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juillet/août 2018 

Comorbidités dans des cliniques canadiennes sélectionnées

À mesure que les gens vieillissent, ils courent le risque de présenter des maladies liées au déclin d’importants systèmes organiques. Certaines personnes ayant le VIH semblent courir plus de risques de souffrir de telles maladies que l’on appelle aussi des comorbidités. Si elles ne sont pas traitées, les comorbidités peuvent détériorer la qualité de vie liée à la santé et écourter l’espérance de vie.

Des chercheurs œuvrant dans cinq cliniques VIH de quatre provinces canadiennes, soit la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, l’Ontario et le Québec, ont collaboré à une étude afin de passer en revue les données recueillies auprès de 1 000 personnes séropositives qui avaient récemment visité les cliniques en question.

L’analyse des données a révélé que les comorbidités étaient courantes. De plus, près de 75 % des participants vivaient avec deux comorbidités ou plus.

Cette étude souligne l’importance du dépistage et du traitement des comorbidités.

Détails de l’étude

Il s’agit dans ce cas d’une étude rétrospective. Autrement dit, les chercheurs ont examiné et analysé des données qui avaient déjà été recueillies à une autre fin.

Les participants avaient le profil moyen suivant au moment de leur admission à l’étude :

  • 82 % d’hommes, 18 % de femmes
  • âge : 52 ans
  • temps écoulé depuis le diagnostic de VIH : 14 ans
  • principaux groupes ethnoraciaux : Blancs – 74 %; Autochtones – 12 %; Noirs – 9 %; Asiatiques – 2 %; Hispaniques – 2 %
  • consommation active de substances : tabac – 37 %; alcool – 55 %; drogues – 37 %; drogues par injection – 13 %
  • compte de cellules CD4+ – 560 cellules/mm3
  • charge virale : moins de 40 copies/ml
  • DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé, une mesure de routine de la santé rénale) : 77 ml/minute
  • co-infection au virus de l’hépatite C : 28 %

Résultats

Voici la répartition des comorbidités parmi les participants :

  • comorbidités cérébrales : 53 %
  • comorbidités hépatiques : 50 %
  • surpoids/obésité : 43 %
  • taux anormaux de lipides (cholestérol, triglycérides) : 37 %
  • os plus minces que la normale : 24 %
  • tension artérielle supérieure à la normale : 24 %
  • lésions/dysfonction rénales : 18 %
  • maladies cardiovasculaires : 15 %
  • diabète de type 2 : 9 %

Seulement 7 % des participants n’avaient pas reçu de diagnostic de comorbidité.

Les chercheurs ont trouvé que près de 75 % des participants souffraient de deux comorbidités ou plus :

  • deux comorbidités : 26 %
  • trois comorbidités : 18 %
  • quatre comorbidités ou plus : 30 %

Densité osseuse

La densité minérale osseuse a tendance à diminuer avec l’âge, et les os plus minces sont plus sujets aux fractures. Des études menées auprès de personnes séropositives ont révélé que les os plus minces que la normale étaient un problème relativement courant.

Les chercheurs ont examiné les données recueillies auprès d’un sous-groupe de 199 participants à la présente étude qui avaient subi des analyses de la densité osseuse. L’équipe a constaté ce qui suit :

  • 29 % avaient une densité osseuse normale
  • 58 % avaient subi un amincissement modéré des os (ostéopénie)
  • 13 % avaient subi un amincissement grave des os (ostéoporose)

Maladies cardiaques et rénales

Les reins abondent en vaisseaux sanguins parce qu’ils filtrent le sang. Par conséquent, les affections touchant le cœur et les vaisseaux sanguins ont tendance à nuire à la santé des reins aussi. Les chercheurs ont utilisé des calculatrices des risques pour évaluer l’ampleur des risques de maladies cardiaques et rénales et ont trouvé ce qui suit :

Risque de maladies cardiovasculaires

  • faible : 58 %
  • moyen : 38 %
  • élevé : 10 %

Risque de maladies rénales

  • faible : 12 %
  • moyen : 19 %
  • élevé : 69 %

À retenir

Dans un échantillon de 1 000 Canadiens séropositifs sous TAR, ces chercheurs ont constaté des taux élevés de comorbidités. De plus, une proportion importante des participants (presque 70 %) étaient plus à risque de souffrir de maladies des reins, et 10 % étaient plus à risque d’avoir une maladie cardiovasculaire.

Il s’agit ici d’une étude rétrospective, et il semble que les participants n’aient pas été choisis au hasard. Les études rétrospectives coûtent moins cher que les autres genres d’études parce que le travail de la collecte des données a déjà été fait, et ces études constituent un bon point de départ pour aborder une question de recherche. Cependant, il arrive parfois par inadvertance que l’analyse des études rétrospectives donne lieu à des conclusions faussées. Quoi qu’il en soit, cette équipe de recherche a documenté les problèmes pour lesquels les patients avaient récemment consulté leur médecin, ce qui est utile.

Une approche différente aurait consisté à évaluer aussi des personnes séronégatives d’âge, de sexe et de statut socioéconomique semblables afin de comparer les proportions de comorbidités. Une telle approche aurait toutefois coûté plus cher, exigé plus de travail et nécessité plus de temps pour recueillir les données, car les médecins ne s’intéressent pas généralement aux données socioéconomiques des individus. Chaque façon de concevoir une étude a ses avantages et désavantages, et ces derniers doivent être pris en considération à la lumière du financement disponible.

Cette étude est importante parce que les comorbidités et leurs facteurs de risque contribuent énormément à une mauvaise qualité de vie liée à la santé. De plus, si elles ne sont pas traitées, les comorbidités peuvent réduire l’espérance de vie.

Vers l’avenir

Cette étude s’est élargie pour inclure les données de 10 cliniques, pour un total de 2 000 participants. L’analyse des données de cet échantillon plus grand est en cours. Cette masse de données élargie brossera un portrait utile des comorbidités touchant les personnes séropositives au Canada. Les chercheurs espèrent présenter les résultats de cette masse de données additionnelles lors d’une conférence en 2019. Les données finales seront très utiles et fourniront la justification d’autres études conçues pour surveiller la santé des personnes séropositives et les interventions visant à maintenir ou à améliorer leur santé en réduisant le risque et la gravité des comorbidités.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Fraser C, Wong A, Baril J-G, et al. Canadian HIV practice reflective initiative to improve management of patients with co-morbidities. Canadian Association for HIV Research, 26-29 April 2018, Vancouver, British Columbia. Poster CSP8.10.

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