Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH

7. La fatigue

Déterminer la cause

La fatigue est différente de la somnolence ou de la baisse d’énergie qui peut résulter d’un horaire chargé ou d’un mode de vie frénétique. La fatigue dure habituellement des semaines ou des mois, et l’on ne trouve pas toujours un soulagement en dormant beaucoup ou en prenant des pauses. Les personnes vivant avec le VIH sont sujettes à la fatigue, surtout si elles ne suivent pas de traitement. Certaines personnes se sentent clouées à leur lit chaque matin et passent la journée entière dans un état d’épuisement. Chez d’autres, la fatigue va et vient. Leur niveau d’énergie est raisonnable certains jours, mais faible les autres. La fatigue peut avoir des effets physiques qui vous empêchent de faire les choses que vous faisiez auparavant ou qui font en sorte que même les tâches simples semblent accablantes. Elle peut aussi avoir des effets d’ordre mental qui vous empêchent de vous concentrer sur votre travail ou qui vous privent de la motivation pour accomplir les tâches du quotidien.

Il est très important de parler de la fatigue avec votre médecin parce qu’elle pourrait signaler la présence d’un problème de santé qui doit être soigné. Comme la fatigue se développe souvent très lentement, vous risquez de ne pas vous rendre compte de l’ampleur réelle de votre épuisement. Afin d’évaluer votre niveau d’énergie actuel, pensez à votre passé, peut-être à l’époque avant que vous ayez le VIH, et demandez-vous si votre niveau d’énergie ressemble à celui que vous aviez autrefois. Êtes-vous capable de travailler toute la journée et d’avoir encore assez d’énergie pour mener une vie sociale satisfaisante ? Ou arrivez-vous à la maison tellement épuisé que vous vous effondrez sur le divan ? Avez-vous l’énergie nécessaire pour faire de l’exercice quand vous le voulez, ou vous sentez-vous épuisé à la seule idée d’aller au gym ?

Comment vous sentez-vous au réveil le matin ? Sortez-vous du lit en pleine forme, ou vous traînez-vous les pieds en vous forçant à bouger ? Cognez-vous des clous ou buvez-vous plusieurs tasses de café juste pour rester éveillé ? Réfléchissez à l’impact général que votre niveau d’énergie a sur votre vie quotidienne et décrivez-le à votre médecin.

En plus des affections décrites ci-dessous, il est important d’effectuer une évaluation médicale pour exclure d’autres maladies potentiellement graves non liées au VIH. Cela prend encore plus d’importance à mesure que vous vieillissez.

Infections

Plus une infection persiste, qu’elle soit liée au VIH ou simplement à un rhume ou une grippe, plus elle est susceptible de contribuer à la fatigue. Les hépatites virales de longue durée, comme l’hépatite C, sont des infections qu’il faut dépister. Si l’on ne vous a pas diagnostiqué d’infection mais que vous souffrez de fatigue, travaillez avec votre médecin pour déterminer si vous avez une infection persistante non diagnostiquée, surtout si vous avez d’autres symptômes comme la fièvre, les frissons, les courbatures, les sueurs ou la perte de poids. Si une infection a été diagnostiquée, assurez-vous de la faire traiter complètement. Vous risquez de ne pas recouvrer toute votre énergie jusqu’à ce que l’infection soit éliminée.

Si vous ne suivez pas de thérapie antirétrovirale, il est important de savoir que l’infection au VIH elle-même peut contribuer à la fatigue. De nombreuses personnes découvrent que l’un des grands bienfaits de commencer un traitement antirétroviral est un regain spectaculaire d’énergie. À mesure que la charge virale chute à des niveaux indétectables, le niveau d’énergie augmente dans bien des cas.

Alimentation, nutrition et plantes médicinales

La nourriture que vous mangez peut contribuer à la fatigue. Les carences nutritives sont fréquentes chez les personnes vivant avec le VIH, surtout si l’infection n’est pas traitée. De nombreuses personnes séropositives prennent une multivitamine avec minéraux, et la prise d’autres suppléments peut contribuer à vous assurer un apport adéquat en tous les nutriments nécessaires à la bonne santé et à un bon niveau d’énergie. Mentionnons, par exemple, que la vitamine B12 est importante pour le maintien de l’énergie, or de nombreuses études ont fait ressortir une prévalence élevée de la carence en cette vitamine chez les personnes vivant avec le VIH. Consultez l’annexe [LINK to appendix] sur la vitamine B12 pour en savoir plus sur cette vitamine importante pour les personnes vivant avec le VIH. Les plantes médicinales orpin rose, réglisse et ginseng peuvent aussi être utile pour atténuer la fatigue

De nombreuses personnes souffrant de fatigue parviennent à passer la journée en prenant constamment des portions de sucre et de café. Ces substances peuvent augmenter temporairement l’énergie, mais la hausse est souvent suivie d’une baisse brutale. Le fait d’éviter ce genre de pics et de creux peut faciliter un regain d’énergie plus stable à long terme.

