Nouvelles CATIE

27 mai 2020 

Un médicament injectable à action prolongée prévient le VIH

  • Des médecins ont étudié un nouveau médicament préventif contre le VIH que l’on injecte dans un muscle tous les deux mois
  • 4 500 hommes gais et bisexuels et femmes transgenres se sont inscrits à l’essai clinique du cabotégravir injectable
  • Le médicament s’est généralement révélé sûr et a réduit considérablement le risque d’infection par le VIH

La stratégie qui consiste à prendre des médicaments anti-VIH avant une éventuelle exposition sexuelle afin de réduire le risque d’infection par le VIH s’appelle la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Truvada, un comprimé contenant à la fois deux médicaments anti-VIH (ténofovir DF + FTC), est approuvé pour la PrEP au Canada et dans de nombreux autres pays. Le traitement est également offert en formulations génériques. Lors de la majorité des essais cliniques, Truvada à titre de PrEP a été mis à l’épreuve à raison d’un comprimé par jour. Cependant, certains essais cliniques ont révélé que la prise moins fréquente de Truvada, en vertu d’un régime dit « PrEP à la demande », pouvait également réduire considérablement le risque d’infection par le VIH.

Comme nombre de personnes n’aiment pas prendre les comprimés ou oublient parfois de les prendre, des compagnies pharmaceutiques sont en train de mettre au point des médicaments pour la PrEP qui nécessitent des prises moins fréquentes.

PrEP à action prolongée

La compagnie pharmaceutique Viiv Healthcare met au point une version de PrEP à action prolongée qui est fondée sur le médicament cabotégravir. Ce médicament est injecté dans un muscle tous les deux mois. Le cabotégravir à action prolongée est ensuite libéré lentement par le muscle dans le sang.

Étude HTPN 083

Les National Institutes of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis ont parrainé une étude appelée HPTN 083. Les chercheurs ont recruté 4 570 personnes séronégatives dont la majorité se composait d’hommes gais et bisexuels, ainsi que 12 % de participantes transgenres. L’étude a eu lieu en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Asie du Sud-Est et aux États-Unis.

Pendant les cinq premières semaines de l’étude, les participants ont pris une combinaison de comprimés de cabotégravir et de comprimés placebo de Truvada par voie orale. Cette période introductrice avait pour but d’assurer que les participants n’éprouvaient pas d’effets secondaires du cabotégravir. À la fin de cette période, les participants ont été répartis au hasard pour recevoir une des interventions suivantes :

  • cabotégravir à action prolongée par injection + comprimés placebo de Truvada tous les jours
  • placebo par injection + comprimés de Truvada tous les jours

Ni les participants ni le personnel de la clinique ne savaient qui recevait le médicament et qui le placebo. L’étude a débuté en décembre 2016.

Résultats provisoires

Selon les NIAID, l’examen récent des résultats de l’étude par un comité indépendant de surveillance des données et de la sécurité (Data Safety Monitoring Board ou DSMB en anglais) a permis de constater que « le cabotégravir à action prolongée était hautement efficace pour la prévention du VIH dans la population de cette étude ».

Quelques personnes sont devenues séropositives au cours de l’étude. Les infections en question étaient réparties comme suit :

  • cabotégravir à action prolongée : 12 personnes
  • Truvada : 38 personnes

D’un point de vue statistique, ce résultat porte à croire que le cabotégravir était aussi efficace que Truvada. Bien que cette étude ait été conçue initialement pour démontrer la supériorité du cabotégravir à action prolongée, l’éclosion de la pandémie de la COVID-19 a fait en sorte que les participants avaient de plus en plus de difficulté à respecter leurs rendez-vous en clinique, et plusieurs sites de l’essai ont dû fermer. Par conséquent, les chercheurs responsables de l’essai ont décidé de changer leur objectif principal pour le suivant : démontrer que le cabotégravir à action prolongée est aussi efficace que le Truvada quotidien.

Les chercheurs affiliés à cette étude prévoient une investigation pour déterminer pourquoi certaines personnes recevant le cabotégravir à action prolongée ou le Truvada quotidien ont contracté l’infection.

Après son analyse, le comité de surveillance a recommandé que les résultats soient communiqués aux participants et qu’ils se fassent offrir le cabotégravir injectable.

Effets secondaires

Selon les NIAID, le cabotégravir à action prolongée et Truvada ont tous deux été « généralement sûrs et bien tolérés ». La plupart des personnes (80 %) ayant reçu le cabotégravir à action prolongée ont signalé de la douleur et de la sensibilité temporaires au site de l’injection, comparativement à 31 % des personnes ayant reçu des injections du placebo.

Un essai chez les femmes

Un autre essai clinique du nom d’HTPN 084 a inscrit plus de 3 000 femmes hétérosexuelles séronégatives. Lancé à peu près un an après l’étude précédente, cet essai évaluera également l’innocuité et l’efficacité du cabotégravir à action prolongée. L’essai HTPN 084 a recruté des participants de l’Est et du Sud de l’Afrique. Le comité de surveillance a examiné les données provisoires et a recommandé de poursuivre l’étude.

À l’avenir

Les résultats détaillés de l’étude HTPN 083 seront publiés à l’occasion d’une conférence scientifique future. Il est probable que le cabotégravir à action prolongée pour la prévention de l’infection par le VIH sera approuvé au Canada et dans d’autres pays et régions à revenu élevé au cours des deux prochaines années.

Viiv conçoit un plan pour faciliter l’accès au cabotégravir à action prolongée dans les pays à revenu faible et intermédiaire, mais il s’écoulera sans doute plusieurs années avant que ce plan soit mis en œuvre.

Les résultats de l’essai HTPN 083 marquent un jalon majeur dans la pandémie du VIH. L’approbation réglementaire éventuelle du cabotégravir à action prolongée donnera lieu à davantage d’options pour la prévention du VIH. Elle incitera également les compagnies pharmaceutiques à mettre au point des formulations de PrEP dont l’action durera plus longtemps encore.

–Sean R. Hosein

Ressources

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale – Feuillet d’information de CATIE

De quelle façon la PrEP prévient-elle le VIH? – Vidéo de CATIE

Ressources et outils sur la PrEP

RÉFÉRENCES :

  1. NIAID. Long-acting injectable drug prevents HIV among men who have sex with men and transgender women. Press release. 18 May 2020.
  2. Cohen J. Long-acting drug acts like a short-term AIDS vaccine. Science. 22 May 2020.