toutefois, la même équipe de chercheurs européens mène actuellement une étude d'envergure sur la supplémentation en vitamine D dans l'espoir d'améliorer les taux de survie des PVVIH. Les résultats provisoires de cette étude devraient être connues dans plusieurs années.

Des chercheurs ont constaté des associations entre un faible taux de vitamine D et le pré-diabète ou le diabète chez des PVVIH lors de plusieurs études. Il n'est pas clair cependant si la carence en vitamine D a entraîné les problèmes d'insuline et de glycémie. Des essais cliniques sont nécessaires pour éclairer la relation entre les suppléments de vitamine D et le pré-diabète ou le diabète chez les PVVIH.

Le virus de l'hépatite C (VHC) — effets antiviraux et autres

Des chercheurs d'Israël ont mené des expériences de laboratoire sur la vitamine D, des cellules hépatiques et le VHC. Lors de ces expériences, le fait de traiter des cellules infectées par le VHC avec de la vitamine D3 a permis de réduire la production de virus, vraisemblablement en stimulant la libération d'interféron. Le traitement de ces cellules par de faibles concentrations de vitamine D3 et d'interféron-alpha a également réduit la production de VHC.

Il faut souligner que les expériences de laboratoire sur des cellules et des virus ne peuvent recréer la complexité d'un organe ou d'un appareil de l'organisme. Il reste que ces expériences constituent une bonne première étape sur le chemin qui mènera à d'autres expérimentations sur la vitamine D3 et les cellules infectées par le VIH. Espérons que celles-ci mèneront finalement à des essais cliniques.

À en croire les résultats d'études menées chez des personnes infectées par le VHC, celles qui sont carencées en vitamine D seraient moins susceptibles de répondre à la thérapie anti-VHC que les personnes présentant des concentrations plus élevées de vitamine D dans le sang. De plus, la vitamine D est associée à un moindre risque de rejet à la suite d'une greffe de foie. On l'associe aussi à une réduction de l'inflammation hépatique qui s'observe en présence de l'infection au VHC. Malheureusement, comme il s'agit dans ces cas d'études par observation, on ne peut tirer de conclusions fermes à l'égard des effets de la vitamine D en ce moment. Ces résultats doivent être confirmés par des essais cliniques rigoureusement conçus, afin qu'on puisse mieux comprendre le rôle éventuel de la vitamine D contre l'infection au VHC.

Vaginose bactérienne

Le vagin contient normalement un mélange de bactéries dont la majorité est utile et la minorité, nocive. Parfois, il se produit un déséquilibre dans les bactéries vivant dans le vagin; dans un tel cas, la proportion de bactéries nocives augmente, causant la vaginose bactérienne (VB). La VB peut causer de nombreux symptômes, dont démangeaisons, sensations de brûlure, douleur et écoulements, mais dans certains cas l'infection peut se produire sans causer de symptôme. La VB ne cause pas habituellement de complications sérieuses, sauf dans certains cas de grossesse. Par contre, la VB peut accroître le risque de transmission du VIH et le risque de contracter des ITS.

Des études par observation ont trouvé un lien entre la VB chez les femmes séronégatives enceintes et la carence en vitamine D. Récemment, lors d'une étude menée chez 600 femmes non enceintes, des chercheurs américains ont détecté une association entre la VB et la carence en vitamine D chez des femmes séropositives. Comme c'est le cas de tant d'études sur la vitamine D, il s'agissait d'une étude par observation qui ne pouvait révéler que des associations, sans pour autant prouver que la carence en vitamine D causait la VB. De fait, les chercheurs sont généralement incertains quant à la cause de la VB, bien qu'il existe plusieurs théories. La présente étude fournit les assises nécessaires pour mener d'autres recherches plus rigoureuses pour explorer le lien entre la VB et la vitamine D, particulièrement chez les femmes séropositives.

—Sean R. Hosein

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