Nouvelles CATIE

26 septembre 2019 

La FDA signale des cas rares de lésions hépatiques associées à certains traitements de l’hépatite C

  • Trois traitements de l’hépatite C soumis à une alerte de l’agence américaine de réglementation pharmaceutique
  • La FDA conseille aux médecins de prescrire Maviret, Vosevi et Zepatier à certains patients seulement
  • Utilisés de façon appropriée, ces traitements sont efficaces et généralement sans danger

L’exposition au virus de l’hépatite C (VHC) provoque l’infection du foie par ce virus. Dans les cas où l’infection devient chronique, le VHC cause de l’inflammation persistante dans le foie. Cette inflammation entraîne la mort du tissu sain de l’organe et son remplacement par du tissu cicatriciel. Au fil de nombreuses années (habituellement des décennies), la cicatrisation s’étend graduellement à toutes les parties du foie jusqu’à ce que l’organe entier soit endommagé. À mesure que le tissu cicatriciel s’accumule, la capacité du foie à bien fonctionner s’amenuise et des complications s’ensuivent, notamment une fatigue accablante, des hémorragies internes, des infections abdominales graves, des lésions rénales, des problèmes de cognition et l’insuffisance hépatique. La présence de tissu cicatriciel augmente aussi le risque de cancer du foie.

Au Canada et dans les autres pays à revenu élevé, le traitement du VHC est généralement largement accessible et consiste en la prise de comprimés une fois par jour, souvent pour une période de huit à 12 semaines. Lorsque les traitements du VHC sont utilisés conformément aux consignes des agences de réglementation, ils ont tendance à atteindre des taux de guérison élevés (95 % ou plus) et sont généralement sans danger.

Les trois traitements suivants sont approuvés pour le traitement du VHC au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé :

  • Maviret (vendu sous le nom de Mavyret aux États-Unis) : combinaison des médicaments glécaprévir + pibrentasvir
  • Vosevi : combinaison des médicaments sofosbuvir + velpatasvir + voxilaprévir
  • Zepatier : combinaison des médicaments elbasvir + grazoprévir

La Food and Drug Administration (FDA) américaine a récemment diffusé une alerte à la sécurité se rapportant à la survenue de lésions hépatiques graves chez des personnes ayant utilisé les trois traitements ci-dessus. Spécifiquement, l’agence a reçu des rapports détaillés révélant que certaines personnes traitées par ces produits souffraient d’une « aggravation de leur fonction hépatique ou d’une insuffisance hépatique ».

La FDA rappelle aux professionnels de la santé et aux patients que ces traitements ne doivent pas être utilisés par des « patients aux prises avec une dysfonction hépatique modérée ou grave ».

Tendances des cas

La FDA affirme être au courant de 63 cas où des personnes atteintes du VHC ont subi les méfaits des traitements déjà mentionnés. Selon la FDA :

« Dans plusieurs des cas signalés, l’insuffisance hépatique s’est produite chez des personnes présentant des signes et symptômes de dysfonction hépatique grave ou d’autres problèmes sérieux qui n’auraient jamais dû être traitées avec ces médicaments ». On a attribué à la dysfonction hépatique en question un score Child-Turcotte-Pugh B ou C (nous fournissons plus de détails sur ce système de classification près de la fin de ce bulletin).

Dans certains cas, les rapports indiquaient que les patients n’avaient « pas de cirrhose ni [aucun symptôme] de cirrhose avec dysfonction hépatique légère [Child-Turcotte-Pugh A] » malgré des indices de lésions hépatiques graves.

« De plus, certains cas incluaient des facteurs de risque préexistants comme le cancer du foie, [la consommation excessive d’alcool] ou encore des maladies médicales graves associées aux problèmes hépatiques graves. Il est possible que ces facteurs aient contribué à l’aggravation clinique de la fonction hépatique ou à l’insuffisance hépatique pendant le traitement ayant recours à ces médicaments anti-hépatite C. »

« Dans la plupart des cas, l’insuffisance hépatique ou [les symptômes graves de la cirrhose] se sont typiquement produits au cours des quatre premières semaines du traitement. »

L’agence a souligné que Maviret, Vosevi et Zepatier sont « approuvés par la FDA pour traiter l’hépatite C chronique chez les patients n’ayant pas de dysfonction hépatique ou encore une dysfonction hépatique légère [Child-Turcotte-Pugh A]. Les essais cliniques menés auprès de patients [sans symptômes de cirrhose] ou n’ayant qu’une légère dysfonction hépatique [Child-Turcotte-Pugh A] ont révélé que ces médicaments étaient bien tolérés et très efficaces ».

Conseils à l’intention des professionnels de la santé

La FDA affirme que « les professionnels de la santé devraient continuer de prescrire Maviret, Vosevi ou Zepatier en respectant l’information posologique se rapportant aux patients sans dysfonction hépatique ou n’ayant qu’une dysfonction hépatique légère [Child-Turcotte-Pugh A] ».

