Une occasion idéale : Approches relatives aux programmes intégrés en matière d’hépatite C pour les populations prioritaires

Orientations prioritaires pour aborder l’hépatite C chez les personnes qui s’injectent des drogues

L’utilisation de drogues injectables1 se produit chez les deux sexes, dans différents groupes d’âge et différentes races, cultures et classes socioéconomiques, ainsi qu’en milieu urbain et rural. Les personnes qui s’injectent des drogues sont diversifiées et les modèles de programmes hépatite C devront s’adapter à la communauté particulière qu’ils desservent. Les services de réduction des méfaits varient d’un secteur de compétence à l’autre (fédéral, provincial/territorial) et les modèles devront s’adapter aux services, aux programmes et aux infrastructures spécifiques à chaque endroit.

Vision d’un modèle de soins pour l’hépatite C pour les personnes qui s’injectent des drogues

La contextualisation locale et culturelle de tout modèle est critique, mais les éléments suivants appuient une vision commune d’un modèle de soins efficace et pertinent en matière d’hépatite C pour les personnes qui s’injectent des drogues.  Les modèles de soins primaires offerts dans la communauté constituent un élément central de la vision. Ces modèles devraient tenir compte de la personne tout entière et devraient inclure les éléments suivants :

  • Les modèles de soins devraient être continus afin que les patients puissent poursuivre leurs soins pour une durée indéfinie (c.-à-d. il ne s’agit pas seulement de suivre un traitement contre l’hépatite C, mais d’aborder tous les aspects des soins pour la personne qui s’injecte des drogues). L’un des objectifs est d’amener la personne qui s’injecte des drogues à établir une relation soutenue avec les soins primaires, ce qui peut signifier de continuer à s’impliquer une fois le traitement terminé, de participer à des groupes de soutien, d’animer des groupes de soutien et de devenir un membre du personnel ou de continuer à subir des tests de dépistage de façon régulière.
  • Les organismes communautaires font partie du modèle et sont directement reliés à la clinique.
  • Un financement provenant d’autres sources permet d’instaurer des modèles de rémunération fondés sur le salaire au lieu d’une rémunération à l’acte.
  • Le modèle devrait être dirigé par des pairs et par des personnes ayant une expérience vécue. Il peut inclure :
    • des programmes conçus et dirigés par des pairs;
    • des conseils consultatifs formés de patients et de clients;
    • des travaux de recherche et d’évaluation dirigés par des pairs;
    • des partenariats avec des organismes dirigés par des pairs;
    • des pairs navigateurs en santé;
    • des activités soutenues d’apprentissage et de formation sur les pratiques exemplaires dans le travail des pairs;
    • une solide composante de développement des connaissances (elle peut servir de base à l’élaboration de programmes d’études et de cours de formation);
    • une approche axée sur des équipes pour le développement et l’échange des connaissances;
    • des connaissances et une formation qui abordent les idées fausses qu’entretiennent les fournisseurs de soins de santé à l’égard des personnes qui s’injectent des drogues.
  • Le modèle devrait fournir des soins axés sur le client, en vertu desquels le client dirige et guide l’équipe qui fournit les services.
  • Le travail de proximité dans la communauté/rue est intégré au modèle :
    • Les pairs et les travailleurs communautaires guident les services de proximité.
    • La zone de recrutement peut être élargie, et inclure des régions rurales et reculées.
    • Le travail de proximité peut être utilisé pour élargir le dépistage.
    • Il doit y avoir des capacités suffisantes dans le modèle de soins primaires pour accepter les recommandations de la part de l’équipe de proximité pour les personnes qui obtiennent un résultat positif au test de dépistage.
    • De solides relations doivent être établies entre les travailleurs de proximité et les fournisseurs de soins cliniques, avec un accent particulier sur les messages cohérents, la communication soutenue et un processus d’aiguillage homogène.
    • Le travail de proximité peut s’effectuer dans les prisons et les partenariats peuvent être établis avec des groupes de pairs à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des prisons.
  • Le modèle devrait respecter fidèlement les principes de réduction des méfaits :
    • Le milieu devrait être dénué de stigmatisation et de jugement; les personnes qui s’injectent des drogues y sont les bienvenues; elles participent à la conception et à la réalisation des programmes; elles font partie de l’équipe du personnel.
    • Du matériel sécuritaire est disponible sur place et on fait de la sensibilisation à l’utilisation sécuritaire de drogues.
    • On utilise du matériel sécuritaire et une approche de réduction des méfaits lorsqu’on travaille dans les prisons.
  • On a recours à une approche d’équipe pluridisciplinaire :
    • Parmi les rôles clés, citons des spécialistes en traitement des dépendances, des conseillers en santé mentale, des travailleurs communautaires et de proximité, des médecins de famille et des spécialistes en traitement de l’hépatite C.
  • Des modèles de traitement de l’hépatite C dirigés par un personnel infirmier sont un élément central :
    • Le personnel infirmier devrait être habilité et appuyé pour assumer un rôle de leadership dans la coordination des diverses sortes de soins et de soutien dont les personnes vivant avec le VHC ont besoin. Cela permet de centraliser les soins en dehors des cliniques spécialisées, qui peuvent être inaccessibles ou plus rigides dans leur structure.
  • Les initiatives de renforcement des systèmes communautaires sont des composantes importantes du modèle :
    • On devrait investir dans l’acquisition de compétences, l’établissement de partenariats et le développement d’aptitudes chez les clients et le personnel pour qu’ils puissent analyser les causes profondes des iniquités en matière de santé et se mobiliser pour apporter des changements à l’échelon des systèmes.
    • L’intervention devrait être dirigée par des personnes ayant une expérience vécue.
    • Action Hépatites Canada est un organisme clé, de même que les organismes autochtones et les organismes dirigés par et pour des personnes qui s’injectent des drogues.

