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août/septembre 2011 

Activation immunitaire excessive avec la vitamine D : leçons à tirer de la sclérose en plaques

L'infection au VIH cause l'activation prolongée et excessive du système immunitaire. À mesure que les cellules immunitaires interagissent avec de nombreux systèmes organiques, l'activation prolongée du système immunitaire fait en sorte que de nombreuses cellules de l'organisme libèrent des messagers chimiques qui déclenchent l'inflammation. Même si le recours à un traitement puissant contre le VIH — couramment appelé trithérapie ou multithérapie — permet de réduire beaucoup l'inflammation liée au VIH, le problème de l'activation immunitaire persiste.  Certains chercheurs estiment que l'inflammation prolongée observée en présence de l'infection au VIH joue probablement un rôle dans l'apparent vieillissement accéléré des systèmes cérébral, osseux, cardiovasculaire, rénal et autres.

Les chercheurs ont testé différents composés pour déterminer leur aptitude à réduire l'inflammation causée par le VIH. Les composés les plus récents comprennent une famille de médicaments anticholestérol appelés statines, ainsi que l'huile de poisson concentré. Les essais cliniques sur la statine atorvastatine (Lipitor) n'ont donné lieu qu'à des réductions modestes de l'activation immunitaire observée chez les personnes séropositives. Et un essai clinique utilisant une faible dose d'huile de poisson n'a révélé que des changements minimes dans l'activation immunitaire chez les PVVIH. Les chercheurs envisagent donc de tester d'autres composés, tels que la vitamine D3 à forte dose.

Leçons à tirer de la SP

La sclérose en plaques (SP) se caractérise par la présence d'inflammation dans le système nerveux central, c'est-à-dire le cerveau et la moelle épinière. De plus, la couche d'isolation qui protège les fibres nerveuses se fait attaquer par les cellules T. Ces attaques causent des fuites de signaux électriques, ce qui affaiblit les influx nerveux. Par conséquent, le contrôle musculaire s'affaiblit, l'équilibre est perturbé et d'autres problèmes se produisent.

Les résultats d'expériences de laboratoire sur des cellules et des animaux portent à croire que la vitamine D3 pourrait supprimer partiellement l'activité des cellules T. Comme d'autres cellules immunitaires, tels les macrophages, les cellules T sont dotées de récepteurs de la vitamine D. De plus, ces cellules peuvent convertir la vitamine D2 en vitamine D3. Les fonctions d'autres cellules encore du système immunitaire, telles les cellules dendritiques, dont l'action consiste à amplifier la réponse immunitaire, peuvent s'affaiblir aussi sous l'effet de la vitamine D.

En plus de se faire attaquer l'isolation protectrice de leurs nerfs, les personnes atteintes de SP présentent d'autres anomalies. Par exemple, leur système immunitaire risque de répondre anormalement à des protéines courantes présentes dans le corps et l'environnement. Des expériences de laboratoire ont montré que la vitamine D3 peut atténuer ces anomalies dans les cellules extraites de personnes souffrant de SP.

Un essai clinique canadien récent a permis de constater que les doses très élevées de vitamine D3 atténuaient les symptômes de la SP et réduisaient l'activation excessive des cellules T. Ce résultat pourrait intéresser les chercheurs qui étudient les effets à long terme du VIH sur le système immunitaire.

Détails de l'étude

Des chercheurs de Montréal et de Toronto ont recruté 49 volontaires qui présentaient des signes et symptômes de la sclérose en plaques. Ils les ont affectés au hasard à l'un des deux groupes suivants :

  • vitamine D3 (25 participants)
  • groupe témoin (aucune vitamine D)

Pendant un an, on administrait un régime complexe consistant en doses croissantes de vitamine D3, soit entre 4 000 UI et 40 000 UI par jour. En moyenne, les participants du groupe vitamine D recevaient 14 000 UI/jour de vitamine D3 pendant toute la durée de l'étude. Ces mêmes participants recevaient également du calcium à raison de 1 200 mg par jour.

Les participants affectés au groupe témoin ne recevaient pas de vitamine D3 de la part de l'équipe de recherche, mais ils avaient le droit de prendre jusqu'à 4 000 UI/jour de vitamine D3 s'ils le voulaient.

Résultats

Au début de l'étude, les participants des deux groupes avaient des taux de vitamine D comparables dans le sang, soit 78 nmol/litre environ.

Un an plus tard, les taux de vitamine D étaient respectivement de 83 nmol/litre et de 179 nmol/litre chez les membres du groupe témoin et les personnes recevant des doses élevées de cette vitamine.

Les cellules immunitaires des personnes atteintes de SP ont tendance à réagir anormalement à une variété de protéines dans les tests de laboratoire. Spécifiquement, chez les patients atteints de SP, les cellules immunitaires s'attaquent inutilement à des protéines qu'elles devraient laisser tranquilles. Au début de cette étude, les anomalies de ce genre étaient semblables dans les deux groupes. Toutefois, à la fin de l'étude, on constatait des réponses immunologiques plus normales aux protéines associées à la SP chez les participants recevant des doses élevées de vitamine D3. Les protéines en question constituaient près de 38 % de toutes les protéines utilisées pour évaluer les réponses immunologiques au cours de l'étude. Ainsi, ces résultats laissent croire que la prise de fortes doses de vitamine D normalisait l'activation immunitaire excessive. Ce changement était significatif du point de vue statistique, non seulement au sein du groupe recevant de la vitamine D3, mais aussi comparativement au groupe témoin.

Les chercheurs ont également constaté que, à mesure que les taux sanguins de vitamine D augmentaient, on observait une réduction mesurable de la réactivité immunologique à certaines protéines présentes dans le lait et les tissus cérébraux.

Les taux d'une molécule du sang appelée PCRhs (protéine C-réactive de haute sensibilité) augmentent lors des périodes d'inflammation et baissent lorsque l'inflammation diminue. Comme ils n'ont constaté aucun changement dans les taux de PCR durant cette étude, les chercheurs estimaient que l'absence de changement était peut-être attribuable à la présence de taux élevés de vitamine D chez les participants.

Les chercheurs n'ont constaté aucun changement important dans les taux sanguins de protéines associées au renforcement ou à la dégradation des os. On ne devrait pas s'étonner de ce résultat, car des études précédentes avaient montré que, lorsque la concentration de vitamine D dans le sang est de 75  nmol/litre ou plus, les marqueurs ou protéines associés au métabolisme osseux ne changent pas généralement lorsqu'on prend des suppléments de vitamine D.

Une étude antérieure avait permis de constater que la prise de fortes doses de vitamine D3 (20 000 UI par jour) pendant 12 semaines consécutives pouvait inciter les cellules CD4+ à accroître leur production de produits chimiques anti-inflammatoires. Cependant, aucun changement significatif n'a été constaté en ce qui a trait aux taux des produits chimiques en question durant la présente étude.

Aucune toxicité liée aux doses élevées de vitamine D3 n'a été signalée.

Cette étude menée chez des patients atteints de SP a montré que les doses élevées de vitamine D sont sans danger. De plus, de telles doses de vitamine D3 ont la capacité de réduire les attaques lancées par le système immunitaire contre l'organisme — on appelle ce genre d'attaques l'auto-immunité. Les résultats de la présente étude justifient la tenue de grands essais cliniques randomisés, contrôlés contre placebo, pour évaluer les doses élevées de vitamine D3 dans le contexte d'autres maladies où l'activation immunitaire et l'auto-immunité jouent un rôle, telles que l'infection au VIH.

—Sean R. Hosein

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