Nouvelles CATIE

22 août 2019 

Des chercheurs de la Colombie-Britannique trouvent qu’il est possible de faciliter l’observance thérapeutique en offrant le TAR et la méthadone au même endroit

  • Le fait de dispenser les médicaments anti-VIH et la méthadone ensemble a été associé à une meilleure observance thérapeutique.
  • Cette approche a aidé les patients à atteindre des taux d’observance du TAR de plus de 95 %.
  • Les chercheurs réclament une approche décentralisée pour assurer la délivrance du TAR et de la méthadone ensemble.

En général, la grande accessibilité du dépistage et du traitement du VIH a donné lieu à des taux considérablement réduits de morbidité et de mortalité liées au sida au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. Les bienfaits du traitement du VIH (TAR) sont tellement importants que les chercheurs s’attendent de plus en plus à ce que de nombreux utilisateurs du TAR aient une espérance de vie quasi normale. Il reste toutefois que certains groupes de personnes, notamment celles ayant une vie chaotique et/ou des priorités concurrentielles causées par des traumatismes, des dépendances, des problèmes de santé non traités ou mal gérés ou encore les itinérants, risquent de ne pas pouvoir prendre le TAR exactement comme il est prescrit et en respectant toutes les consignes.

Un élément clé d’une stratégie générale visant à aider les personnes qui utilisent des drogues comme l’héroïne ou d’autres opioïdes réside dans la prescription de la méthadone. La méthadone sur ordonnance peut aider à stabiliser la vie des personnes qui utilisent des drogues et servir de porte d’entrée vers d’autres services. Puisque le partage de matériel non stérile pour consommer des drogues peut causer une succession d’infections, y compris celles par le VIH et le virus de l’hépatite C (VHC), les personnes qui reçoivent de la méthadone ou un autre substitut aux opioïdes ont également besoin de se faire offrir des dépistages et des traitements contre de tels microbes.

Vancouver

Une équipe de chercheurs de Vancouver qui travaille auprès de personnes qui utilisent des drogues a constaté qu’il existe des sites — cliniques communautaires, cabinets de médecins, pharmacies — où l’on fournit à la fois le TAR et la méthadone. Aux endroits en question, des pharmaciens ou des infirmières observent les patients pendant qu’ils prennent leur dose de méthadone. Travaillant au British Columbia Centre on Substance Use, à l’Université de la Colombie-Britannique et au Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique, les chercheurs ont mené une étude pour évaluer l’impact à long terme des services de délivrance du TAR et de la méthadone, offerts au même endroit. Ils ont trouvé que la probabilité d’atteindre un taux d’observance élevé du TAR (95 % ou plus) augmentait considérablement lorsque les personnes séropositives recevaient le TAR et la méthadone au même endroit et non dans des établissements différents.

Selon les chercheurs britanno-colombiens, leurs résultats « soulignent la nécessité d’envisager une approche simple et intégrée pour assurer la délivrance des médicaments [du TAR et de la méthadone] dans le même établissement dans les contextes à bas seuil ».

Détails de l’étude

Les chercheurs ont décortiqué plusieurs bases de données, notamment celle de la AIDS Care Cohort to Evaluate Exposure to Survival Services (ACCESS; Cohorte de soins du sida pour évaluer l’exposition aux services de survie). Depuis 2005, les chercheurs inscrivent dans cette base de données des personnes séropositives, qui utilisent des drogues, recrutées dans les contextes suivants :

  • marchés de drogues ouverts
  • sites de réduction des méfaits
  • organismes de services sociaux à faibles barrières

Les participants à l’ACCESS répondent à des sondages et se font régulièrement prélever du sang à des fins d’analyse.

Pour la présente étude, les chercheurs se sont concentrés sur les données recueillies auprès de 345 participants qui appartenaient aux groupes suivants :

  • 121 personnes qui prenaient un TAR et de la méthadone, les deux dispensés dans le même établissement
  • 224 personnes qui prenaient un TAR et de la méthadone, les deux dispensés dans des établissements différents

Voici un bref profil moyen des participants au moment de leur admission à l’étude :

  • âge : 46 ans
  • 57 % d’hommes, 43 % de femmes
  • 93 % avaient la co-infection au VHC
  • substances consommées : alcool, cocaïne, crack et héroïne
  • dose moyenne de méthadone : 90 mg/jour

Les chercheurs se sont concentrés sur la période entre juin 2012 et décembre 2017.

Résultats

Les chercheurs ont constaté que les participants qui recevaient la méthadone et le TAR au même endroit étaient significativement plus susceptibles de faire preuve de ce que les chercheurs décrivaient comme une « observance optimale du TAR » (taux de 95 % ou plus) que les participants dont les médicaments étaient dispensés dans des établissements différents.

Pourquoi cette différence?

Selon les chercheurs, « l’ingestion quotidienne de [la méthadone] donne l’occasion de superviser la… consommation du TAR » dans les endroits où la méthadone est dispensée.

Utilité

Les chercheurs de Vancouver affirment que leurs résultats peuvent être utilisés  « pour aider les administrateurs gouvernementaux, les décideurs politiques et les fournisseurs de services à prendre des décisions concernant la conception [des services] de délivrance de [la méthadone] et du TAR pour les personnes séropositives qui utilisent des drogues ».

Les chercheurs réclament une approche décentralisée pour assurer la délivrance du TAR et de la méthadone; une telle approche inclurait « des contextes de distribution communautaires accessibles et la participation éventuelle de personnel non médical pour atténuer les effets de la stigmatisation et de la discrimination qu’éprouvent souvent les personnes qui utilisent des drogues ». Ils affirment également que « l’administration de la méthadone par les pharmacies pourrait mieux répondre aux besoins des personnes qui utilisent des drogues et améliorer éventuellement les résultats des traitements », tant contre le trouble de consommation d’opioïdes que l’infection au VIH.

Dans le cadre de cette étude, les participants n’ont pas été choisis au hasard pour recevoir le TAR et la méthadone dans des cliniques/établissements différents particuliers. Il est donc possible que les résultats ne soient pas applicables à des contextes en dehors de la cohorte ACCESS. De plus, les chercheurs ont mentionné que leurs résultats pourraient ne pas s’appliquer aux « patients stabilisés qui reçoivent des doses [de méthadone] à prendre à domicile ».

Quoi qu’il en soit, les résultats de cette étude documentent un aspect important des soins qui pourrait être nécessaire à certaines personnes séropositives qui prennent des drogues, soit la délivrance du TAR et de la méthadone dans le même établissement. Le taux élevé d’observance observé dans ce genre d’établissement révèle la possibilité de retenir certaines, sinon de nombreuses, personnes séropositives qui utilisent la méthadone, dans les services de traitement du VIH. Ce dernier point sera important si les villes, les régions et les pays souhaitent aider plus de personnes à connaître et à maintenir les bienfaits du TAR.

Ressources

Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique

British Columbia Centre on Substance Use

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES

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  3. Amram O, Shoveller J, Hogg R, et al. Distance to HIV care and treatment adherence: Adjusting for socio-demographic and geographical heterogeneity. Spatial and Spatio-Temporal Epidemiology. 2018 Nov;27:29-35.
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  8. Evangelou E, Gao H, Chu C, et al. New alcohol-related genes suggest shared genetic mechanisms with neuropsychiatric disorders. Nature Human Behaviour. 2019; en voie d’impression.

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