I=I : Guide à l’intention des fournisseurs de services

Un message très important

I=I est l’abréviation de « Indétectable=Intransmissible ». Il s’agit d’un message simple mais très important, fondé sur des preuves scientifiques solides : Une personne séropositive qui suit un traitement antirétroviral (TAR) et chez qui le virus est indétectable dans le sang depuis au moins six mois1 ne peut pas transmettre sexuellement le VIH à autrui, qu’elle utilise un condom ou non.

Le message I=I a été lancé par une communauté mondiale de personnes vivant avec le VIH, de chercheurs, de cliniciens et d’organismes communautaires sous l’égide de la Prevention Access Campaign (campagne d’accès à la prévention) en vue de promouvoir l’équité en matière de santé et de mettre fin à la double épidémie du VIH et des préjugés liés à la maladie. Cette initiative a bouleversé la manière dont les organismes de santé et les personnes séropositives envisagent et abordent l’indétectabilité et l’infectiosité virales, et elle a modifié la portée concrète de la séropositivité.

Le message I=I a réussi à infléchir l’opinion publique : Davantage de personnes vivant avec le VIH, ainsi que leurs amis, leurs familles et leurs collègues, comprennent maintenant que les personnes séropositives peuvent vivre longtemps et en bonne santé, avoir des enfants séronégatifs, et n’ont pas à craindre de transmettre le virus à ceux avec qui ils ont des relations sexuelles.

La clarté de ce message permet aux fournisseurs de services de faire valoir plus facilement les avantages indéniables du traitement. En retour, cela encouragera de plus en plus de personnes vivant avec le VIH à se faire traiter, ce qui rapprochera les personnes concernées, au Canada et dans le monde, de la réalisation des objectifs 90-90-90 d’ONUSIDA2 et contribuera à réduire la stigmatisation tout à fait injuste et dépassée dont sont encore victimes bien des personnes séropositives à notre époque.3

Même si les avantages du traitement pour la santé seront toujours l’objectif premier du traitement antirétroviral (TAR), ce guide présente aux conseils  d’administration, aux directeurs généraux, aux gestionnaires et aux fournisseurs de services de  première ligne des organismes de tout le Canada un résumé et une analyse des avantages secondaires du TAR pour la prévention de la transmission du VIH aux partenaires sexuels des personnes séropositives, et pour la transformation des aspects concrets de la séropositivité.

Il est essentiel que ces avantages secondaires pour les personnes séropositives et leurs partenaires sexuels soient parfaitement  compris et communiqués en vue d’influencer la pratique, d’encourager les comportements axés sur la santé et de combattre la stigmatisation.

L’abondance de preuves scientifiques qui sous-tendent le message I=I nous donne à tous, que nous soyons ou non infectés par le virus, l’occasion d’envisager, de saluer et d’accueillir une nouvelle ère de l’épidémie du VIH telle que nous n’en avons pas connue depuis la mise en circulation en 1996 du TAR d’association.4 Au fil du temps, le TAR d’association a fait évoluer l’infection par le VIH d’une condamnation à mort quasi certaine vers une maladie chronique permanente mais maîtrisable, et il a permis aux personnes vivant avec le VIH d’avoir des enfants séronégatifs en bonne santé. L’initiative I=I nous offre l’une des meilleures occasions qui soient de juguler la propagation de nouvelles infections, d’améliorer autant que possible la vie des personnes séropositives et de réduire la stigmatisation et la discrimination liées au VIH.

Le message I = I s’ajoute au concept « du traitement en guise de prévention ».5 Il transforme les aspects concrets de la séropositivité. Il rend concevables des choix sociaux, sexuels et reproductifs que les personnes séropositives, leurs partenaires sexuels et, dans certains cas, des communautés entières n’auraient jamais cru possibles. Il invite les personnes vivant avec le VIH à entamer et à poursuivre un traitement afin qu’elles-mêmes et leurs partenaires sexuels restent en bonne santé. C’est l’occasion de transformer la manière dont les personnes séropositives se perçoivent et sont perçues par leur famille, leurs amis, leurs partenaires sexuels actuels et éventuels, et par les autres en général.

Bien que le message I=I soit principalement axé sur l’individu, il fournit à ceux d’entre nous qui travaillent dans la collectivité un nouvel outil de défense des intérêts des personnes concernées. Au cours des 35 dernières années, la plupart des messages des autorités de santé publique, des médias et des intervenants dans le domaine du VIH ont contribué à donner aux personnes séropositives une image de vecteurs de maladies dont le public devait être protégé. Que cet effet ait été intentionnel ou non, le message a eu une incidence négative sur les personnes séropositives, qui doit cesser.

Cette initiative peut contribuer à mieux sensibiliser le public à la réalité actuelle du  VIH, à réduire la stigmatisation des personnes vivant avec le virus, à endiguer l’auto- stigmatisation, à faire augmenter les taux de dépistage, à inciter les individus à se faire traiter rapidement, et à améliorer l’observance thérapeutique. Elle fournit en outre un solide argument de santé publique en faveur de la prestation équitable de services de dépistage, de soins et de traitement et de l’accès à ceux-ci, en vue de l’objectif de suppression virale. C’est aussi l’occasion d’imaginer une collectivité où les principes d’accès et d’équité s’appliquent à tous, quel que soit leur statut VIH, une collectivité où la vie de tous est également valorisée.

  1. Moins de 200 copies par millilitre de sang. Aux fins du message I=I, le terme « indétectable » est utilisé comme synonyme de « suppression virale ».
  2. ONUSIDA. 90-90-90 : Une cible ambitieuse de traitement pour aider à mettre fin à l’épidémie du sida. Genève : Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida; 2014. Disponible à l’adresse : https://www.unaids.org/fr/resources/documents/2014/90-90-90 [consulté le 20 juin 2019].
  3. U=U taking off in 2017 [éditorial]. Lancet HIV 2017;4(11):PE475. Disponible à l’adresse : https://www.thelancet.com/journals/lanhiv/article/PIIS2352-3018(17)30183-2/fulltext?elsca1=etoc [consulté le 20 juin 2019].
  4. Le TAR d’association désigne l’utilisation combinée de deux ou plusieurs classes de médicaments anti-VIH pour maîtriser l’infection. Cette expression est parfois abrégée par le sigle TARc, ou plus communément TAR, soit l’abréviation utilisée dans le présent guide.
  5. Le principe de l’utilisation du TAR comme moyen de prévenir la transmission du VIH.