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28 novembre 2019 

Une étude des CDC trouve que les trousses d’autodépistage du VIH augmentent la fréquence des tests et découvrent des infections

  • L’accès aux trousses d’autodépistage a augmenté les taux de dépistage du VIH parmi les HARSAH
  • Plus de cas de VIH ont été diagnostiqués chez les participants testés par autodépistage
  • Que les participants soient diagnostiqués par autodépistage ou non, l’arrimage aux soins était aussi fréquent

Même si le Canada et d’autres pays à revenu élevé font des progrès contre l’épidémie du VIH, des lacunes persistent dans le continuum du dépistage, des soins et du traitement. Notons à titre d’exemple que 14 % des personnes vivant avec le VIH dans ce pays ne seraient pas au courant de leur infection, selon les estimations de l’Agence de la santé publique du Canada.

Si les occasions de dépistage du VIH étaient plus pratiques et plus répandues, on pourrait aider à réduire la proportion de personnes non diagnostiquées vivant avec ce virus. Une possibilité pour augmenter le dépistage du VIH consiste à mettre des trousses d’autodépistage à domicile à la disposition de la population.

Pour explorer cette idée, des chercheurs aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont mené un essai clinique auprès de 2 600 hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH). Chacun de ces hommes avait reçu un résultat négatif lors de son dernier test de dépistage du VIH. Tous les participants avaient accès à des ressources en ligne qui indiquaient les endroits où ils pouvaient se faire tester pour le VIH localement. Ils avaient également accès à un service de counseling téléphonique s’ils en avaient besoin. Les chercheurs ont réparti les participants au hasard dans deux groupes : le premier avait accès à des trousses d’autodépistage et le deuxième n’y avait pas accès (ce groupe a servi de groupe témoin ou de groupe de comparaison). L’étude a duré un an.

Au cours de l’étude, les chercheurs ont observé les tendances suivantes parmi les participants qui avaient reçu les trousses d’autodépistage :

  • taux de dépistage du VIH plus élevés
  • découverte de davantage de cas d’infection au VIH

Les chercheurs ont encouragé les participants qui recevaient les trousses d’autodépistage à en distribuer quelques-unes à leurs proches. Ces trousses ont permis de découvrir des cas d’infection au VIH parmi les réseaux sociaux des participants.

Les chercheurs des CDC ont conclu que : « la distribution de trousses d’autodépistage du VIH fournit un moyen valable pour améliorer la sensibilisation à l’infection au VIH et prévenir la transmission parmi les HARSAH ».

Détails de l’étude

Les chercheurs des CDC ont donné le nom eSTAMP à leur étude. Pour recruter des volontaires, l’équipe de recherche a placé des annonces dans les « sites de réseaux sociaux, de musique et de rencontres fréquentés par les HARSAH ».

Tous les participants ont rempli un sondage lors de leur admission à l’étude, puis on les a répartis au hasard pour recevoir les trousses d’autodépistage ou pas.

Accent sur le groupe ayant reçu les trousses d’autodépistage

Les participants qui ont reçu les trousses d’autodépistage se sont fait envoyer les choses suivantes par la poste :

  • « 2 tests d’autodépistage pour liquide oral » : OraQuick in-home HIV test, fabriqué par OraSure Technologies
  • « 2 tests d’autodépistage par piqûre de doigt pour sang total » : Sure Check HIV 1/2 Assay, fabriqué par Chembio Diagnostics Systems

Une fois que les participants avaient rempli les sondages trimestriels, ils pouvaient recevoir des trousses de dépistage additionnelles.

Les participants ont reçu des liens renvoyant à des vidéos décrivant le mode d’emploi des trousses. Ils avaient plusieurs choix pour signaler les résultats de leurs tests : dans le site Web, dans les sondages trimestriels ou par téléphone.

La plupart des participants ont été recrutés dans des sites Web de rencontres (57 %) et de musique (40 %) et avaient moins de 30 ans; tous étaient des adultes. La répartition selon les principaux groupes ethnoraciaux était la suivante : Blancs – 58 %; Hispaniques – 23 %; Noirs – 10 %. Tous les participants ont dévoilé qu’ils avaient eu des relations sexuelles anales avec d’autres hommes au cours de l’année précédente.

Résultats

Selon les chercheurs, les participants qui utilisaient les trousses d’autodépistage « ont signalé qu’ils se testaient plus fréquemment », soit cinq tests contre deux en moyenne.

La plupart des participants (77 %) du groupe disposant des trousses d’autodépistage « ont signalé avoir passé trois tests ou davantage avant leur sondage du mois 12, comparativement à 22 % des participants du groupe témoin ».

Lorsque les chercheurs ont comparé les comportements de dépistage avant et pendant l’étude, ils ont constaté « une augmentation de 56 % du taux de dépistage du VIH annuel parmi les participants utilisant les trousses d’autodépistage ». Parmi les membres du groupe témoin, les chercheurs n’ont constaté qu’une augmentation de 7 % du taux de dépistage annuel.

