Point de mire sur la prévention

Automne 2019 

Modèles internationaux de réussite en prévention du VIH : Quelles leçons pour le Canada?

par Mallory Harrigan

Plus que jamais nous disposons aujourd’hui d’outils hautement efficaces pour aider à prévenir le VIH. Malgré l’expansion de cette boîte à outils, le nombre de nouveaux diagnostics de l’infection au VIH augmente au Canada depuis quelques années. Il existe cependant des exemples internationaux de baisses marquées du nombre de nouveaux diagnostics. Dans cet article, nous parlons de trois régions qui ont connu du succès à différents paliers de gouvernement : le Royaume-Uni (palier national), Nouvelle-Galles-du-Sud (palier régional [état]) et San Francisco (palier municipal). Cet article examinera les facteurs qui ont contribué à leur succès.

Nombre croissant de nouveaux diagnostics de VIH au Canada malgré l’expansion de la boîte à outils de prévention

Au cours de la dernière décennie, nous avons été témoins d’avancées dans la prévention du VIH. À l’heure actuelle, nous pouvons affirmer sans équivoque qu’une personne qui prend son traitement anti-VIH et qui maintient une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le virus à ses partenaires sexuels.1,2,3 Ce concept est souvent nommé le « traitement comme prévention », ou encore on évoque le slogan « indétectable = intransmissible » (I=I). Nous savons également que la prophylaxie pré-exposition (PrEP) est une stratégie de prévention hautement efficace pour les personnes séronégatives.4,5

Les nouveaux outils s’ajoutent aux méthodes de prévention traditionnelles qui ont fait leurs preuves. Les condoms continuent d’être un élément essentiel de la prévention de la transmission sexuelle du VIH. Les méthodes de réduction des méfaits parmi lesquelles on compte les programmes d’aiguilles et de seringues, le traitement par agoniste opioïde et les sites d’injection sécuritaire, continuent d’aider à prévenir la transmission parmi les personnes qui s’injectent des drogues. Le dépistage joue aussi un rôle important dans la prévention du VIH, car les personnes qui savent qu’elles sont infectées peuvent commencer le traitement et prendre des mesures pour éviter de transmettre le virus à d’autres personnes.

Grâce au traitement comme prévention et à la PrEP, nous disposons plus que jamais d’outils pour prévenir le VIH, mais ces nouveautés enthousiasmantes n’ont pas empêché le nombre de nouveaux diagnostics de VIH de grimper au Canada depuis quelques années. En 2017, 2 402 diagnostics de VIH ont été posés au Canada, ce qui reflète une hausse de 3 % par rapport à 2016 et une hausse de 17 % par rapport à 2014.6 Il importe toutefois de souligner que les tendances des nouveaux diagnostics varient d’une région à une autre du pays. Notons à titre d’exemple que la Colombie-Britannique a connu une baisse de 22 % des nouveaux diagnostics entre 2016 et 2017, alors que le Québec a connu une hausse de 13 % .6 À la grandeur du Canada en 2016, 56 % des nouvelles infections concernaient des hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (hommes gbHARSAH, dont certains utilisaient des drogues injectables), 33 % étaient attribuables aux relations hétérosexuelles et 11 % concernaient des personnes qui s’injectaient des drogues.7

Si le nombre de nouveaux diagnostics au Canada a augmenté ces dernières années, plusieurs régions du monde ont commencé à constater des déclins considérables. En examinant les stratégies mises en place à ces endroits, nous pourrons tirer des leçons de ces modèles qui ont fait leurs preuves.

Exemple national : Royaume-Uni

À quoi ressemble l’épidémie du VIH au Royaume-Uni, et quels changements a-t-on observés au cours des dernières années?

Au Royaume-Uni, depuis une décennie, près de la moitié des nouveaux diagnostics de VIH concernent des hommes gbHARSAH. Les autres diagnostics sont pour la plupart attribuables aux relations hétérosexuelles. Les taux de transmission attribuables à l’usage de drogues injectables sont continuellement faibles au Royaume-Uni.8 Ce succès est dû au fait que ce pays a commencé à employer des pratiques de réduction des méfaits dès les premières années de l’épidémie du VIH et que la rigueur de ses programmes en réduction des méfaits se poursuit.9 En 2017, 4 363 nouveaux diagnostics de VIH ont été posés au Royaume-Uni. Cela représente une baisse de 17 % par rapport à 2016 et de 28 % par rapport à 2015.10 Le déclin le plus marqué s’est produit parmi les hommes gbHARSAH, soit une baisse de 31 % des nouveaux diagnostics entre 2015 et 2017. Il s’est également produit une baisse graduelle des nouveaux diagnostics de VIH attribuables aux relations hétérosexuelles. C’est à Londres que celui-ci a été le plus prononcé, mais des baisses considérables ont également été constatées dans d’autres régions de l’Angleterre, ainsi qu’en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.

