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mars 2011 

Avant, pendant et après la transplantation

Les organes vitaux comme le foie et le rein peuvent être endommagés par de nombreuses choses, dont les suivantes :

  • infection chronique du foie (virus de l’hépatite B ou C)
  • inflammation
  • exposition à des substances nocives (consommation excessive d’alcool, etc.)
  • toxicité des médicaments
  • diabète
  • tension artérielle supérieure à la normale

Au fur et à mesure que ces organes se détériorent, des déchets peuvent s’accumuler et circuler dans le sang, causant des complications et l’affaiblissement de l’état de santé global de la personne.

Les personnes qui veulent se renseigner sur les options en matière de transplantation doivent commencer par demander à leur médecin de les adresser à un centre de transplantation. Ces centres sont habituellement situés dans de grands hôpitaux régionaux.

Évaluation

L’équipe de transplantation peut mettre plusieurs semaines à faire son évaluation parce que celle-ci nécessite la consultation de différents spécialistes. Dans le cas d’une greffe du foie, par exemple, on peut avoir à consulter tous les spécialistes suivants :

  • chirurgien-transplantologue se spécialisant dans le foie
  • spécialiste du foie (hépatologue)
  • spécialiste des maladies infectieuses
  • infirmiers
  • travailleurs sociaux
  • psychologues

Dans le cas d’une greffe rénale, un néphrologue (spécialiste des soins du rein) et un chirurgien se spécialisant dans le rein font partie de l’équipe.

Lors de l’évaluation, la santé générale du patient et celle de ses autres organes cruciaux (cœur, poumons, etc.) sont vérifiées, non seulement pour confirmer que la greffe est nécessaire, mais aussi pour s’assurer que le patient a une santé assez robuste pour subir la chirurgie et résister aux complications potentielles.

On effectue aussi une évaluation psychologique pour confirmer que l’état mental et émotionnel du candidat à la greffe lui permettra de vivre avec un organe transplanté. De façon générale, les personnes qui consomment activement de la drogue ou de l’alcool sont exclues. Et on exige habituellement que les anciens toxicomanes ou alcooliques aient cessé de consommer depuis au moins six mois pour être admissibles, selon la substance et le programme de transplantation en question.

La stabilité du receveur sur le plan social est très importante à la suite d’une greffe d’organe parce que la réussite de celle-ci dépend d’un suivi intensif, d’une observance du traitement et d’une prise en charge de soi efficace.

Chaque centre de transplantation a ses propres critères en ce qui concerne le candidat idéal à la transplantation. Ces critères se ressemblent habituellement à l’intérieur de la même région. Comme il y a un manque d’organes qui conviennent à la transplantation, le nom des candidats acceptés est ajouté à une liste d’attente.

D’où viennent les organes?

Souvent, les organes sont prélevés sur les victimes de blessures mortelles subies lors d’un accident ou d’un trauma crânien. Une fois prélevés, les organes vitaux sont placés dans une solution qui aide à les nourrir et à les conserver avant qu’ils soient emballés avec de la glace. Grâce à cette démarche, les organes se conservent pendant 12 à 20 heures, période durant laquelle la greffe doit être effectuée. Dans certains cas, un proche en santé peut faire don d’un organe ou d’un segment d’organe, pourvu qu’il soit compatible.

La gestion juste des besoins

En matière de transplantation, la priorité est généralement donnée aux personnes gravement malades qui ont besoin d’un organe. Les centres médicaux tentent aussi de gérer les besoins et de déterminer quels patients de la liste d’attente sont susceptibles d’éprouver le moins de complications à la suite de la greffe, de sorte que les chances de survie de l’organe augmentent. Pour gérer équitablement les besoins d’un grand nombre de personnes malades, les centres de transplantation emploient souvent un système de notation. Pour les personnes en attente d’une greffe hépatique, on a recours au MELD (Model for End-stage Liver Disease – modèle d’insuffisance hépatique terminale). Le MELD consiste en une équation qui tient compte des valeurs de laboratoire suivantes :

  • bilirubine
  • créatinine
  • temps de coagulation sanguine

Les scores MELD sont très utiles pour prévoir quels patients ont des chances de survivre au processus de transplantation.