La consommation de drogues et d’alcool est une cause courante de la fatigue persistante. Si votre consommation est devenue un problème, cherchez de l’aide et faites-vous adresser à des services de soutien par votre médecin ou organisme local de lutte contre le sida. Soulignons aussi que l’obésité peut contribuer à la fatigue; le maintien d’une alimentation saine et équilibrée peut être utile à cet égard.

Déficiences hormonales

Certaines hormones sont présentes en quantité insuffisante chez les personnes vivant avec le VIH, surtout celles dont l’infection n’est pas traitée. Si vous souffrez de fatigue persistante, il est important de passer des tests pour détecter les déficiences hormonales. Si les résultats révèlent la présence de faibles taux hormonaux, une hormonothérapie substitutive pourrait s’avérer utile. La déficience en testostérone peut être un problème pour les personnes vivant avec le VIH et est une cause importante de la fatigue. L’hypothyroïdie (déficience d’hormones thyroïdiennes) est une autre possibilité. Si vous souffrez de fatigue persistante, parlez à votre médecin de la possibilité de vérifier votre taux de TSH (indice direct de la fonction thyroïdienne) et vos taux d’hormones thyroïdiennes (surtout la T3 et la T4 libres). Une hormonothérapie pour remplacer les hormones thyroïdiennes peut être une étape très importante vers la récupération d’un bon niveau d’énergie.

Dépression, stress et manque de repos

La dépression cause de la fatigue dans presque tous les cas; de fait, la fatigue est souvent le premier symptôme de la dépression. La psychothérapie et, dans certains cas, la médication peuvent aider à atténuer la dépression. (La section intitulée Le bien-être émotionnel fournit plus de détails à ce sujet.) En plus des facteurs émotionnels et sociaux, les causes de dépression chez les personnes vivant avec le VIH, surtout les hommes, incluent la déficience en testostérone (voir ci-dessus). La carence en vitamine D peut aussi en être une cause. Envisagez de faire vérifier votre taux de vitamine D et consultez l’annexe à ce sujet pour en savoir plus.

Le stress contribue à la fatigue, alors faites de votre mieux pour l’éviter le plus possible. Quand vous ne pouvez l’éviter, essayez de trouver des moyens de l’atténuer en employant la combinaison d’approches qui vous convient, quelle qu’elle soit. La méditation, le yoga, les exercices de respiration, la psychothérapie et les remèdes à base de plantes médicinales et homéopathiques sont autant de méthodes qui aident à contrer les effets du stress sur votre corps et votre esprit. L’activité physique légère, mais régulière, est souvent utile aussi pour soulager les symptômes de la fatigue persistante. Renseignez-vous auprès de votre médecin avant de commencer n’importe quel programme d’exercices. Consultez aussi la section intitulée Le bien-être émotionnel pour en savoir plus.

Si vous ne dormez pas bien ou pas assez, il est très important de régler vos insomnies afin de recouvrer un bon sommeil. L’apnée du sommeil (ralentissement ou arrêt de la respiration durant le sommeil) peut aussi vous priver de sommeil. Les siestes peuvent être utiles, surtout si vous n’avez pas dormi suffisamment la nuit d’avant. Pour en savoir plus, consultez la section intitulée Les problèmes de sommeil.

Médicaments antirétroviraux

Les médicaments antirétroviraux peuvent causer la fatigue chez les personnes vivant avec le VIH. Heureusement, grâce aux nouveaux antirétroviraux, ce problème est moins répandu qu’autrefois. Si vous éprouvez cet effet secondaire, sachez que votre fatigue disparaîtra peut-être lorsque vous aurez pris les médicaments depuis une certaine période. Vous voudrez peut-être attendre de voir si la fatigue s’estompe avec le temps. Si elle ne disparaît ou ne s’atténue pas après quelque temps, parlez à votre médecin de la possibilité de changer votre combinaison de médicaments. La fatigue devrait disparaître relativement rapidement après la modification de votre traitement. Les médicaments les plus susceptibles de causer la fatigue sont ceux qui contribuent à l’apparition de l’anémie.

