Nouvelles CATIE

5 mars 2020 

Les tendances canadiennes du traitement de l’hépatite C chez les personnes co-infectées par le VIH

  • Les restrictions sur le remboursement des traitements de l’hépatite C ont été levées au Canada
  • Une étude a révélé que la levée de ces restrictions a permis de quadrupler les taux de traitement
  • Les taux de traitement ont toutefois diminué depuis, surtout parmi les patients marginalisés

Pendant de nombreuses années, il existait un seul traitement pour combattre l’infection au virus de l’hépatite C (VHC), soit l’interféron alpha sous forme injectable. Ce traitement n’avait qu’une efficacité modeste et provoquait généralement de nombreux effets secondaires. L’interféron alpha agit en mobilisant le système immunitaire afin qu’il combatte le virus.

Il y a environ une décennie, les compagnies pharmaceutiques ont commencé à mettre au point des médicaments qui pouvaient s’attaquer directement aux cellules infectées par le VHC. On appelle ces médicaments les antiviraux à action directe (AAD). La première génération d’AAD se prenait par voie orale, mais il fallait prendre les antiviraux à action directe en combinaison avec l’interféron. La deuxième génération d’AAD est beaucoup plus puissante et ceux-ci peuvent être utilisés en combinaison les uns avec les autres. Les combinaisons d’AAD de deuxième génération sont maintenant la norme de soins en matière de VHC au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. Les AAD sont généralement bien tolérés et donnent des taux de guérison de 95 % ou plus chez de nombreuses personnes. De plus, selon la combinaison utilisée, il est possible de les prendre pendant huit semaines seulement.

Au Canada

Bien que les services de soins de santé soient universellement accessibles au Canada, le remboursement des médicaments varie d’une province à l’autre et d’un territoire à l’autre. Lorsque les premiers AAD ont été approuvés par les agences de réglementation, la plupart des provinces ont rationné l’accès subventionné à ces médicaments parce qu’ils coûtaient cher. En vertu du mécanisme de rationnement, l’accès aux médicaments était limité aux personnes dont le foie était gravement endommagé. Au fur et à mesure que d’autres AAD se faisaient approuver au Canada, des négociations entre les provinces et territoires et les compagnies pharmaceutiques ont finalement donné lieu à des réductions substantielles des prix. Par conséquent, avec le temps, le rationnement de l’accès aux AAD subventionnés a été levé, et l’accès universel est devenu une réalité.

Changements d’accès

Une équipe de chercheurs d’un peu partout au Canada a suivi la santé de personnes co-infectées par le VHC et le VIH. Les chercheurs ont évalué les tendances de l’utilisation d’AAD avant et après la levée des restrictions à l’accès. L’équipe a trouvé que l’utilisation de ces médicaments a presque doublé après la fin du rationnement. Parmi les personnes qui s’injectaient des drogues, l’utilisation d’AAD a presque quadruplé.

Les chercheurs ont toutefois constaté que l’augmentation de l’utilisation ne s’est pas maintenue. Un an après l’instauration de l’accès universel aux AAD, les taux de traitement ont diminué. Selon les chercheurs, les populations vulnérables, et plus particulièrement les personnes qui s’injectaient des drogues, les Autochtones et les « personnes non impliquées dans les soins », étaient plus susceptibles de continuer à vivre avec la co-infection au VHC.

En commentant les mesures à adopter à l’avenir, les chercheurs ont affirmé que « la minimisation des obstacles structuraux et l’adoption d’interventions adaptées sont nécessaires pour impliquer et traiter toutes les populations vulnérables [atteintes du VHC] ».

Détails de l’étude

L’équipe a recueilli et analysé des données provenant d’une étude prospective par observation appelée Cohorte canadienne de co-infection (CCC). Les chercheurs se sont concentrés sur les données recueillies entre 2010 et 2018. Les participants avaient été inscrits dans 18 cliniques situées un peu partout au Canada. Aux fins de la présente analyse, les chercheurs ont porté leur attention sur les données recueillies auprès de 1 130 personnes vivant dans les provinces suivantes :

  • Colombie-Britannique : 414 personnes
  • Ontario : 326 personnes
  • Québec : 390 personnes

Résultats : changements globaux dans l’utilisation du traitement

Les chercheurs ont constaté que les taux de traitement du VHC étaient faibles avant l’arrivée des AAD oraux. Lorsque ces médicaments ont commencé à être subventionnés, les taux d’utilisation ont augmenté initialement, mais ont diminué quelque peu par la suite.

Changements spécifiques dans l’utilisation

Lorsque les provinces ont cessé de rationner l’accès aux AAD, les taux de traitement du VHC ont doublé. Parmi les personnes qui s’injectaient des drogues, les taux d’utilisation du traitement ont presque quadruplé. Cependant, un an après la levée du rationnement, les taux de traitement du VHC ont chuté, surtout parmi les groupes suivants qui étaient plus susceptibles de demeurer co-infectés :

  • Autochtones
  • personnes itinérantes (sans-abri)
  • personnes qui s’injectent des drogues
  • personnes décrites par les chercheurs comme « non impliquées dans les soins »

En revanche, les populations et les facteurs suivants ont été associés à la guérison du VHC :

  • les hommes gais, bisexuels ou autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes
  • lésions hépatiques d’une ampleur significative

Explication des tendances

Les chercheurs ont avancé l’explication suivante des changements dans les taux de traitement du VHC :

« … les médecins connaissaient les patients existants qui étaient admissibles et enclins à suivre fidèlement le traitement, et les ont mis sous traitement dès que l’accès [aux AAD] a été élargi. Lorsque la plupart [de ces patients] avaient été traités, les personnes restantes étaient celles qui continuaient à être difficiles à rejoindre, celles impliquées de manière inconstante dans les soins de santé ou perçues comme socialement instables, ce qui donnait lieu à une réticence à commencer le traitement ».

La présente étude n’a pas été conçue pour interroger les participants sur leurs raisons de ne pas obtenir de soins pour le VHC. Les chercheurs ont cependant souligné un sondage réalisé auprès de médecins spécialistes en maladies infectieuses dans lequel la question des obstacles aux soins du VHC avait été soulevée. Les médecins en question avaient laissé entendre que l’« accès insuffisant » aux services suivants constituait un obstacle aux soins du VHC :

  • services de réduction des méfaits
  • services de traitement des maladies mentales

Comme l’accès subventionné aux AAD est généralement offert partout au Canada de nos jours, d’autres recherches sur les populations vulnérables seront nécessaires pour mieux comprendre les obstacles aux soins du VHC et les façons de les surmonter.

Ressources

Traitements de l’hépatite CCATIE

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—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Saeed S, Strumpf E, Moodie EEM, et al. Eliminating structural barriers: The impact of unrestricted access on hepatitis C treatment uptake among people living with HIV. Clinical Infectious Diseases. 2020; en voie d’impression.
  2. Saeed S, Moodie EEM, Strumpf EC, Klein MB. Segmented generalized mixed effect models to evaluate health outcomes. International Journal of Public Health. 2018;63(4):547–551.
  3. Grebely J, Dore GJ, Morin S, Rockstroh JK, Klein MB. Elimination of HCV as a public health concern among people who inject drugs by 2030 – What will it take to get there? Journal of the International AIDS Society. 2017;20(1):22146.
  4. Janjua NZ, Islam N, Wong J, et al. Shift in disparities in hepatitis C treatment from interferon to DAA era: A population-based cohort study. Journal of Viral Hepatitis. 2017;24(8):624–630.