Trouver l’organe qui convient

La compatibilité entre le candidat et l’organe donné dépend de plusieurs facteurs, dont les suivants :

  • correspondance entre le groupe sanguin (A, B, AB, etc.) du donneur et celui du receveur;
  • similarité des marqueurs immunologiques (facteurs HLA) présents sur les cellules immunitaires du receveur et celles du donneur – plus le donneur et le receveur se ressemblent sur le plan immunologique, plus les chances de succès à long terme de la greffe augmentent;
  • épreuve de compatibilité croisée – même si la compatibilité des groupes sanguins et des facteurs HLA est établie, il est toujours possible que le sang du receveur contienne des anticorps susceptibles de s’attaquer aux tissus du donneur. Le plus souvent, ces anticorps sont présents parce que le receveur a été exposé aux tissus d’une autre personne lors d’une transfusion sanguine. Pour confirmer la présence ou l’absence de ces anticorps, on prélève un petit échantillon de sang chez le receveur et on l’expose aux globules blancs du donneur pressenti. Si les globules blancs du donneur sont endommagés suite à cette exposition, on parle de compatibilité croisée positive. Dans un tel cas, il est fort probable que les tissus transplantés du donneur seraient violemment attaqués par le système immunitaire du receveur. Si les globules blancs du donneur ne subissent aucun dommage, on parle de compatibilité croisée négative, ce qui veut dire que l’organisme du receveur est moins susceptible de lancer une attaque agressive contre le nouvel organe.

Chirurgie

La chirurgie relative à la transplantation d’organes est complexe et nécessite une anesthésie générale. L’extraction du foie endommagé est rendue délicate par la présence d’inflammation dans l’organe, et il y a un plus grand risque de complications, telles que des saignements. Les veines et les artères doivent être fermées, puis rattachées au nouvel organe. Pendant l’opération, les taux de plusieurs substances importantes, comme le glucose et le calcium, chutent à des niveaux très faibles, et la température du corps baisse. Ces changements sont stressants pour l’organisme, mais l’équipe de transplantation peut les gérer efficacement. Une greffe hépatique dure habituellement de trois à quatre heures, alors qu’une greffe rénale peut prendre jusqu’à 12 heures.

Après la transplantation

Des complications peuvent suivre la transplantation chez le receveur pour quelques raisons. Soulignons d’abord que l’extraction et la transplantation d’organes vitaux demandent des chirurgies lourdes. De plus, la personne qui souffre d’une insuffisance organique risque d’être en mauvaise santé et doit aussi prendre des immunosuppresseurs. Certaines des complications sont légères et d’autres, plus graves; certaines durent peu de temps, alors que d’autres sont plus chroniques.

Selon l’aboutissement de la chirurgie, le receveur reste habituellement une semaine à l’hôpital après l’opération. Durant cette période, l’équipe de transplantation suit de très près son état et effectue des tests pour s’assurer que le nouvel organe fonctionne bien et qu’il n’y a pas de complications sérieuses. Notons qu’un séjour plus long à l’hôpital est parfois nécessaire.

Après la chirurgie, les reins risquent d’être surchargés temporairement à cause des lésions causées par l’opération et la toxicité des médicaments immunosuppresseurs, notamment celle de la cyclosporine (Neoral, Sandimmune). Il peut donc s’avérer nécessaire d’effectuer temporairement une filtration mécanique (dialyse) du sang chez certains receveurs.

Comme c’est le cas de toute chirurgie, il y a un risque d’hémorragie. De plus, le nouvel organe peut contenir des cellules immunitaires du donneur qui, une fois entrées dans le sang du receveur, risquent de s’attaquer à ses globules rouges. Cela peut causer un manque de globules rouges chez le receveur, et une transfusion sanguine peut s’avérer nécessaire.

Il peut aussi se produire des complications qui n’ont pas de rapport avec des infections, comme la dépression et des crises de nature épileptique.

De nombreux receveurs d’organes se sentent mieux tout de suite après la greffe. Cependant, malgré l’amélioration de son énergie, de sa vivacité d’esprit et possiblement de son humeur, plusieurs mois peuvent s’écouler avant que le receveur récupère sa force habituelle.

Infections

Les infections sont courantes à la suite d’une greffe d’organe. La plupart d’entre elles sont traitées rapidement et efficacement. Dans le premier mois suivant la greffe, des infections risquent de se produire dans les endroits suivants :

  • abdomen
  • organes génitaux et les tubes dans lesquels coule l’urine
  • poumons

D’autres infections peuvent se produire après le premier mois, mais la prise de médicaments appelés antimicrobiens (antibiotiques, antifongiques et antiviraux) permet de les prévenir ou de les traiter. Les antimicrobiens d’usage courant comprennent les suivants :

