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décembre 2016 

La charge virale et quelques problèmes d’ordre hormonal et métabolique chez les femmes

L’infection au VIH est associée depuis toujours à des cas d’anomalies hormonales et métaboliques complexes, dont la majorité concernait historiquement des hommes séropositifs. Une équipe de chercheurs de Vancouver a mené plusieurs études chez des femmes. Aux fins de leur analyse la plus récente, ces chercheurs se sont concentrés sur les mesures de plusieurs hormones et substances lipidiques (graisses) présentes dans le sang des femmes séropositives. L’équipe a trouvé que plusieurs facteurs étaient associés à des anomalies hormonales et métaboliques chez cette population, tels que l’avancement de l’âge, l’IMC (indice de masse corporelle) et, dans certains cas, la présence d’une charge virale élevée avant de commencer le TAR.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont recruté 192 participantes entre 2008 et 2012 pour leur étude. Au moment de leur admission, les participantes avaient le profil moyen suivant :

  • âge : 40 ans
  • principaux groupes ethnoraciaux : Blanches – 44 %; Autochtones – 30 %; Noires – 16 %
  • la plupart des femmes avaient un surplus de poids
  • co-infection au virus de l’hépatite C : 27 % avaient le VHC au moment de leur admission
  • tabagisme : 52 % étaient des fumeuses
  • consommation de drogues/d’alcool : 34 %
  • nadir du compte de CD4+ (niveau le plus bas depuis toujours) : 190 cellules/mm3
  • compte de CD4+ actuel : 470 cellules/mm3
  • proportion ayant une charge virale en VIH de 100 000 copies/ml ou plus : 47 %
  • proportion ayant une charge virale en VIH de 50 copies/ml : 40 %
  • durée de l’infection au VIH : 11 ans

Résultats : anomalies hormonales et métaboliques

Dans l’ensemble, les tests effectués ont révélé au moins une anomalie hormonale ou métabolique chez 58 % des participantes.

Les problèmes hormonaux/métaboliques courants incluaient les suivants :

  • cholestérol ou triglycérides : 43 %
  • hormone(s) thyroïdienne(s) : 15 %
  • sucre sanguin (glycémie) : 13 %

Les facteurs clés associés à ces anomalies étaient l’avancement de l’âge (plus la femme était âgée, plus le risque qu’elle présente une de ces anomalies ou davantage augmentait) et le fait d’avoir déjà eu une charge virale élevée (100 000 copies/ml ou plus).

Accent sur les anomalies spécifiques et d’autres facteurs reliés

Hormones thyroïdiennes

Les femmes qui avaient eu une charge virale élevée dans le passé et qui prenaient ce que les chercheurs appelaient des « médicaments psychoactifs » (pour traiter l’anxiété, la dépression, la psychose, les problèmes de sommeil, etc.) étaient plus susceptibles d’avoir des taux d’hormones thyroïdiennes anormaux. Il est important de ne pas mal interpréter cette observation comme un indice que ces médicaments causent les problèmes de thyroïde. En fait, il est possible, voire probable, qu’au moins quelques-unes de ces femmes ayant des taux d’hormones thyroïdiennes anormaux souffraient de problèmes de santé mentale pour lesquels elles recevaient un traitement. Rappelons que les symptômes d’anomalies hormonales (sans égard à l’infection au VIH) peuvent inclure les problèmes de sommeil, l’anxiété et/ou la dépression. De plus, nous savons que ces médicaments ne causent généralement pas d’anomalies des hormones thyroïdiennes chez les personnes séropositives.

Glycémie

Les participantes plus âgées et en surpoids étaient plus susceptibles d’avoir de la difficulté à contrôler leur glycémie (un effet observé dans les cas de prédiabète et de diabète). On peut observer un problème semblable chez les femmes séronégatives plus âgées qui ont un surplus de poids.

Taux anormaux de cholestérol et de triglycérides

En général, à mesure que les gens vieillissent, ils éprouvent de la difficulté à maintenir des taux normaux de cholestérol et de triglycérides. La présente étude a confirmé que ces problèmes se produisent chez les femmes séropositives à mesure qu’elles vieillissent.

Points à retenir

Cette étude a été fondée sur des tests et des évaluations effectués à un seul moment dans le temps. On appelle cette sorte d’évaluation une analyse transversale; les analyses de ce genre sont utiles pour trouver des associations mais ne peuvent pas prouver de lien de cause à effet. Autrement dit, une analyse transversale ne pourrait jamais prouver qu’un événement quelconque a causé des conséquences particulières. Il n’empêche que les études transversales constituent souvent une étape utile durant l’exploration initiale d’une idée. Si une étude transversale découvre quelque chose qui suscite l’intérêt des chercheurs, ils peuvent se lancer dans le processus long et laborieux qui consiste à concevoir une étude plus rigoureuse puis à écrire et à soumettre une demande de subvention à une agence de financement dans l’espoir qu’elle l’évaluera favorablement. Or, selon des sources dans la communauté scientifique, la vaste majorité des demandes de subvention (environ 85 %) soumises aux principales agences de financement comme les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ou les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis ne sont pas acceptées, même si la recherche envisagée se rapporte à des enjeux biomédicaux complexes.

La capacité des chercheurs de la présente étude à extraire plus de valeur de leur analyse a également été minée par leur incapacité à déterminer si les problèmes hormonaux et métaboliques découverts étaient présents avant ou après l’arrivée de l’infection au VIH.

Un résultat important de cette étude réside dans la découverte d’une association entre une charge virale élevée dans le passé et un risque accru d’anomalies hormonales ou métaboliques. Ce lien intrigant doit être exploré dans une autre étude pour confirmer qu’il existe.

Au moment où cette étude se déroulait, seulement 40 % environ des participantes avaient une charge virale supprimée. Les chercheurs de Vancouver devraient envisager de mettre à jour leur analyse des charges virales et, s’ils découvraient que certaines femmes n’ont pas de charge virale inférieure à 50 copies/ml, ils devraient entreprendre une étude pour explorer les raisons possibles de cette lacune. Une telle étude serait utile aux cliniques, aux groupes communautaires et aux autorités de la santé qui cherchent des moyens d’aider les femmes de Vancouver à connaître l’amélioration de la santé qui suit l’atteinte d’une charge virale indétectable.

Les chercheurs ont également découvert que 52 % des femmes fumaient. Voilà un chiffre élevé. Comme le tabagisme est associé à de nombreux méfaits et à une réduction de la survie, une autre étude future à Vancouver pourrait explorer les moyens d’aider ces femmes à cesser de fumer.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Sokalski KM, Chu J, Mai AY, et al. Endocrine abnormalities in HIV-infected women are associated with peak viral load – the Children and Women: AntiRetrovirals and Markers of Aging (CARMA) Cohort. Clinical Endocrinology (Oxf). 2016 Mar;84(3):452-62.