Voici d’autres recommandations de la FDA :

« Évaluez la gravité de l’insuffisance hépatique au départ et surveillez étroitement les signes et symptômes d’une aggravation de la fonction hépatique, tels qu’une augmentation des taux d’enzymes du foie, la jaunisse, l’ascite, l’encéphalopathie et l’hémorragie variqueuse. »

« L’évaluation de base de l’insuffisance hépatique et la surveillance étroite sont particulièrement importantes pour les patients présentant des problèmes de foie ou des facteurs de risque significatifs préexistants, tel le carcinome hépatocellulaire ou [la consommation excessive d’alcool], lesquels peuvent également contribuer à l’aggravation clinique de la fonction hépatique ou à l’insuffisance hépatique pendant le traitement. »

« Discontinuez l’utilisation de ces médicaments chez les patients présentant des signes ou symptômes de décompensation hépatique ou selon les indications cliniques. »

Conseils à l’intention des patients

La FDA affirme que « les patients devraient comprendre que le risque de lésions hépatiques graves est rare. Vous devriez toutefois contacter immédiatement votre professionnel de la santé si vous éprouvez de la fatigue, de la faiblesse, une perte de l’appétit, des nausées et des vomissements, un jaunissement des yeux ou de la peau ou des selles pâles, car ces derniers pourraient être des signes de lésions hépatiques ».

« Si vous souffrez de dysfonction hépatique ou avez d’autres facteurs de risque préexistants qui pourraient aggraver votre fonction hépatique, tels des antécédents de [consommation excessive d’alcool], vous devriez parler à votre professionnel de la santé des bienfaits et des risques du médicament. »

« N’arrêtez pas de prendre ces médicaments sans avoir parlé à votre professionnel de la santé parce que l’interruption précoce du traitement peut rendre celui-ci inadéquat et permettre ainsi au VHC de revenir. Au fil du temps, cela pourrait donner lieu à une progression vers une insuffisance hépatique grave et aux complications qui s’y rattachent, y compris la cirrhose, le cancer du foie et la mort. Ces médicaments ont été largement utilisés et sont sûrs et efficaces chez les patients sans dysfonction hépatique ou chez ceux ayant une légère dysfonction hépatique pour lesquels ils sont indiqués. »

Notes techniques

1. Inhibiteurs de la protéase

La FDA a souligné que les trois traitements que nous avons mentionnés contiennent chacun un inhibiteur de la protéase du VHC. Bien que l’agence ne l’ait pas mentionné, les inhibiteurs de la protéase doivent être métabolisés par le foie afin qu’ils puissent être dégradés et éliminés du corps. Dans les cas où les personnes atteintes de l’infection au VHC chronique subissent des lésions hépatiques modérées ou graves, il est possible, voire probable, que leur foie soit sérieusement dysfonctionnel et incapable de dégrader les inhibiteurs de la protéase, de sorte que ceux-ci s’accumulent dans le corps et causent potentiellement de la toxicité.

2. Classification de l’insuffisance hépatique grave et des chances de survie

Dans les cas de cirrhose (lésions hépatiques graves et cicatrisation du foie), il est utile aux médecins de connaître les chances de survie à court et à moyen terme des patients afin qu’ils puissent prioriser leurs interventions.

Les médecins ont créé à cette fin un système de classification appelé Child-Turcotte-Pugh (CTP). Le système CTP tient compte des symptômes liés à la cirrhose, ainsi que des résultats de certains tests de laboratoire. Plus les symptômes sont graves et plus les résultats des tests sont anormaux, plus le score CTP est élevé. En introduisant ces éléments dans une équation, on produit un score qui possède une valeur prédictive relativement élevée.

Le système CTP tient compte des facteurs suivants :

  • problèmes cérébraux liés au VHC (encéphalopathie)
  • accumulation éventuelle de liquide dans l’abdomen (ascite)
  • analyse des tests de laboratoire portant sur les concentrations de bilirubine et d’albumine
  • temps de coagulation du sang

Les scores CTP sont classés selon différentes catégories et ont les implications suivantes :

  • Catégorie CTP A (5 à 6 points) : les chances de survie sur un an sont de 100 % et de 80 % pour l’année subséquente
  • Catégorie CTP B (7 à 9 points) : les chances de survie sur un an sont de 81 % et de 57 % pour l’année subséquente
  • Catégorie CTP C (10 à 15 points) : les chances de survie sur un an sont de 45 % et de 35 % pour l’année subséquente

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Food and Drug Administration. FDA warns about rare occurrence of serious liver injury with use of hepatitis C medicines Mavyret, Zepatier and Vosevi in some patients with advanced liver disease. Drug Safety Communications. 28 August 2019.
  2. Cholongitas E, Papatheodoridis GV, Vangeli M, et al. Systematic review: The model for end-stage liver disease – should it replace Child-Pugh’s classification for assessing prognosis in cirrhosis? Alimentary Pharmacology & Therapeutics. 2005 Dec;22(11-12):1079-89.
  3. Dienstag JL. Chapter 334. Chronic Hepatitis. In: Jameson J, Fauci AS, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Loscalzo J. eds. Harrison’s Principles of Internal Medicine, 20e New York, NY: McGraw-Hill; 2018.

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