Que fait le Royaume-Uni pour opérer ce changement?

Le récent déclin des diagnostics a été attribué à l’augmentation des dépistages et des mises sous traitement rapide des personnes recevant un résultat positif11, ainsi qu’à l’accès gratuit au traitement antirétroviral (TAR).

De nombreuses initiatives ont contribué à augmenter les taux de dépistage du VIH :

  1. Les lignes directrices publiées en 2012 recommandaient l’offre systématique d’un test de dépistage du VIH aux personnes recevant des services de santé sexuelle et d’autres services de médecine génito-urinaire, et ce, aussi fréquemment que tous les trois mois pour les personnes jugées à risque élevé.12
  2. Nombre de campagnes ont visé à augmenter le nombre de dépistages dans plusieurs contextes, y compris des cliniques de santé sexuelle13, des hôpitaux14 et des milieux sortant de l’ordinaire (p. ex., lieux de travail, événements communautaires).15,16
  3. En 2017, une norme de qualité nationale a été établie pour encourager davantage de dépistages dans les hôpitaux et les cabinets de médecine générale des régions d’Angleterre où la prévalence du VIH est élevée.17
  4. En 2015, Public Health England a lancé un service de dépistage du VIH par autoprélèvement. Pour ce genre de test, la personne effectue le prélèvement à domicile puis envoie l’échantillon au laboratoire pour l’analyse.18
  5. Toujours en 2015, la mise en vente du premier autotest a été approuvée au Royaume-Uni.19 À l’instar des tests par autoprélèvement, les autotests sont effectués à domicile par les individus. Contrairement aux tests par autoprélèvement, la personne peut interpréter le résultat de son autotest elle-même, au lieu d’être obligée d’envoyer l’échantillon au laboratoire.

Les tests effectués dans divers contextes ont aidé à rejoindre des populations différentes. Les tests effectués dans les cliniques de santé sexuelle ont été les plus efficaces pour rejoindre les hommes gbHARSAH8, alors que les dépistages réalisés dans les hôpitaux et les cabinets de généralistes ont aidé à diagnostiquer les personnes ayant contracté le VIH par des relations hétérosexuelles ou l’usage de drogues injectables20. Les tests par autoprélèvement ont aidé à rejoindre les personnes se faisant tester pour la première fois, ainsi que celles n’ayant pas passé de test depuis un an.18 Ces tests se sont révélés particulièrement efficaces pour diagnostiquer le VIH chez les personnes d’origine noire-africaine. Sur l’ensemble des tests par autoprélèvement effectués par des Africains noirs entre novembre 2017 et octobre 2018, 1,82 % s’est révélé réactif.18 Sur la totalité des tests par autoprélèvement effectués durant cette période, 0,98 % a donné un résultat réactif.

En plus de l’augmentation des taux de dépistage, le Royaume-Uni a connu une grande augmentation du nombre de personnes commençant le traitement dans les trois mois suivant le diagnostic. En 2013, 49 % des personnes ont commencé le traitement dans les 91 jours suivant le diagnostic, comparativement à 72 % en 2017.8 Cela reflète des changements dans les lignes directrices qui sont fondés sur les bienfaits du traitement pour la santé et la prévention. En 2015, on a recommandé d’offrir le TAR à toutes les personnes dès le moment du diagnostic, peu importe leur compte de CD4.21 Les médicaments anti-VIH sont gratuits au Royaume-Uni, ce qui rend le traitement très accessible.8

Selon les estimations se rapportant au Royaume-Uni, 92 % des personnes séropositives ont été diagnostiquées, 98 % des personnes diagnostiquées suivent un traitement et 97 % des personnes sous traitement ont une charge virale supprimée.8 Ces chiffres dépassent de loin les cibles 90-90-90 de l’ONUSIDA (où l’objectif consiste à atteindre un taux d’au moins 90 % dans chacune de ces catégories).22

