Connectons nos programmes

Modèle de traitement de l’hépatite C dans les prisons d’État, dirigé par des infirmières 


Australie
2019

Ce programme a permis d’offrir un traitement contre l’hépatite C dans des prisons de l’État de Victoria, en Australie. Des infirmières ont supervisé les traitements sur place dans les prisons, avec l’aide de spécialistes lorsqu’il s’agissait de cas complexes et à plus haut risque. Cette étude d’observation a consisté à suivre le traitement de détenus atteints d’hépatite C dans 14 prisons pendant 13 mois après la mise en œuvre de ce programme. Le programme a permis de traiter 74 % des participants admissibles et d’obtenir un taux de guérison élevé (96 %) chez les détenus qui ont terminé leur traitement pendant leur incarcération.

Description du programme

Les personnes qui entrent en prison sont plus susceptibles de contracter l’hépatite C du fait de la surreprésentation des populations à risque dans les prisons, ce qui comprend les consommateurs de drogue. Le séjour en prison accentue encore le risque auxquelles ces personnes sont exposées en raison du manque de matériel sécuritaire pour l’injection, les tatouages et les perçages ainsi que du manque d’accès aux services de soins de santé.

Le programme de traitement dirigé par des infirmières a été déployé dans 14 prisons. Les participants se sont vu proposer un dépistage « optionnel » de l’hépatite C à leur entrée en prison. Si le résultat de ce test de dépistage était positif quant à l’hépatite C ou si le participant déclarait lui-même un diagnostic antérieur, il rencontrait alors en personne une infirmière du programme de lutte contre l’hépatite C en prison. L’infirmière procédait à une première évaluation comprenant :

  • un questionnaire sur les comportements à risque en matière de transmission de l’hépatite C
  • un test permettant d’évaluer les lésions hépatiques
  • des tests supplémentaires de dépistage de l’hépatite C, de l’hépatite B et du VIH
  • la consignation des autres problèmes de santé, y compris des maladies psychiatriques.

Après cette évaluation, les participants admissibles s’inscrivaient au programme afin de commencer le traitement. Pour être admissibles au traitement, les participants devaient purger une peine suffisamment longue pour suivre le traitement contre l’hépatite C (entre 8 et 24 semaines). Les personnes condamnées à des peines plus courtes n’étaient pas admissibles, mais elles étaient orientées vers un service de santé afin de recevoir un traitement après leur libération.

Le personnel du programme était composé des personnes suivantes :

  • deux infirmières à plein temps
  • trois hépatologues à temps partiel (consultables par télémédecine)
  • un pharmacien à temps partiel
  • un technicien en pharmacie à temps partiel

Le traitement et les soins des participants dont le cas était moins complexe et qui ne présentaient pas de maladie hépatique étaient dirigés par une infirmière du programme, qui consultait par écrit un médecin aux fins de prescription de médicaments. Les participants dont les cas étaient plus complexes, notamment ceux qui étaient atteints de cirrhose, ont bénéficié d’une évaluation et d’une surveillance supplémentaires de la part d’un hépatologue, soit en personne, soit par le biais de consultations de télémédecine. Les participants atteints de cirrhose se sont inscrits à un programme de surveillance des maladies hépatiques.

La pharmacie de l’hôpital pénitentiaire central a acheminé les médicaments par courrier à chaque prison. Les participants qui étaient transférés dans un autre établissement carcéral au cours de leur traitement recevaient les médicaments dans cette nouvelle prison. S’ils étaient libérés plus tôt, ils recevaient les médicaments restants afin de terminer leur traitement dans la collectivité.

L’étude a permis de mesurer le succès du traitement au moyen d’analyses de sang effectuées 12 semaines après la fin du traitement, et dont les résultats indiquaient si le participant avait été guéri.

Résultats

Cette étude d’observation a porté sur un groupe initial de 416 personnes ayant commencé le traitement dans le cadre du programme. Dans ce groupe, 103 personnes ont été perdues de vue parce qu’elles ont été libérées de prison ou parce qu’elles n’ont pas terminé leur traitement. Sur les 313 personnes qui ont terminé le traitement et ont été contrôlées à 12 semaines, 301 (96 %) ont guéri. Ce programme prouve qu’un modèle décentralisé de traitement dirigé par des infirmières a été très efficace pour ce qui est d’accroître l’accès au traitement de l’hépatite C dans les prisons et d’obtenir des taux de guérison élevés.

Parmi les participants évalués, 82 % ne présentaient pas de maladie hépatique et ont été considérés comme ayant des besoins médicaux moins complexes, et leur traitement a été dirigé par une infirmière du programme. Ceci indique que dans la majorité des cas, le traitement de l’hépatite C dans les prisons peut être supervisé par le personnel infirmier.

Qu’est-ce que cela signifie pour les fournisseurs de services?

Si l’on veut éliminer l’hépatite C, les personnes incarcérées constituent une population prioritaire dont il faut se préoccuper. L’amélioration de l’accès aux traitements est un pilier essentiel de la stratégie canadienne d’élimination de l’hépatite C. Ce programme est un exemple de modèle décentralisé, dirigé par des infirmières, qui peut efficacement inciter un grand nombre de personnes à suivre un traitement et à obtenir des taux de guérison très élevés. 

Ce programme démontre que le traitement de l’hépatite C par des agents antiviraux à action directe est désormais fiable et simple. Dans de nombreux cas, il n’est pas nécessaire de faire intervenir du personnel médical spécialisé, et les programmes peuvent être dispensés par des infirmières travaillant de manière décentralisée dans des établissements pénitentiaires distincts. Ainsi, il peut devenir moins nécessaire de recourir à du personnel de santé spécialisé ou de transporter les détenus vers des établissements de santé centralisés. Dans les cas où il faut offrir des soins plus spécialisés, des outils technologiques comme la télémédecine peuvent aider à mettre en relation à distance les hépatologues ou d’autres spécialistes avec les patients.

Ressources connexes

Modèle directeur pour éclairer les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada (CanHepC)

Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada : Que doivent savoir les fournisseurs de services? (CATIE)

La microélimination de l’hépatite C : Une voie vers l’atteinte des objectifs d’élimination nationaux (CATIE)

Référence

Papaluca T, Mcdonald L, Craigie A, et al. Outcomes of treatment for hepatitis C in prisoners using a nurse-led, statewide model of. Journal of Hepatology. 2019;70:839-46