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24 juin 2010 

La fonction sexuelle chez la femme séropositive

Grâce aux bienfaits des traitements anti-VIH, les femmes séropositives des pays à revenu élevé vivent plus longtemps de nos jours. De plus, à en croire des enquêtes menées aux États-Unis, la majorité des femmes demeurent sexuellement actives après un diagnostic de séropositivité. La plupart des études sur les comportements sexuels des femmes séropositives mettent l’accent sur l’évaluation des risques de transmission du VIH. Or, les autres questions liées à la santé sexuelle de ces femmes semblent avoir suscité peu d’intérêt, notamment les suivantes :

  • perte du désir sexuel
  • difficultés à éprouver du désir
  • difficultés avec l’excitation et l’orgasme
  • douleur lors des rapports sexuels

Certains chercheurs soupçonnent que les problèmes sexuels sont plus courants chez les femmes séropositives que chez leurs consœurs séronégatives. Entre autres, ils soulignent que nombre d’affections médicales chroniques associées à la dysfonction sexuelle semblent se produire plus fréquemment chez les femmes séropositives, comme les suivantes :

  • maladies cardiovasculaires
  • diabète
  • problèmes de santé mentale
  • toxicomanie

Il est également possible que la prise de médicaments anti-VIH ait un impact négatif sur la santé sexuelle.

Des chercheurs aux États-Unis ont mené une étude pour recueillir des données au sujet du fonctionnement sexuel des femmes séropositives et des femmes courant des risques élevés d’infection. Ils ont trouvé que les femmes séropositives se plaignaient davantage de problèmes sexuels que les femmes séronégatives.

Détails de l’étude

Des chercheurs affiliés à la Women’s Interagency HIV Study (WIHS) ont recueilli des données portant sur la santé de femmes séropositives et de femmes à risque vivant dans les villes suivantes :

  • Chicago
  • Honolulu
  • Los Angeles
  • New York
  • San Francisco
  • Washington, DC

L’équipe a commencé à recruter des participantes en 1994. Celles-ci sont interviewées régulièrement, et des examens physiques et des prises de sang sont effectués à des fins d’analyse.

En 2006 et 2007, les sondages de la WIHS incluaient des questions sur la fonction sexuelle qui s’inspiraient du Female Sexual Function Index (FSFI). Celui-ci permet d’évaluer la fonction sexuelle sous plusieurs angles, y compris l’orgasme, la vie sexuelle en général et les relations.

Au total, 1 279 femmes séropositives et 526 femmes séronégatives ont rempli le sondage sur la fonction sexuelle.

Résultats

En général, les chercheurs ont déterminé que les jeunes femmes, les femmes mariées et celles vivant avec un conjoint avaient tendance à jouir d’une meilleure fonction sexuelle.

Les femmes qui avaient tendance à signaler davantage de problèmes sexuels appartenaient généralement à une des catégories suivantes :

  • diabète
  • symptômes de dépression
  • prise de médicaments pour un problème de santé mentale, des crises épileptiques, l’hypertension ou une maladie cardiaque

Jusqu’à 32 % des répondantes affirmaient n’avoir eu aucune relation sexuelle au cours des six mois précédents. Le sondage de la WIHS n’a pas posé de questions sur les raisons de l’abstinence : manque de partenaires disponibles, choix personnel ou d’autres facteurs?

Multithérapie

Environ 66 % des femmes séropositives suivaient une multithérapie antirétrovirale au moment où elles ont rempli le sondage. On n’a constaté chez ces dernières aucun lien entre la présence d’une dysfonction sexuelle et la prise de médicaments anti-VIH appartenant à une classe d’antirétroviraux spécifique, telle que les inhibiteurs de la protéase ou les analogues non nucléosidiques de la transcriptase inverse.

Une diminution de la fonction sexuelle a été observée fréquemment chez les femmes comptant moins de 200 cellules CD4+.

Prochaine étape?

Dans l’ensemble, le sondage de la WIHS a révélé que les femmes séropositives sont touchées plus souvent par des problèmes de fonction sexuelle.

Il faut souligner que la WIHS est une étude transversale, ce qui est comparable à une photo captée à un moment particulier. Les études transversales coûtent souvent moins cher et sont plus faciles à mener que les études conçues de façon plus rigoureuse, telles les études longitudinales.

Les résultats du sondage de la WIHS pourront servir de base pour des études futures menées chez des femmes séropositives. Celles-ci nous permettront de mieux comprendre les problèmes de fonction sexuelle et leur impact sur de nombreux aspects de la vie et de la santé de ces femmes.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

  1. Wilson TE, Jean-Louis G, Schwartz R, et al. HIV infection and women’s sexual functioning. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2010; in press.