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17 décembre 2019 

Examen des facteurs associés à l’infection par l’hépatite C chez les hommes sous PrEP

  • La transmission sexuelle de l’hépatite C s’est produite chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes
  • Une étude sur 429 hommes sous PrEP a cerné des facteurs associés à l’infection par l’hépatite C
  • La transmission a été associée au nombre de partenaires et d’actes sexuels et à la consommation de drogues durant le sexe

La recherche a révélé que la prophylaxie pré-exposition (PrEP) réduit très efficacement le risque d’infection par le VIH lorsqu’elle est utilisée conformément à sa prescription. La PrEP consiste en un seul comprimé qui contient deux médicaments anti-VIH : le ténofovir DF et FTC. La combinaison se vend sous le nom de marque Truvada et est offerte en formulations génériques aussi.

Il faut passer des tests de dépistage du VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS) avant de commencer la PrEP et périodiquement par la suite. Des évaluations de la santé doivent également avoir lieu à intervalles réguliers, et il peut être utile de vacciner les personnes ne possédant aucune immunité contre les virus de l’hépatite A et B.

Virus de l’hépatite C

Peu de temps après le tournant du 21e siècle, le virus de l’hépatite C (VHC) a commencé à se transmettre entre certains hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH). Ce virus peut infecter le foie et causer des dommages chroniques à cet organe vital. La recherche porte à croire que le VHC peut se transmettre d’un partenaire sexuel à un autre de plusieurs façons, dont les suivantes :

  • lorsqu’on partage du matériel pour s’injecter ou sniffer des drogues (p. ex., lors du chemsex ou du party and play)
  • lors des pratiques comportant un risque de saignement rectal (p. ex., le fisting)
  • lors des relations sexuelles sans condom
  • lors des situations de sexe en groupe, surtout si l’on ne change pas de condom ou de gant avec chaque nouveau partenaire
  • lorsque les jouets sexuels ne sont pas désinfectés avant d’être utilisés avec un nouveau partenaire
  • lors des relations sexuelles si des ulcères ou des plaies causés par des ITS sont présents

VHC et PrEP

Pour explorer la question de l’infection aiguë par le VHC (également dite infection d’apparition récente) chez les utilisateurs de la PrEP, des chercheurs de Montréal et de plusieurs villes en France ont réexaminé des données recueillies sur une période de plusieurs années pour un essai clinique historique appelé IPERGAY. Cet essai a démontré l’efficacité de la PrEP pour prévenir l’infection par le VIH, et ses résultats ont été incorporés dans les lignes directrices sur la PrEP. Aux fins de leur analyse additionnelle des données de cet essai, les chercheurs se sont concentrés sur les dossiers médicaux, les sondages auprès des participants et les analyses d’échantillons de sang entreposés de 429 HARSAH.

Dans un article à paraître dans le numéro du 1er janvier 2020 de la revue AIDS, les chercheurs affirment que 14 HARSAH ont fait l’objet d’un diagnostic d’infection aiguë par le VHC sur une période de deux ans. Selon les chercheurs, les personnes ayant l’infection aiguë par le VHC « ont fait état d’un nombre considérablement plus élevé d’actes et/ou de partenaires sexuels, ainsi que d’une consommation plus fréquente de drogues à usage récréatif [au début de l’étude] ».

Selon les chercheurs, les analyses de sang effectuées pour rechercher des protéines spécifiques au VHC et le matériel génétique du virus « se sont avérées positives dans les deux mois [en moyenne] précédant la détection des anticorps [anti-VHC] ». Les chercheurs suggèrent que les professionnels de la santé envisagent d’effectuer des tests de dépistage des protéines du VHC et/ou de son matériel génétique à l’avenir afin de tester les HARSAH courant un risque élevé de se faire infecter par le VHC.

Détails de l’étude

Les participants inscrits à l’étude IPERGAY étaient des HARSAH adultes séronégatifs. Ils se rendaient régulièrement à la clinique de l’étude, soit habituellement tous les deux mois, pour fournir des échantillons de sang et répondre à des questionnaires détaillés sur leur vie sexuelle et leur consommation de drogues et d’alcool. Tous les six mois, les participants passaient des tests de dépistage de la chlamydiose, de la gonorrhée et de la syphilis.

Le dépistage du VHC se faisait au moyen des tests suivants :

  • test conçu pour dépister des anticorps anti-VHC dans les échantillons de sang au début de l’étude et tous les 12 mois par la suite
  • test conçu pour détecter des taux d’enzymes hépatiques élevés dans les échantillons de sang tous les deux mois (les taux de ces enzymes peuvent s’élever en raison de l’inflammation du foie causée par l’infection par le VHC)

Infection aiguë

Les chercheurs ont défini la date de l’infection aiguë par le VHC comme la date du premier résultat positif au test de dépistage des anticorps anti-VHC. Pour les participants ayant reçu un résultat positif au test des anticorps, les chercheurs ont analysé les échantillons de sang prélevés antérieurement pour rechercher des protéines du VHC (antigène) ainsi que le matériel génétique du virus (ARN).

Résultats

Pendant l’étude, 14 participants d’une trentaine d’années ont reçu un diagnostic d’infection aiguë par le VHC.

