Nouvelles CATIE

27 novembre 2020 

Le cabotégravir injectable se montre très efficace pour prévenir l’infection par le VIH chez les femmes

  • Des médecins ont étudié un nouveau médicament préventif contre le VIH qui est injecté tous les deux mois
  • 3 223 femmes se sont inscrites à un essai clinique du cabotégravir injectable
  • Le cabotégravir à action prolongée a réduit le risque d’infection par le VIH et s’est révélé sûr en général

L’intervention qui consiste à prendre des médicaments anti-VIH avant une exposition sexuelle éventuelle afin de réduire le risque d’infection s’appelle la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Truvada, un comprimé contenant à la fois deux médicaments anti-VIH (ténofovir DF + FTC) est approuvé pour la PrEP au Canada et dans de nombreux autres pays. Cette combinaison se vend également en versions génériques. La majorité des essais cliniques ont testé Truvada à titre de PrEP à raison d’un comprimé oral par jour.

Beaucoup de gens n’aiment pas prendre de médicaments, et certains d’entre eux oublient parfois de les prendre. Les compagnies pharmaceutiques mettent actuellement au point des médicaments pour la PrEP qui nécessitent des prises moins fréquentes. Certains essais cliniques ont déterminé que le fait de prendre Truvada moins fréquemment, selon un horaire « à la demande », réduisait également le risque d’infection par le VIH de manière significative.

PrEP à action prolongée

La compagnie pharmaceutique ViiV Healthcare travaille au développement d’une formulation à action prolongée de la PrEP reposant sur le médicament cabotégravir (cabotégravir AP). Le médicament est injecté profondément dans un muscle tous les deux mois, puis il s’en libère lentement dans le sang par la suite.

Étude HPTN 084

Les National Institutes of Allergy and Infectious Diseases des États-Unis (NIAID), ViiV Healthcare et la Fondation Bill and Melinda Gates ont financé une étude appelée HPTN 084. Pour cette étude, on a recruté 3 223 femmes cisgenres séronégatives qui couraient un risque élevé de se faire infecter par le VIH. L’étude s’est déroulée dans sept pays de l’Afrique australe. Il s’agissait d’une étude randomisée à double insu et contrôlée contre placebo.

Pendant les quatre premières semaines de l’étude, les participantes ont reçu une des combinaisons suivantes par voie orale :

  • comprimé de cabotégravir + comprimé factice de Truvada comme placebo
  • comprimé de Truvada + comprimé factice de cabotégravir comme placebo

Les chercheurs ont inclus cette période initiale pour s’assurer que le cabotégravir ne provoquait pas d’effets secondaires chez les participantes. À la fin de cette période, ils ont réparti celles-ci au hasard pour recevoir une des interventions suivantes :

  • cabotégravir à action prolongée par injection + comprimé factice de Truvada comme placebo
  • injection factice comme placebo + comprimé de Truvada

On s’attendait à ce que les participantes restent dans l’étude pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans.

Interruption prématurée de l’étude

Un comité indépendant qui surveillait l’étude a recommandé aux chercheurs de lever prématurément l’aveugle sur l’étude HPTN 084 parce que le régime fondé sur le cabotégravir AP offrait une meilleure protection aux femmes que la dose quotidienne de Truvada. Des infections par le VIH s’étaient produites dans les proportions suivantes :

  • injection de cabotégravir AP : 4 femmes; incidence de 0,21 %
  • Truvada quotidien par voie orale : 34 femmes; incidence de 1,79 %

Selon l’équipe de recherche, le cabotégravir AP s’est révélé statistiquement « supérieur » au Truvada quotidien en ce qui concerne sa capacité de protéger les femmes. Neuf fois plus de femmes du groupe Truvada ont contracté le VIH que de femmes recevant le cabotégravir AP. Autrement dit, le cabotégravir AP s’est montré près de 90 % plus efficace que la dose quotidienne de Truvada.

Innocuité

Des milliers de personnes ont reçu du cabotégravir dans le cadre d’essais cliniques. De façon générale, ce médicament est bien toléré. Dans l’essai 084, environ 32 % des femmes se sont plaintes de douleurs temporaires au site de l’injection, et ce, qu’elles aient reçu le vrai cabotégravir ou le placebo.