Il est très probable que la PrEP ait joué un rôle dans la réduction des nouvelles transmissions au Royaume-Uni, par contre on n’en connaît pas les répercussions précises. La PrEP n’est pas offerte de façon universelle dans toutes les régions du Royaume-Uni. Elle est offerte gratuitement dans les cliniques de santé sexuelle de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, mais en Angleterre elle n’est accessible gratuitement qu’à un nombre fixe de personnes dans le cadre d’un essai clinique.23 En l’absence de prise en charge, lorsqu’il faut payer la PrEP de sa poche en l’achetant dans une clinique, la plupart des gens ne peuvent se le permettre car c’est bien trop cher. Certaines personnes au Royaume-Uni se procurent la PrEP en ligne auprès d’autres pays afin d’économiser.24

Exemple régional (état) : Nouvelle-Galles-du-Sud, Australie

À quoi ressemble l’épidémie du VIH en Nouvelle-Galles-du-Sud (NGS), et quels changements a-t-on observés au cours des dernières années?

En Nouvelle-Galles-du-Sud, près de 80 % des diagnostics de VIH concernent des hommes gbHARSAH. Les autres diagnostics, pour la plupart, sont attribuables aux relations hétérosexuelles.25 Très peu d’infections sont causées par l’injection de drogues25, grâce à l’engagement précoce et continu que l’Australie a pris en matière de réduction des méfaits.26 Entre 2015 et 2018, le nombre de nouveaux diagnostics annuels est passé de 349 à 278 dans l’état, soit une baisse de 20 % .25 Cela inclut une baisse de 24 % parmi les hommes gbHARSAH, alors que le nombre de diagnostics attribuables aux relations hétérosexuelles est resté relativement stable. En 2018, 106 personnes diagnostiquées ont manifesté des signes d’avoir été infectées au cours de l’année, ce qui représente une baisse de 25 % par rapport à la moyenne annuelle de 2013 à 2017,25 Cela pourrait constituer un autre indice que le nombre de nouvelles infections est à la baisse.

Que fait la NGS pour opérer ce changement?

En 2012, le gouvernement de la NGS a lancé une stratégie pour 2012 à 2015 dont le but consistait à « éliminer pratiquement » le VIH avant 2020.27 La stratégie mettait l’accent sur l’augmentation du dépistage du VIH et de l’accès au traitement. Dans cette optique, le gouvernement a augmenté les options de dépistage, dont l’introduction du test de dépistage rapide.28 Ce test a donné lieu à une augmentation graduelle du nombre de dépistages effectués chaque année, pour une hausse totale de 32 % entre 2013 et 2018,25 Durant cette période, le gouvernement a également levé des obstacles au traitement en recommandant l’amorce immédiate du TAR sans égard au compte de CD4, en éliminant le co-paiement nécessaire pour avoir accès au traitement, et en permettant aux pharmacies communautaires de dispenser le traitement (avant cela, seules les pharmacies des hôpitaux pouvaient dispenser le traitement).28 Les efforts pour mettre davantage de personnes sous traitement ont été efficaces, et les chiffres les plus récents (juillet à septembre 2018) indiquent que plus de 90 % des personnes diagnostiquées séropositives en NGS suivent un traitement.

Malgré les changements positifs dans les taux de dépistage et de traitement depuis 2012, le nombre de nouveaux diagnostics est resté relativement stable en NGS jusqu’en 2015.25 Les chercheurs attribuent le déclin récent des diagnostics au déploiement élargi de la PrEP dans l’état. Selon eux, le succès de la PrEP a été rendu possible par les exploits déjà accomplis par la NGS en matière de dépistage et de traitement. En mars 2016, l’état a lancé le recrutement pour une étude de mise en œuvre de la PrEP qui a documenté le déploiement de celle-ci dans l’état. Il s’est déroulé dans 27 cliniques situées un peu partout en NGS. Dans de nombreuses cliniques, y compris la clinique de santé sexuelle la plus grande de l’état, les soins liés à la PrEP étaient offerts par le personnel infirmier.29 Ce modèle de soins a permis aux cliniques d’assumer la charge de travail liée à l’offre de la PrEP en transférant au personnel infirmier certaines tâches accomplies habituellement par les médecins.29 Grâce à ce modèle, les cliniques ont été en mesure de gérer le déploiement accru de la PrEP sans nécessiter d’investissement majeur de la part du gouvernement.30 La PrEP était offerte gratuitement à toute personne inscrite à l’étude.30