Les principales souches du VHC (appelées génotypes) étaient réparties comme suit :

  • génotype 1a : six hommes
  • génotype 3a : un homme
  • génotype 4d : sept hommes

Facteurs comportementaux

Selon les chercheurs, les hommes qui ont dévoilé les facteurs suivants au début de l’étude étaient plus susceptibles de contracter subséquemment l’infection aiguë par le VHC que les hommes n’ayant pas dévoilé ces facteurs :

  • « un nombre considérablement plus élevé de partenaires sexuels (17 contre 8) depuis deux mois… et un nombre plus élevé d’actes sexuels depuis quatre semaines (18 contre 10), par rapport aux [participants] non infectés »
  • « la consommation de drogues par voie orale ou nasale pendant l’acte sexuel le plus récent (défini comme le chemsex) était également statistiquement plus fréquente chez les patients infectés par le VHC (57 % contre 11 %), surtout la consommation d’acide gamma-hydroxybutyrique ou de gamma-butyrolactone [GHB/GBL] »

Tests de laboratoire additionnels

Pour déterminer si les taux élevés d’enzymes hépatiques étaient un signe précoce de l’infection aiguë par le VHC, les chercheurs ont vérifié les résultats de contrôles des enzymes hépatiques effectués deux mois avant l’apparition des anticorps anti-VHC. Ils ont trouvé que seulement 25 % des participants ayant fait l’objet d’un diagnostic d’infection aiguë par le VHC avaient eu des taux d’enzymes hépatiques élevés deux mois auparavant.

De plus, en moyenne, les résultats des tests de dépistage de l’antigène du VHC et/ou des tests de recherche de l’ARN étaient positifs deux mois avant l’apparition des anticorps anti-VHC. Les chercheurs ont trouvé que le test de recherche de l’ARN VHC était plus sensible (100 %) que le test de l’antigène (89 %) pour dépister l’infection aiguë par le VHC.

Conseils pour les professionnels de la santé au sujet du VHC chez les utilisateurs de la PrEP

Les chercheurs de l’étude IPERGAY recommandent que les cliniciens évaluent les patients qui demandent la PrEP ou qui l’utilisent pour déterminer si les facteurs de risque de VHC soulignés par cette étude sont présents. Un tel dépistage « semble crucial pour reconnaître les personnes les plus à risque et pour améliorer les stratégies de dépistage du VHC, les interventions préventives et l’amorce immédiate du traitement », affirment-ils.

Les chercheurs ont fait savoir qu’ils évaluaient un outil de dépistage du VHC (questionnaire appelé MOSAIC) qui avait été créé par des médecins aux Pays-Bas, en Belgique et en Australie à l’intention des utilisateurs de la PrEP.

À retenir

Le traitement du VHC est largement accessible au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. Ce traitement est généralement très efficace et peut guérir plus de 95 % des cas d’infection par le VHC. Le traitement se prend habituellement par voie orale une fois par jour et peut durer aussi peu que huit semaines chez certaines personnes.

Selon les chercheurs de l’étude IPERGAY, l’utilisation de tests conçus pour déterminer directement si le VHC est présent, c’est-à-dire les tests de recherche de l’antigène et de l’ARN du VHC, « pourrait permettre d’écourter le retard du diagnostic de l’infection aiguë par le VHC, comparativement au dépistage des anticorps anti-VHC. » Ils ont également noté qu’« un diagnostic précoce de l’infection par le VHC est crucial pour prévenir la continuation de l’épidémie. Une fois que le diagnostic de l’infection aiguë par le VHC est posé, les gens peuvent maintenant bénéficier d’un traitement curatif du VHC spécifique. On s’attend à ce que l’amorce rapide d’un traitement curatif du VHC réduise l’incidence du VHC parmi les HARSAH à risque élevé sous PrEP, comme on l’a observé chez des personnes séropositives ».

Ressources

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Lignes directrices canadiennes sur les prophylaxies pré-exposition et post-exposition non professionnelle au VIHGroupe de travail sur la prévention biomédicale du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Gras J, Mahjoub N, Charreau I, et al. Early diagnosis and risk factors of acute hepatitis C in high-risk MSM on preexposure prophylaxis. AIDS. 2020 Jan 1;34(1):47-52.
  2. Newsum AM, Stolte IG, van der Meer JT, et al. Development and validation of the HCV-MOSAIC risk score to assist testing for acute hepatitis C virus (HCV) infection in HIV-infected men who have sex with men (MSM). Eurosurveillance. 2017 May 25;22(21). pii: 30540.
  3. van de Laar T, Pybus O, Bruisten S, et al. Evidence of a large, international network of HCV transmission in HIV-positive men who have sex with men. Gastroenterology. 2009 May;136(5):1609-1617.
  4. Schmidt AJ, Rockstroh JK, Vogel M, et al. Trouble with bleeding: risk factors for acute hepatitis C among HIV-positive gay men from Germany--a case-control study. PLoS One. 2011 Mar 8;6(3):e17781.
  5. Lockart I, Matthews GV, Danta M. Sexually transmitted hepatitis C infection: The evolving epidemic in HIV-positive and HIV-negative MSM. Current Opinion in Infectious Diseases. 2019 Feb;32(1):31-37.