Un guide pratique des thérapies complémentaires

Les thérapies complémentaires et le traitement du VIH au Canada

Qu’est-ce qu’une thérapie complémentaire?

En voici une définition toute simple : les thérapies complémentaires regroupent les pratiques médicales qui sortent du cadre de la médecine occidentale conventionnelle.

Les thérapies complémentaires incluent :

  • un éventail de thérapies esprit-corps, comme le counseling et la méditation, qui favorisent la santé mentale et le bien-être émotionnel
  • les thérapies par le toucher, avec massages et autres formes de manipulations physiques effectuées par des praticiens et visant à promouvoir la guérison et le bien-être
  • les agents physiques particuliers destinés à être ingérés, inhalés ou frictionnés sur la peau

Une thérapie complémentaire spécifique peut contenir un ou l’ensemble des éléments énumérés ci-dessus. Par exemple, les massothérapeutes ont souvent recours à des huiles essentielles destinées à être inhalées ou frictionnées sur la peau. Le processus d’inhalation de ces huiles essentielles s’accompagne d’une composante méditative que beaucoup de personnes associent à la thérapie de l’esprit et du corps.

Bref historique

Dès les premières années de l’épidémie de sida en Amérique du Nord, avant même l’arrivée des traitements antirétroviraux efficaces, les personnes vivant avec les VIH sont devenues des participantes actives dans leurs propres soins de santé. C’est ainsi qu’est née une tradition de collecte et d’échange d’informations sur les traitements. Au Canada, CATIE était à l’avant-garde même de ce mouvement, car l’organisme a aidé les gens à comprendre leur rôle dans la prise de décisions concernant leurs propres soins de santé.

Beaucoup de gens vivant avec le VIH se sont alors tournés vers les thérapies complémentaires et alternatives comme moyen de rester en bonne santé, de stimuler leur système immunitaire, de prévenir et traiter les maladies, et de retarder l’apparition de maladies liées au VIH ainsi que le sida. Ces thérapies comportaient un attrait immédiat, car elles faisaient valoir une approche holistique et non occidentale à la santé en plus de proposer des schémas de traitement personnalisés plutôt que des protocoles thérapeutiques standardisés. Nous savons que les thérapies complémentaires ne permettent pas de guérir l’infection à VIH; leur utilisation est toutefois optimale lorsqu’on y a recours comme appoint à une approche holistique à la santé, et c’est dans un tel contexte qu’elles apportent une contribution appréciable à la santé des personnes séropositives.

À certains égards, cette insistance sur la prise de décisions éclairées en matière de soins et de traitement du VIH a prévalu parce que beaucoup de gens qui avaient contracté le VIH dans les premiers jours de l’épidémie ont pris alors l’initiative de chercher des thérapies complémentaires comme moyen de répondre aux besoins de leur état de santé. Ces thérapies demeurent un élément appréciable des soins de santé auxquels ont recours de nos jours les personnes séropositives.

Les thérapies complémentaires et la TAR

L’avènement, à la fin des années 1990, d’une combinaison de traitements antirétroviraux (connue également sous les noms de thérapie antirétrovirale ou TAR) a radicalement changé le traitement du VIH. Avec la TAR comme pierre angulaire de leur plan de traitement, de nombreuses personnes vivant avec le VIH peuvent espérer vivre plus longtemps et jouir d’un meilleur état de santé. Les nouvelles thérapies antirétrovirales sont pratiques, consistant souvent en la prise de juste une ou quelques pilules par jour, et elles sont associées à de moindres effets secondaires que ne l’étaient les traitements précoces. Les avantages de commencer la TAR plus tôt au cours de l’infection que tard sont clairs, puisque celle-ci permet non seulement de s’attendre à une espérance de vie quasi normale mais aussi d’atténuer les risques de transmission du virus.

CATIE est une véritable mine d’informations sur le traitement du VIH allant de l’amorce du traitement à son maintien, la prise en charge des effets secondaires et les façons dont le traitement permet de réduire le risque de transmission du VIH aux partenaires sexuels.

Même si la TAR est au cœur même du traitement du VIH, les thérapies complémentaires continuent d’offrir de nombreux bienfaits aux personnes séropositives : elles permettent notamment d’améliorer leur qualité de vie alors qu’ils doivent apprendre à vivre avec une maladie chronique qui entretient un processus inflammatoire incessant dans tout leur corps. Elles leur permettent aussi de mieux composer avec les effets secondaires liés à leur médication; et elles peuvent aussi les aider à composer avec une maladie encore fortement stigmatisée et aux conséquences pénibles dans la sphère la plus intime et la plus vulnérable de notre vie.

Il est important de noter que le fait d’associer la prise de thérapies complémentaires conjointement avec celle de médicaments d’ordonnance peut potentiellement engendrer des interactions indésirables entre eux. Les interactions risquent d’aggraver les effets secondaires et/ou les toxicités. Ces interactions peuvent faire en sorte qu’une TAR va perdre de son efficacité, au point de favoriser potentiellement l’apparition de résistances médicamenteuses et d’aboutir à un échec thérapeutique. Voilà donc pourquoi il est important non seulement de discuter de votre utilisation des thérapies complémentaires avec votre médecin et votre pharmacien, mais aussi de parler de votre utilisation de thérapies médicamenteuses avec votre praticien de thérapie complémentaire.

De nos jours, nombre de personnes séropositives, y compris celles qui ont reçu leur diagnostic depuis l’ère des traitements efficaces, s’occupent de leur santé d’une manière qui allie les pratiques de la médecine occidentale traditionnelle — visites chez le médecin, maintien d’une charge virale sous le seuil indétectable dans la mesure du possible, tests de dépistage usuels et immunisations ou vaccinations à intervalles réguliers — aux thérapies complémentaires qui misent sur la réduction du stress, sur le soutien des organes et systèmes corporels les plus taxés par le VIH et son traitement, et sur la gestion et la prévention des affections où la médecine occidentale n’a que partiellement eu de bons résultats. L’intégration des thérapies complémentaires dans le contexte de leurs soins leur permet de soutenir et maintenir leur état de santé d’une manière qui va au-delà du traitement symptomatique en réaction à l’impact physique de la maladie.

Il existe une variété de systèmes de médecine et pratiques médicales que certaines personnes utilisent en remplacement de la médecine occidentale conventionnelle ou en conjonction avec celle-ci. Les communautés autochtones et la collectivité regroupant les immigrants plus récents sont devenues pour les Canadiens et les Canadiennes des sources précieuses de connaissances et de praticiens en thérapies complémentaires de diverses origines culturelles. Pour certaines personnes séropositives issues de ces communautés, il est fort possible qu’elles perçoivent les thérapies que nous appelons « complémentaires » dans ce guide comme des thérapies tout simplement attendues en termes de normes en matière de traitement médical. Pour ces dernières, il est même envisageable qu’elles puissent puiser une force supplémentaire du fait qu’elles ont recours à des thérapies fondées sur leurs propres traditions spirituelles et culturelles.