En moins de deux ans, plus de 8 000 personnes se sont inscrites à l’étude.30 À l’origine, on avait estimé que 3 700 personnes s’inscriraient, mais la demande s’est révélée beaucoup plus grande. Les chercheurs ont comparé les 12 mois qui ont précédé le début du recrutement aux 12 mois suivant le recrutement de la première tranche de 3 700 personnes. Chez la totalité des hommes gbHARSAH en NGS, les chercheurs ont constaté une baisse de 32 % du nombre d’infections récentes entre ces deux périodes.

Exemple municipal : San Francisco, Californie, États-Unis

À quoi ressemble l’épidémie du VIH à San Francisco, et quels changements a-t-on observés au cours des dernières années?

Comparé à la plupart des villes des pays à revenu élevé, San Francisco a un taux de prévalence du VIH très élevé. Selon les estimations, 2 % des personnes vivant avec le VIH aux États-Unis résident à San Francisco .31 La plupart des nouveaux diagnostics à San Francisco concernent des hommes gbHARSAH (dont certains s’injectent des drogues). Les relations hétérosexuelles et l’usage de drogues injectables sont à l’origine de moins de 10 % des nouvelles infections annuellement. Entre 2013 et 2017, San Francisco a connu une réduction de 44 % des nouveaux diagnostics (de 394 à 221). Le déclin a été le plus marqué parmi les hommes gbHARSAH. Les taux d’infection sont restés plutôt stables parmi les personnes qui s’injectent des drogues, les personnes trans, les itinérants et les personnes de couleur.31

Que fait San Francisco pour opérer ce changement?

La volonté politique et publique de lutter contre le VIH a toujours été très forte à San Francisco. La prévalence du VIH est élevée dans la ville depuis les premières années de l’épidémie, et San Francisco a toujours été une plaque tournante du militantisme dans le combat contre le VIH.32 Lorsque de nouvelles données probantes sur le traitement et la prévention voient le jour, San Francisco figure souvent parmi les premiers endroits à les adopter et à passer à l’action. Cela inclut la PrEP et le traitement précoce.

En 2010, la ville a recommandé que toutes les personnes vivant avec le VIH se fassent offrir un traitement immédiatement, quel que soit leur compte de CD4.33 San Francisco a devancé tout le monde en recommandant cette approche que la plupart des pays développés mettraient encore cinq ans à adopter comme norme de pratique. En 2012, lorsque la Food and Drug Administration a approuvé la PrEP, San Francisco a lancé immédiatement des programmes de PrEP.34

En 2014, un consortium s’est formé à San Francisco afin de lancer la campagne Getting to Zero SF (Vers l’atteinte du zéro SF). Il s’agit d’un plan stratégique multisectoriel qui vise à améliorer la prévention et les soins. Les objectifs originaux consistaient à renforcer la prévention et les soins au moyen de trois initiatives stratégiques clés : l’expansion de la PrEP, l’adoption rapide du TAR après le diagnostic et la rétention en soins.35

Dès que le consortium a été fondé, la ville a commencé à faire la promotion intensive de la PrEP, surtout auprès des hommes gbHARSAH.36 Les navigateurs de la santé se spécialisant dans la PrEP aidaient à diriger les gens vers des professionnels de la santé appropriés et à se procurer des assurances. Selon les estimations de 2017, entre 16 300 et 20 000 hommes gbHARSAH avaient utilisé la PrEP au cours de l’année précédente, ce qui représente entre 37 % et 45 % des hommes gbHARSAH séronégatifs vivant à San Francisco.31

En 2015, San Francisco a lancé le programme RAPID dans toute la ville. Pour ce dernier, on recrutait des professionnels de la santé dans de nombreux contextes afin de faciliter l’arrimage rapide aux soins après le diagnostic et de mettre les gens sous traitement dans les cinq jours ouvrables suivant le diagnostic.37 Un navigateur chargé de l’arrimage aidait les gens à choisir une clinique appropriée en fonction de leurs besoins et de leurs options en matière d’assurance-maladie. Entre 2013 et 2016, parmi toutes les personnes nouvellement diagnostiquées à San Francisco, le nombre médian de jours séparant le diagnostic du premier rendez-vous en vue de l’obtention de soins est passé de huit à cinq. Quant au nombre médian de jours séparant ce premier rendez-vous de la mise sous traitement, il est passé de 27 à un. Durant cette période, le nombre médian de jours allant du diagnostic à la suppression virale (<200 copies/ml) est passé de 134 à 61.37

