Nouvelles CATIE

11 septembre 2020 

Une étude explore le rôle d’interventions visant l’élimination du virus de l’hépatite C dans les prisons de Montréal

  • Des chercheurs québécois ont simulé des stratégies pour éradiquer l’hépatite C chez les détenus
  • L’offre de plus de dépistages et de traitements réduirait de 50 % l’hépatite C dans les prisons d’ici 2030
  • Conjointement à la réduction des méfaits hors du milieu carcéral, les chercheurs prévoient une réduction de 96 % des nouvelles infections

Le virus de l’hépatite C (VHC) infecte le foie et, à mesure que l’infection progresse, y cause de l’inflammation et la détérioration de cet organe vital. Au fil du temps, à mesure que les lésions s’accumulent dans le foie, les tissus sains de l’organe sont remplacés par du tissu cicatriciel inutile. Le foie devient par conséquent de plus en plus dysfonctionnel, et des complications peuvent s’ensuivre. Le VHC augmente aussi le risque d’insuffisance hépatique, de cancer du foie et de décès.

Le traitement du VHC se prend par voie orale, habituellement pendant huit à 12 semaines. Il est très efficace et guérit plus de 95 % des personnes traitées.

Comme le traitement du VHC est puissant et bien toléré en général, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a encouragé l’ensemble des pays et régions de la planète à aider à éliminer l’infection au VHC comme menace pour la santé publique d’ici 2030. Pour y parvenir, le Canada et les autres pays à revenu élevé devront améliorer l’offre du dépistage et du traitement de l’hépatite C, ainsi que l’accès aux services de réduction des méfaits.

Au Québec

Une équipe de chercheurs de Montréal et de Québec ont créé une simulation informatique pour évaluer la possibilité d’éliminer le VHC comme problème de santé publique chez les personnes incarcérées. Les chercheurs ont trouvé qu’un ensemble d’interventions — dont l’offre du dépistage et du traitement du VHC dans les prisons, l’arrimage aux soins des détenus une fois libérés dans la communauté et l’amélioration de l’accessibilité à la réduction des méfaits et au dépistage et au traitement dans la communauté — permettait de prévoir le plus grand impact sur la guérison des gens et la réduction de la propagation du VHC.

Détails de l’étude

Des chercheurs de l’Université McGill à Montréal, de l’Université Laval à Québec et de l’Institut national de santé publique du Québec (également à Québec) ont collaboré à la création d’une simulation informatique dynamique. Ils ont utilisé les données d’études et de sondages antérieurs pour créer un modèle de la transmission du VHC à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, ainsi que des effets de différentes interventions.

Résultats

Comme la vaste majorité des détenus sont un jour libérés dans la communauté, il est important de comprendre comment le VHC se propage dans les prisons et à l’extérieur.

Dans la communauté

Selon la simulation informatique effectuée par les chercheurs, si le dépistage et le traitement du VHC étaient offerts à plus grande échelle dans la communauté, il se produirait des « baisses substantielles » des infections au VHC existantes (baisse de 88 %) et des nouvelles infections (baisse de 84 %) d’ici 2030.

Dans les prisons

Si le dépistage et le traitement du VHC étaient offerts plus largement dans les prisons, de sorte que 90 % des détenus étaient testés et que 75 % des personnes atteintes d’hépatite C chronique étaient traitées, il se produirait une réduction de presque 50 % du taux de VHC dans les prisons d’ici 2030, par rapport à 2018. De plus, ces interventions réduiraient le nombre de nouvelles infections dans la communauté de 22 % (après la mise en liberté des détenus).

Dans un autre scénario, les chercheurs ont trouvé que, si les autorités offraient le traitement du VHC aux détenus dans la communauté après leur sortie de prison, de sorte que 75 % des personnes qui s’injectent des drogues et qui ont l’infection au VHC chronique étaient dirigées vers un traitement après leur mise en liberté, « on s’attendrait à une réduction relative de 36 % des [nouvelles infections] [d’ici] 2030, par rapport à 2018 ».

Selon la simulation, en combinant une stratégie de dépistage et de traitement du VHC dans les prisons et l’amélioration des services de dépistage et de traitement et de réduction des méfaits dans la communauté, on pourrait réduire le nombre de nouvelles infections de 96 % par rapport à la baisse observée en 2018. 

De la simulation à la réalité

Même si ces résultats sont fondés sur des simulations informatiques, les chercheurs ont affirmé qu’il existe dans le monde réel des modèles que l’on pourrait mettre en œuvre pour réussir une réduction énorme des nouvelles infections au VHC, y compris les suivants :

Les chercheurs ont souligné des études où « des interventions dirigées par une infirmière ont aidé à augmenter l’observance thérapeutique, à réduire les comportements à risque et à atténuer le fardeau de la maladie dans les prisons : les leçons tirées de ces réussites pourraient être appliquées aux interventions dans la période suivant la mise en liberté ».

« De même, les programmes de pairs navigateurs pourraient réduire le risque de consommation de drogues injectables après la mise en liberté et améliorer l’implication dans le système de santé en augmentant la confiance, en réduisant la stigmatisation perçue et en améliorant les déterminants sociaux de la santé, tels que le logement et l’emploi. »

Bien que ce modèle soit puissant et dynamique et qu’il simule vraisemblablement de près la propagation du VHC à Montréal, il recèle des défauts mineurs. Par exemple, les chercheurs ont utilisé les données d’études et de sondages antérieurs qui incluaient de l’information sur l’injection de drogues, etc. Comme ce genre de comportement est stigmatisé, surtout dans les prisons, il est plausible que les données sur l’usage de drogues et d’aiguilles soient sous-déclarées. Les chercheurs ont souligné que la cocaïne était la drogue injectable la plus utilisée à Montréal, mais que l’injection de crack et d’opioïdes devenait plus fréquente. Il est possible que les nouveaux choix de drogues aient entraîné des changements dans la propagation du VHC qui n’ont pas été captés par la simulation.

À retenir

Ces chercheurs québécois ont fait un travail important qui ouvre une piste à suivre pour mobiliser des ressources destinées à améliorer les interventions dans les prisons et la communauté et pour aider à éliminer le VHC comme menace pour la santé publique au cours de la prochaine décennie.

––Sean R. Hosein

Ressources

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Modèle directeur pour guider les efforts d'élimination de l'hépatite C au Canada Réseau Canadien sur l'Hépatite C (CanHepC)

RÉFÉRENCES :

  1. Godin A, Kronfli N, Cox J, et al. The role of prison-based interventions for hepatitis C virus (HCV) micro-elimination among people who inject drugs in Montréal, Canada. International Journal of Drug Policy. 2020; sous presse.
  2. Binka M, Janjua NZ, Grebely J, et al. Assessment of treatment strategies to achieve hepatitis C elimination in Canada using a validated model. JAMA Network Open. 2020;3(5):e204192.
  3. Dore GJ, Trooskin S. People with hepatitis C who inject drugs—underserved, not undeserving. New England Journal of Medicine. 2020; 383:608-611.