Recommandations pour aborder l’hépatite C chez les personnes qui s’injectent des drogues

  • Veiller à ce que le traitement contre l’hépatite C soit offert gratuitement et soit accessible à toute personne qui se montre prête à l’entamer.
  • Investir dans des programmes axés sur les pairs et dans des programmes de réduction des méfaits dans tous les milieux.
  • Investir massivement dans la prévention par la distribution de matériel d’injection, l’éducation, le dépistage et le traitement auprès des personnes qui courent un risque élevé d’infection.
  • Dans la stratégie nationale de lutte contre l’hépatite C, créer une section spéciale élaborée par et pour les personnes qui s’injectent des drogues.

Outils, ressources et soutiens

  • On devrait élaborer des occasions de formation et des ressources sur les modèles dirigés par les pairs (tenir compte des modèles existants, y compris le modèle de développement du leadership en VIH mis au point par le Ontario AIDS Network et le Pacific AIDS Network).
  • On devrait aider les personnes qui s’injectent des drogues à mettre au point des ressources anti-stigmatisation et des pratiques exemplaires à l’intention des personnes qui travaillent de près avec cette population.
  • Des ressources aptes à renforcer les capacités et le leadership des systèmes communautaires devraient être élaborées, surtout par et pour les personnes qui vivent avec l’hépatite C.
  • On devrait recueillir des données épidémiologiques liées à cette population prioritaire.
  • On devrait chercher à forger des partenariats audacieux et pertinents avec des services correctionnels provinciaux/territoriaux et fédéraux, et avec des organismes de santé de pairs dirigés par des détenus. On peut s’inspirer des modèles actuels de soins liés à l’hépatite C dans les prisons2.
  • On devrait forger des partenariats avec des chercheurs afin de réaliser, à titre pilote, des programmes novateurs et susceptibles de créer de la controverse.
  • 1. Au Dialogue délibératif, deux groupes séparés ont discuté des orientations prioritaires pour les personnes qui s’injectent des drogues. Cette section résume et intègre les constatations issues de ces deux groupes.
  • 2. Betteridge G, Dias G. Hard times: HIV and hepatitis C prevention programming for prisoners in Canada. Canadian HIV/AIDS Legal Network and Prisoners’ HIV/AIDS Support Action Network (PASAN.) 2007. Disponible à l’adresse : http://library.catie.ca/PDF/P47/24875.pdf