San Francisco a également mis sur pied un programme appelé Linkage Integration Navigation Comprehensive Services ou LINCS (Services complets d’arrimage, d’intégration et de navigation). Ce programme vise à reprendre contact avec les personnes qui ont cessé de recevoir des soins.31 Ce programme a connu un succès. Sur l’ensemble des personnes ayant terminé le programme LINCS en 2016, 80 % ont recommencé à recevoir des soins dans les trois mois suivant le début du programme.31 Notons aussi que le programme a réussi à orienter des personnes sans abri vers des soins.38

Défis

Même si le Royaume-Uni, la Nouvelle-Galles-du-Sud et la ville de San Francisco ont tous réussi à réduire le nombre de nouveaux diagnostics annuels, chaque endroit a encore des défis à relever. Au Royaume-Uni, une forte proportion de personnes sont diagnostiquées à un stade avancé de l’infection, ce qui peut avoir des conséquences pour leur santé et augmenter éventuellement le risque de transmission du VIH.8 La proportion de personnes faisant l’objet d’un diagnostic tardif est la plus élevée parmi les hétérosexuels africains noirs des deux sexes. Cela révèle que le Royaume-Uni a du travail à faire pour rejoindre les personnes qui ne se font pas tester de façon routinière. De plus, le fait que la PrEP n’est pas universellement accessible au Royaume-Uni23 limite le nombre de personnes qui y ont accès.

Même si la NGS a constaté des baisses impressionnantes des taux de diagnostic parmi les hommes gbHARSAH, le déclin le plus marqué s’est produit parmi les hommes plus âgés, les résidents des « banlieues gaies » de Sydney et les hommes nés en Australie.30 Cela indique que certains groupes profitent mieux de la PrEP que d’autres dans l’état et que des efforts additionnels sont nécessaires pour rejoindre les groupes mal desservis. Lorsque l’étude sur la PrEP se terminera, les gens devront faire un co-paiement ou commander la PrEP dans un autre pays s’ils veulent continuer à la prendre.39 Ce coût pourrait être un obstacle à l’adoption de la PrEP en Nouvelle-Galles-du-Sud.

À San Francisco aussi on observe des inégalités en ce qui concerne les personnes ayant accès aux technologies de la prévention et aux soins. Bien que de nombreux hommes gbHARSAH aient commencé à prendre la PrEP, le taux d’adoption est bien plus élevé parmi les gbHARSAH blancs que parmi les gbHARSAH noirs.40 Des inégalités existent aussi en ce qui a trait à l’accès aux soins. À titre d’exemple, notons qu’en 2016, seulement 32 % des itinérants avaient une charge virale supprimée.31 Le coût du traitement et des médicaments préventifs est un obstacle aux États-Unis parce que le gouvernement n’offre aucun régime universel d’assurance médicaments. Bien qu’il existe des programmes d’assistance à San Francisco pour aider les gens à payer leurs traitements, certaines personnes risquent de ne pas utiliser des médicaments qu’elles utiliseraient autrement s’ils étaient offerts gratuitement en vertu d’un régime universel d’assurance médicaments. À titre d’exemple, notons que certaines personnes n’ont pas recours à la PrEP à cause de préoccupations relatives à la couverture.40

Leçons à tirer des modèles de réussite internationaux

Ces exemples internationaux révèlent qu’il est possible de mettre à profit les nouvelles données probantes sur la prévention et le traitement du VIH pour accomplir des réductions substantielles des taux de VIH. Il est possible de réaliser ce genre de changement aux paliers de gouvernement national, régional (état/province) et municipal. Voici quelques leçons que nous pourrons tirer de ces modèles de réussite internationaux :

Il faut mettre en place une stratégie, une ligne directrice ou un plan clair et détaillé.