La recherche se poursuit pour déterminer pourquoi certaines femmes recevant le cabotégravir AP sont devenues séropositives. Entre autres, les chercheurs tenteront de déterminer si ces femmes ont contracté une souche du VIH qui avait acquis la capacité de résister au cabotégravir.

Étude semblable

Les résultats de l’étude HPTN 084 menée chez des femmes suscitent de l’enthousiasme et servent de complément à une étude antérieure sur le cabotégravir AP menée auprès de 4 570 hommes gais ou bisexuels et femmes trans, soit l’essai HPTN 083. Durant cette étude aussi, le cabotégravir AP s’est révélé très efficace en réduisant le risque d’infection par le VIH de 66 %.

Gestes audacieux requis pour élargir l’accès

Il est probable que ViiV Healthcare va demander l’approbation réglementaire du cabotégravir AP comme moyen de réduire le risque d’infection par le VIH d’ici la fin du premier trimestre de 2021. Après l’homologation, les chances que le cabotégravir soit utilisé à grande échelle reposeront en grande partie sur le prix fixé. Au cours de la prochaine année, ViiV aura l’occasion de poser un geste audacieux en fixant un prix modique pour ce médicament préventif très efficace. Si la compagnie choisit un prix élevé, seules les personnes disposant d’assurances privées y auront accès probablement. ViiV aura donc dépensé beaucoup d’argent et passé de nombreuses années à développer un médicament que relativement peu de gens pourront utiliser. En revanche, en fixant un prix abordable pour le cabotégravir AP, ViiV pourra récupérer graduellement les coûts de la recherche et du développement et faire des profits, parce qu’un plus grand nombre de personnes auront accès au médicament.

Il y a près d’une décennie, des essais cliniques ont permis de constater que Truvada réduisait très efficacement le risque d’infection par le VIH. Cependant, les régimes publics qui subventionnaient les médicaments (en maintenant des registres couramment appelés listes de médicaments assurés) ont mis plusieurs années à accepter finalement de payer Truvada, et plusieurs ont attendu que des versions moins chères voient le jour. Ce serait bien regrettable si une situation semblable devait se produire avec le cabotégravir AP ou encore d’autres médicaments très efficaces en voie de développement pour la PrEP.  

La pandémie du coronavirus a dévasté d’importants secteurs de l’économie. Comme les revenus d’impôts et de taxes des gouvernements ont baissé, ils ont dû emprunter d’énormes sommes pour soutenir l’économie. Par conséquent, le coût des nouveaux médicaments deviendra probablement un enjeu plus pressant à l’avenir en ce qui concerne de nombreuses affections médicales. Le spectre de cet avenir devrait pousser toutes les compagnies pharmaceutiques à élaborer de nouvelles idées sur le financement de la mise au point des médicaments. De cette manière, les régimes d’assurance médicaments pourront rester à flot, et les compagnies pourront continuer de mettre de nouvelles médecines sur le marché.

—Sean R. Hosein

Ressources

Un médicament injectable à action prolongée prévient le VIH – Nouvelles CATIE

Ressources et outils sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP)

RÉFÉRENCES :

  1. ViiV Healthcare. ViiV Healthcare announces investigational injectable cabotegravir is superior to oral standard of care for HIV prevention in women. Press release. 9 November 2020.
  2. National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID). NIH study finds long-acting injectable drug prevents HIV acquisition in cisgender women. Statement. 9 November 2020.
  3. Abedi M. 44% of Canadian households report lost work amid COVID-19 pandemic: poll. Global News. 25 March 2020. Disponible à l’adresse : https://globalnews.ca/news/6726202/coronavirus-canada-job-loss-poll/
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  5. Cutler D, Kirson N, Long G. Financing drug innovation in the U.S: Current framework and emerging challenges. Pharmacoeconomics. 2020 Sep;38(9):905-911.
  6. Lauenroth VD, Kesselheim AS, Sarpatwari A, et al. Lessons from the impact of price regulation on the pricing of anticancer drugs in Germany. Health Affairs. 2020 Jul;39(7):1185-1193.
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