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mars 2011 

Survol des médicaments immunosuppresseurs

Chaque centre de transplantation a son propre protocole qui spécifie la combinaison de médicaments immunosuppresseurs qui sera donnée aux receveurs d’organes. Souvent, il faut prendre un ou plusieurs de ces médicaments, tous les jours dans certains cas, pour s’assurer que le système immunitaire est suffisamment affaibli pour que sa capacité à détruire l’organe greffé soit minimisée. Quoique nécessaires à la survie de l’organe greffé, les immunosuppresseurs ont souvent des effets secondaires. Les centres de transplantation essaient de trouver le juste milieu entre le besoin d’immunosuppression et la prévention d’effets indésirables. Il faut souligner que ces médicaments ne provoquent pas d’effets secondaires chez tout le monde. La dose administrée de chaque immunosuppresseur varie d’une personne à l’autre. L’équipe de transplantation prélève des échantillons de sang pour mesurer la concentration sanguine des médicaments et faire des ajustements s’il le faut. Ce genre de suivi médical rigoureux est nécessaire, et plus particulièrement pour les PVVIH, parce que plusieurs médicaments utilisés contre l’infection au VIH interagissent avec les immunosuppresseurs administrés aux greffés et vice versa.

Nous allons maintenant parler de certains des immunosuppresseurs les plus couramment utilisés et de leurs effets secondaires possibles. Pour en savoir plus sur les moyens de minimiser les effets secondaires, interrogez votre équipe de transplantation et votre pharmacien.

Corticostéroïdes

On les appelle communément stéroïdes. La méthylprednisone est le médicament le plus souvent utilisé chez les greffés d’organes, surtout dans la période suivant immédiatement la chirurgie, et pour traiter les épisodes de rejet (où le système immunitaire commence à s’attaquer à l’organe donné). On donne d’abord des doses élevées de ces médicaments, qui seront ensuite réduites graduellement au cours de quelques semaines ou mois. Les stéroïdes sont utilisés pour des périodes plus longues dans certains cas. Chez certaines personnes, ces médicaments provoquent une prise de poids ou une augmentation de la tension artérielle ou du taux de cholestérol sanguin. La méthylprednisone peut aussi causer des sautes d’humeur et, à long terme, l’amincissement et la fragilisation des os.

Cyclosporine (Neoral, Sandimmune)

Ce médicament appartient à la classe des inhibiteurs de la calcineurine. La cyclosporine réussit très bien à supprimer le système immunitaire et est parfois utilisée avec de la méthylprednisone et un autre médicament appelé CellCept (mycophénolate mofétil). La cyclosporine peut toutefois causer certains effets secondaires, dont les suivants :

  • rougeur du visage – elle se résorbe quelques heures après la prise du médicament;
  • pousse de poils sur le visage, les bras et le corps (notons que la cyclosporine n’est pas un remède contre la calvitie);
  • tremblements légers de la main – effet secondaire courant durant les premiers mois, mais qui tend à s’atténuer au fil du temps ou grâce à la réduction de la dose;
  • enflure des gencives et sensibilité de la bouche à la chaleur et au froid – une bonne hygiène buccale (se brosser les dents et passer la soie dentaire tous les jours, consulter régulièrement son dentiste) est importante pour protéger la santé de sa bouche;
  • tension artérielle supérieure à la normale (hypertension) – votre équipe de transplantation vous prescrira des médicaments pour réduire votre tension artérielle. Les conseils d’un diététiste agréé sont importants aussi, car ils peuvent vous aider à éviter les excès de sel. Rappelons que le sel peut augmenter la tension artérielle et nuire à la santé des reins;
  • prédiabète et diabète – la cyclosporine peut augmenter le risque de diabète. Des analyses sanguines régulières seront effectuées pour mesurer votre glycémie pendant que vous prenez ce médicament. Si vous avez un proche parent (mère, père, frère, sœur) qui a le diabète, avisez-en votre équipe de transplantation. Les signes/symptômes possibles du diabète comprennent une augmentation de la faim ou de la soif, des mictions fréquentes et une vision trouble. Si vous éprouvez un de ces symptômes, communiquez tout de suite avec votre équipe de transplantation;
  • changements dans la santé des reins – des analyses de sang et d’urine régulières sont importantes pour suivre votre état de santé général et celui de vos reins. Certains patients sous cyclosporine souffrent d’une dysfonction rénale (néphrotoxicité). Si cela se produit, votre équipe de transplantation pourra réduire votre dose de cyclosporine ou remplacer celle-ci par un autre médicament.

Tacrolimus (Prograf)

Ce médicament appartient aussi à la classe des inhibiteurs de la calcineurine que l’on prescrit aux greffés d’organes. Il peut causer des maux de tête et des effets secondaires qui ressemblent à ceux de la cyclosporine. Cependant, le tacrolimus ne cause pas d’enflure des gencives ou de pilosité anormale.

Mycophénolate (CellCept, Myfortic)

Puissant agent immunosuppresseur, ce médicament affaiblit la capacité des cellules T de répondre à la stimulation causée par les tissus greffés. Il peut causer des maux de tête et des effets gastro-intestinaux — diarrhée et nausée, etc. — qui sont d’ordinaire légers. La fatigue est aussi un problème chez certaines personnes.

Sirolimus (rapamycin, Rapamune)

L’action de ce médicament consiste à bloquer la protéine mTOR (cible de la rapamycine chez les mammifères). Les inhibiteurs de mTOR intéressent particulièrement les centres de transplantation qui soignent des PVVIH parce que ces médicaments semblent posséder une modeste activité anti-VIH. L’évérolimus (Certican, Zortress) appartient à cette classe de médicaments aussi. Les inhibiteurs de mTOR sont aussi efficaces que la cyclosporine, mais sont susceptibles de provoquer des effets secondaires différents, tels que le ralentissement de la guérison des plaies et une augmentation des taux de cholestérol et de triglycérides dans le sang. Nous présentons d’autres informations sur le sirolimus plus tard dans ce numéro de TraitementSida.

Traitement par les anticorps

Il existe certains anticorps (protéines) que l’on peut administrer par perfusion aux receveurs d’organes pour supprimer le système immunitaire. Certains traitements fondés sur les anticorps, comme la thymoglobuline,  s’attaquent aux cellules T de l’organisme. D’autres thérapies sont mieux ciblées et visent des récepteurs ou molécules particuliers présents à la surface des cellules. Le basiliximab (Simulect) et le daclizumab (Zenapax) sont des exemples de ce genre d’anticorps spécifiques (anticorps monoclonaux). Ces deux anticorps ne semblent pas provoquer d’effets secondaires chez de nombreuses personnes, peut-être parce qu’on s’en sert pour des périodes courtes seulement.

RÉFÉRENCES :

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