Dans chacun des trois exemples, on avait mis en place une stratégie, une ligne directrice ou un plan pour aider à atteindre les résultats. Un plan clairement défini fournit des orientations aux fournisseurs de services pour savoir comment élargir l’accès à la PrEP, au dépistage et au traitement. Une stratégie peut également faciliter la revendication de fonds ou de ressources additionnels.

L’accès gratuit et universel aux stratégies de prévention aide à rejoindre toutes les populations clés touchées par le VIH.

Le R.-U. et la NGS ont très bien réussi à amener une forte proportion de personnes séropositives à suivre un traitement. Ce succès est partiellement dû au fait que le coût du traitement est couvert à 100 %. La NGS a également réussi à déployer la PrEP sans que les patients soient obligés de payer de leur poche. À San Francisco, bien que des navigateurs de la santé soient disponibles pour aider à régler la question de la couverture des médicaments anti-VIH et de la PrEP, l’absence d’un régime d’assurance universel demeure un obstacle. Rappelons que l’absence de couverture universelle de la PrEP est également un obstacle au Royaume-Uni.

Des efforts spéciaux sont nécessaires pour assurer l’accès équitable au dépistage, à la PrEP et au traitement.

Dans les trois cas, il y avait des défis à relever pour rejoindre tous les groupes susceptibles de profiter des différents services. Il semble qu’il soit plus facile de réduire le nombre de diagnostics en ciblant les gens vivant dans une région ayant une prévalence relativement élevée du VIH. Par exemple, le R.-U. a connu le plus de succès à Londres, alors que la NGS a réussi le mieux dans les « banlieues gaies » de Sydney. Il n’empêche qu’il est crucial de mettre en œuvre des stratégies pour rejoindre les gens vivant à l’extérieur de ces régions.

Il est important de se rendre compte que le même modèle de soins de santé ne convient pas à tout le monde, et il faut chercher des moyens d’améliorer l’accès des personnes marginalisées et celles faisant face à des obstacles particuliers à l’accès aux soins. Notons à titre d’exemple que des efforts spéciaux pourraient être nécessaires pour surmonter les obstacles qui empêchent les personnes nées à l’étranger d’avoir accès aux soins, et les personnes dont la situation de logement est instable pourraient avoir des besoins différents par rapport aux personnes bien logées.

Le succès au niveau de la population résulte de l’usage d’une combinaison d’interventions en même temps.

Aucune des régions décrites dans cet article n’a réussi à réduire son taux de nouveaux diagnostics en employant une seule stratégie. Dans chaque région, on a poussé les gens à adopter de nouvelles mesures de prévention du VIH tout en les encourageant à conserver les méthodes préventives traditionnelles. Quand on adopte une telle approche multidimensionnelle de la prévention, on parle de prévention combinée.41 Lorsqu’on met le plus d’outils de prévention possible à la disposition des gens, on leur donne le pouvoir de choisir une stratégie (ou combinaison de stratégies) qui leur convient.

À retenir

Le nombre de nouveaux diagnostics dans une région donnée est une mesure importante du progrès, mais on doit tenir compte de quelques facteurs lorsqu’on interprète l’information présentée dans cet article :

  • Les diagnostics et les infections ne sont pas la même chose. Le nombre de nouveaux diagnostics est le nombre de personnes recevant un résultat positif au test de dépistage du VIH au cours d’une période donnée. Cela est différent du nombre de nouvelles infections, soit le nombre de personnes se faisant infecter par le VIH au cours d’une période donnée.
  • Il peut s’écouler du temps après un changement avant d’en constater les résultats. Les initiatives qui visent à prévenir le VIH risquent de ne pas donner de résultats tout de suite. Par exemple, si l’on augmentait le nombre de dépistages dans une région, on pourrait constater une augmentation temporaire du nombre de diagnostics, mais le fait que davantage de personnes soient au courant de leur statut et qu’elles participent à un traitement et soient arrimées en soins avec succès aidera à prévenir de nouvelles infections à long terme.
  • Les gens ne contractent pas toujours le VIH au même endroit où ils se font diagnostiquer. Dans les cas où de nombreuses personnes ont contracté le VIH à l’extérieur de la région, le nombre de nouveaux diagnostics ne reflète pas nécessairement les programmes de prévention de la région en question.

 

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À propos de l’auteur

Mallory Harrigan est spécialiste en publications pour les clients et le Centre de distribution de CATIE. Elle détient une maîtrise en psychologie communautaire de l’Université Wilfrid Laurier.