  • azithromycine (Zithromax) – aide à prévenir l’infection par la bactérie MAC (complexe Mycobacterium avium)
  • Bactrim/Septra (triméthoprime-sulfaméthoxazole) – aide à prévenir les pneumonies courantes, notamment la PPC (pneumonie à Pneumocystis), auxquelles les PVVIH sont vulnérables
  • fluconazole (Diflucan) – aide à prévenir certaines infections fongiques
  • valgancyclovir (Valcyte) – aide à prévenir ou à traiter les infections virales, notamment celles causées par le CMV (cytomégalovirus)

Rejet

Même si la compatibilité du donneur et du receveur est établie par les tests effectués avant la greffe, le système immunitaire du receveur s’attaquera au nouvel organe s’il ne prend pas de médicaments immunosuppresseurs. Lorsque des attaques de ce genre ont lieu, on parle de rejet. Le rejet de l’organe demeure une possibilité malgré la prise d’immunosuppresseurs, car l’équipe de transplantation doit s’efforcer de supprimer suffisamment le système immunitaire pour assurer la survie de l’organe greffé sans toutefois l’affaiblir au point où le risque d’infections graves ou d’autres complications augmente.

Les signes de rejet comprennent la fièvre et de la douleur à l’endroit où le nouvel organe a été implanté. On doit souligner, toutefois, que le rejet ne provoque pas toujours de symptômes, du moins au début. Voilà une autre raison pour laquelle un suivi fréquent et régulier, y compris des analyses de sang, est essentiel à la suite de la greffe.

Il peut être nécessaire d’effectuer un tomodensitogramme ou même une biopsie du foie ou du rein pour confirmer le rejet d’un organe greffé. Lorsqu’un rejet est soupçonné, l’équipe de transplantation peut intensifier temporairement l’immunosuppression, souvent à l’aide de la méthylprednisone.

La vie après la greffe

Après la transplantation, beaucoup de personnes reprennent les activités qu’elles aimaient avant de tomber malades et d’avoir besoin d’une greffe. L’équipe de transplantation offre des conseils aux patients pour les aider à rester en santé lorsqu’ils sont prêts à quitter l’hôpital. En voici quelques exemples :

  • Respectez tous vos rendez-vous avec l’équipe de transplantation. Au début, il pourrait vous sembler que vos consultations avec différents spécialistes et vos prises de sang sont fréquentes, mais si vous vous portez bien après six mois, vous trouverez que l’équipe de transplantation n’a plus besoin de vous voir aussi souvent.
  • Si vous croyez vivre un épisode de rejet, communiquez avec votre équipe de transplantation sans tarder.
  • Faites-vous conseiller par un diététiste agréé afin de vous assurer une alimentation nutritive, et demandez à votre équipe de transplantation de vous recommander des exercices convenables.
  • Évitez le tabac, l’alcool et les drogues.
  • Consultez toujours vos médecins au sujet des médicaments que vous prenez, y compris les médicaments en vente libre. Cela est très important parce que de nombreux médicaments risquent d’interagir avec vos immunosuppresseurs et de compromettre ainsi votre santé.
  • Si vous avez l’intention de prendre des suppléments (y compris des remèdes à base de plantes), parlez-en toujours avec votre équipe de transplantation. Les plantes médicinales sont problématiques parce qu’elles interagissent parfois avec beaucoup de médicaments, y compris ceux administrés aux greffés d’organes et aux PVVIH.
  • Prenez tous vos médicaments en suivant à la lettre les ordonnances. Si vous trouvez cela difficile, parlez-en à votre infirmier ou pharmacien dès que possible.
  • Continuez de pratiquer le sécurisexe afin de vous exposer le moins possible aux microbes.

RÉFÉRENCES :

  1. Trullas JC, Cofan F, Tuset M, et al. Renal transplantation in HIV-infected patients: 2010 update. Kidney International. 2011 Jan 19. [Epub ahead of print].
  2. Carpenter CB, Milford EL, Sayegh MH. Chapter 276. Transplantation in the Treatment of Renal Failure. Fauci AS, Braunwald E, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Jameson JL, Loscalzo J: Harrison’s Principles of Internal Medicine, 17th ed. McGraw-Hill Companies, Inc.; 2008.
  3. Finberg R, Fingeroth J. Chapter 126. Infections in Transplant Recipients. Fauci AS, Braunwald E, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Jameson JL, Loscalzo J: Harrison’s Principles of Internal Medicine, 17th ed. McGraw-Hill Companies, Inc.; 2008.
  4. Dienstag JL, Chung RT. Chapter 304. Liver Transplantation. Fauci AS, Braunwald E, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Jameson JL, Loscalzo J: Harrison’s Principles of Internal Medicine, 17th ed. McGraw-Hill Companies, Inc.; 2008.