Accent sur les infections au VIH au fil du temps

Trente-six cas d’infection au VIH ont été dépistés durant cette étude. Voici quelques trouvailles se rapportant à ces cas :

  • Pendant les trois premiers mois de l’étude, on a signalé davantage de cas d’infection au VIH dans le groupe utilisant les trousses d’autodépistage, soit 12 infections contre deux dans le groupe témoin.
  • Durant les 12 mois qu’a duré l’étude, deux fois plus d’infections au VIH ont été dépistées dans le groupe utilisant les trousses d’autodépistage, soit 25 infections contre 11 dans le groupe témoin. Selon les chercheurs, « près de la moitié de ces infections concernaient des participants qui n’avaient pas été testés au cours de l’année précédente ».

Arrimage aux soins

Sur les 36 personnes qui ont appris qu’elles avaient l’infection au VIH pendant l’étude, 72 % ont affirmé qu’elles avaient été dirigées vers des soins après leur diagnostic. On n’a constaté aucune différence entre les taux d’arrimage aux soins chez les participants des deux groupes dont les tests de dépistage se sont avérés positifs.

VIH et réseaux sociaux

Selon les chercheurs, les participants qui utilisaient les trousses d’autodépistage « ont signalé que 52 membres de leurs réseaux sociaux ont reçu un résultat positif au test de dépistage ». Sur ces 52 personnes, 29 ne savaient pas qu’elles avaient l’infection au VIH avant d’avoir utilisé les trousses d’autodépistage.

Points clés selon l’équipe de recherche

  • « La distribution de tests d’autodépistage du VIH aux HARSAH recrutés par Internet a augmenté considérablement la fréquence des dépistages parmi les participants qui se testaient eux-mêmes, comparativement au groupe témoin, et a facilité la distribution et l’utilisation de tests d’autodépistage du VIH parmi les membres des réseaux sociaux. L’intervention a permis de dépister davantage d’infections au VIH non diagnostiquées que dans le [groupe témoin] et de découvrir des infections parmi les membres des réseaux sociaux des participants utilisant les tests d’autodépistage. »
  • « La distribution de tests d’autodépistage du VIH a eu un bienfait préventif important parmi les membres des réseaux sociaux : pendant l’essai, davantage de nouvelles infections au VIH ont été signalées par les membres des réseaux sociaux qui utilisaient les tests d’autodépistage que par les participants eux-mêmes. »
  • Selon les chercheurs, le fait d’envoyer les trousses d’autodépistage aux participants par la poste leur a permis de « réduire certains des obstacles associés aux programmes de dépistage du VIH cliniques et par les pairs, tels que le temps requis des patients et des médecins, les coûts du dépistage, la stigmatisation et les interactions en personne. Il est également possible que la stratégie de recrutement ait permis de rejoindre une population plus à risque en raison de la nature des sites dans lesquels les participants ont été recrutés ».
  • « Ces résultats accentuent aussi l’importance des [recommandations des CDC sur le dépistage du VIH chez les HARSAH] : des participants qui n’avaient pas été testés depuis un an comptaient pour près de la moitié des infections nouvellement diagnostiquées dans l’étude. Cette approche pourrait donc être une stratégie adéquate pour rejoindre les HARSAH, surtout ceux qui ne se font pas tester au moins annuellement et ceux qui n’ont jamais eu recours aux services de dépistage du VIH existants. »
  • « À la lumière [des résultats de l’étude], les programmes de prévention du VIH envisageront peut-être d’ajouter la distribution de tests d’autodépistage du VIH par la poste à leur arsenal de services de prévention du VIH, ainsi que l’envoi de trousses additionnelles aux HARSAH à risque élevé et permettre ainsi leur distribution aux membres de leurs réseaux sociaux. »

Un mot à propos du moment où l’autodépistage du VIH a lieu

Les chercheurs ont souligné le point important suivant : « La possibilité de la transmission du VIH existe si un résultat faussement négatif est obtenu lorsque le test d’autodépistage est utilisé durant la phase aiguë de l’infection au VIH, alors que [la quantité de virus dans le sang est très élevée], ou si le test est effectué de manière incorrecte. Ainsi, on devrait décourager les personnes utilisant les tests d’autodépistage du VIH de s’en servir avant les relations sexuelles ». Ce n’est pas une bonne idée d’effectuer un test d’autodépistage du VIH avant une relation sexuelle parce qu’il est possible d’obtenir un faux négatif. D’autres explications sur le dépistage du VIH paraissent dans la section des ressources à la fin de cet article.

À retenir

Comme toutes les études, celle dont nous parlons ici est imparfaite. Elle constitue toutefois un pas en avant très utile et confirme des recherches précédentes menées aux États-Unis et en Australie qui ont révélé que de nombreux HARSAH se réjouiraient de la possibilité d’utiliser des trousses d’autodépistage du VIH.

Ressources

Une étude australienne trouve que le test de dépistage du VIH à domicile est attrayant pour les hommes gais et bisexuelsNouvelles CATIE

Atteindre le premier 90 : voici comment l’autodépistage du VIH peut nous aider à mettre fin à l’épidémie du VIH – Blogue de CATIE

Le dépistage du VIH : Je connais mon statut VIH – CATIE

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—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

MacGowan RJ, Chavez PR, Borkowf CB, et al. Effect of Internet-distributed HIV self-tests on HIV diagnosis and behavioral outcomes in men who have sex with men: A randomized clinical trial. JAMA Internal Medicine. 2019; en voie d’impression.