Autres médicaments

De nombreux médicaments sont susceptibles de causer la fatigue, y compris ceux offerts en vente libre. Utilisés souvent par les personnes souffrant d’allergies saisonnières, les antihistaminiques risquent de causer de la somnolence et sont une cause courante de fatigue. En effet, il existe de nombreux médicaments qui contribuent à la fatigue, alors renseignez-vous auprès de votre médecin et pharmacien pour déterminer si les médicaments sur ordonnance ou en vente libre que vous prenez sont susceptibles d’être à l’origine de votre fatigue.

Anémie

L’anémie est un problème des globules rouges qui se révèle dans les résultats de laboratoire se rapportant aux taux d’hémoglobine, d’hématocrite et de globules rouges. Ces derniers sont produits dans la moelle osseuse. Lorsque la moelle ne fonctionne pas normalement, l’anémie se produit. Il est très probable que l’anémie s’accompagne de fatigue. Les médicaments qui peuvent inhiber la moelle osseuse et entraîner l’anémie incluent les suivants :

  • le médicament antirétroviral AZT (Retrovir et dans le Combivir et le Trizivir)
  • le médicament anti-cytomégalovirus (CMV) valganciclovir (Valcyte)
  • les sulfamides antibiotiques (Septra/Bactrim, Dapsone)
  • les médicaments anti-hépatite C alpha-interféron (PegIntron, Pegasys), ribavirine, bocéprévir (Victrelis) et télaprévir (Incivek)
  • le médicament antipaludique (contre la malaria) pyriméthamine (Daraprim)
  • divers médicaments anticancéreux

Toute personne aux prises avec la fatigue devrait faire vérifier son taux de globules rouges. L’anémie touche plus des trois quarts des personnes dont l’infection au VIH en est à un stade avancé parce qu’elles ne suivent pas de thérapie antirétrovirale. Elle est moins courante chez les personnes sous traitement. Dans un cas ou l’autre, il est essentiel de traiter l’anémie. Lors d’une étude d’envergure particulière, peu importe le compte de CD4, le risque de décès était considérablement plus élevé chez les personnes souffrant d’anémie, et le traitement efficace de celle-ci, par quelque moyen que ce soit, réduisait considérablement le risque. Malheureusement, il arrive trop souvent que l’anémie ne soit pas traitée. Les symptômes incluent les suivants :

  • fatigue et faiblesse
  • essoufflement
  • palpitations cardiaques
  • vulnérabilité accrue aux infections

Les médicaments ne sont pas la seule cause de l’anémie. Les autres possibilités incluent les suivantes :

  • menstruations abondantes
  • carences en acide folique et en vitamine B12
  • carence en fer (moins courante chez l’homme, mais relativement fréquente chez la femme)
  • infections comme le complexe Mycobacterium avium, la tuberculose, la colite à CMV, le parvovirus B19, la méningite cryptococcique et d’autres infections fongiques
  • insuffisance rénale
  • cancers comme le lymphome et le sarcome de Kaposi
  • stades avancés de l’infection à l’hépatite C

Le VIH lui-même peut aussi provoquer l’anémie, d’où le dilemme suivant : les médicaments que vous prenez risquent de causer l’anémie; toutefois, s’il n’est pas traité, le VIH peut compromettre la production de globules rouges. Si vous ne suivez pas actuellement de thérapie antirétrovirale et que l’on vous diagnostique une anémie, songez à commencer un traitement contre le VIH.

Certaines personnes qui souffrent d’une anémie grave liée au cancer, à l’insuffisance rénale ou aux médicaments anti-hépatite C bénéficient d’injections d’érythropoïétine ou de médicaments apparentés (Epo, Aranesp or Eprex), lesquels favorisent la production de globules rouges. Ce traitement réussit souvent à guérir l’anémie dans les quatre à six semaines (période nécessaire à la création de nouveaux globules rouges) et à restaurer l’énergie des personnes touchées. Mais l’érythropoïétine ne peut agir seul. Même si elle stimule la moelle osseuse de sorte qu’elle produise davantage de cellules, les vrais matériaux nécessaires à la fabrication des cellules incluent le fer et des vitamines du complexe B, soit le folate et la vitamine B12. Tout traitement par érythropoïétine devrait s’accompagner de la prise de suppléments des vitamines B et, si les tests en révèlent le besoin, d’un supplément de fer. Notons aussi que les transfusions sanguines peuvent procurer un soulagement de courte durée dans les cas graves.

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