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23 janvier 2018 

Une étude française confirme l'innocuité et l'efficacité de la varénicline pour les fumeurs séropositifs

  • Les personnes vivant avec le VIH sont plus à risque de souffrir de maladies liées au tabagisme.
  • Les chercheurs trouvent que la varénicline est sûre et efficace pour aider les personnes vivant avec le VIH à cesser de fumer.
  • Les conseillers en cessation du tabagisme qui sont également spécialistes des maladies infectieuses obtiennent des taux de cessation plus élevés.

L'utilisation répandue du traitement anti-VIH puissant (TAR) a donné lieu à des mesures améliorées de la santé et à une espérance de vie quasi-normale pour de nombreuses personnes séropositives vivant au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. Des études ont toutefois révélé que les utilisateurs du TAR qui fumaient du tabac étaient plus à risque de souffrir de maladies liées au tabagisme, y compris les maladies cardiovasculaires et certains cancers. Par conséquent, il est probable que l'espérance de vie de ces personnes est plus courte. L'offre du soutien nécessaire pour aider les fumeurs utilisant le TAR à arrêter de fumer devrait faire partie des efforts de routine visant l'amélioration de leur santé et de leur longévité.

Des chercheurs en France ont mené une étude bien conçue sur le médicament varénicline (Champix, Chantix), une aide pharmaceutique à la cessation du tabagisme, contre un placebo. Ils ont trouvé que la varénicline était significativement plus efficace que le placebo pour faciliter l'arrêt du tabagisme, mais il reste que ses effets ont été modestes dans l'ensemble. Les chercheurs ont également jugé que la varénicline était sûre dans la majorité des cas.

À la lumière de ces résultats et des nombreux bienfaits pour la santé de l'arrêt du tabagisme, les chercheurs encouragent les professionnels de la santé à offrir un soutien à la cessation à leurs patients séropositifs qui fument.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont recruté des participants qui avaient la motivation nécessaire pour arrêter de fumer (aptitude évaluée par un questionnaire). La présence d'autres dépendances, de la dépression ou encore l'utilisation antérieure de la varénicline excluait la participation de certaines personnes.

Les chercheurs ont augmenté graduellement la dose de varénicline afin de minimiser le risque de nausées pour les participants qui prenaient ce médicament.

Tous les participants recevaient du counseling dans le cadre de séances individuelles en tête-à-tête. Les conseillers avaient reçu une formation sur les manières d'encourager les fumeurs à modifier leur comportement. Durant la première séance, les conseillers exploraient les motivations et les craintes des participants à l'égard de la cessation du tabagisme. Les participants avaient droit à un maximum de 15 séances de counseling au cours de l'étude.

La conception de l'étude était complexe et comportait les éléments suivants :

  • Pendant les 12 premières semaines, les participants prenaient soit la varénicline soit le placebo sous forme de comprimés et assistaient à des séances de counseling.
  • Le counseling se poursuivait ensuite pour une période de 13 semaines consécutives durant laquelle les participants ne prenaient aucun comprimé.
  • À la 26e semaine, les participants qui arrêtaient initialement de fumer, mais qui rechutaient durant l'étude se faisaient offrir un traitement à la varénicline de 12 semaines. Les participants qui acceptaient cette offre étaient suivis jusqu'à la 48e semaine après avoir terminé le traitement de 12 semaines à la varénicline.

Les participants avaient le profil moyen suivant au début de l'étude :

  • âge : 45 ans
  • 83 % d'hommes, 17 % de femmes
  • période écoulée depuis le diagnostic de VIH : 13 ans
  • prise d'un TAR : 94 %
  • charge virale inférieure à 50 copies/ml : 76 %
  • durée du tabagisme : 26 ans
  • tentatives antérieures de cesser de fumer (au moins une fois) : 82 %

Les participants avaient des rendez-vous réguliers dans le cadre de l'étude afin de subir des évaluations, y compris des mesures du taux de monoxyde de carbone dans leurs exhalations (pour confirmer l'abstinence tabagique).

Un mot à propos du placebo

Le placebo a été conçu pour avoir « une présentation, une couleur, un goût et une odeur » semblables à ceux de la varénicline. Selon les chercheurs, le placebo a été conçu pour être « biologiquement inactif », ce qui veut dire qu'il n'exerçait aucun effet sur les participants. Comme il s'agissait d'un essai clinique à double insu, aucun des participants ou chercheurs (sauf un) ne savait qui prenait la varénicline et qui prenait le placebo jusqu'à la fin de l'étude. Le maintien du double insu était important parce que les chercheurs devaient évaluer tous les problèmes éventuels (symptômes, complications) signalés par les participants au cours de l'étude et déterminer s'ils étaient attribuables au médicament étudié.

Durant la randomisation, un total de 123 participants ont été choisis au hasard pour recevoir la varénicline et 124 autres pour recevoir le placebo pendant les 12 premières semaines de l'étude.

Résultats à court terme

Initialement, les chercheurs se sont intéressés en particulier aux taux de cessation du tabagisme constatés dans les groupes varénicline et placebo entre le début de la 9e semaine et la fin de la 12e semaine. Durant cette période, les taux de cessation ont été les suivants :

  • varénicline : 29 % des participants ont réussi à arrêter
  • placebo : 11 % des participants ont réussi à arrêter

Cette différence est significative du point de vue statistique, c'est-à-dire non attribuable au seul hasard.

Résultats à long terme

Lorsque les chercheurs ont examiné toutes les données recueillies entre la semaine 9 et la semaine 48, les proportions de participants qui s'abstenaient encore de fumer ont été les suivantes :

  • varénicline : 15 % des participants ont réussi à arrêter
  • placebo : 6 % des participants ont réussi à arrêter

Même si les personnes recevant la varénicline ont été plus nombreuses à arrêter de fumer comparativement aux personnes sous placebo, cette proportion d'utilisateurs de la varénicline ayant arrêté était modeste.

Impact des conseillers sur la cessation

Deux genres de conseillers ont été déployés durant cette étude menée dans des cliniques hospitalières. Le premier était un conseiller en cessation du tabagisme, également appelé tabacologue, dont la spécialisation consistait à aider des personnes majoritairement séronégatives à arrêter de fumer. L'autre conseiller était un spécialiste des maladies infectieuses qui avait également reçu une formation sur l'aide à l'arrêt tabagique et qui possédait de l'expérience dans ce domaine. Lorsque les chercheurs ont analysé les taux de cessation en fonction du genre de conseiller, ils ont obtenu les résultats suivants à la semaine 48 :

Varénicline

  • conseiller et spécialiste des maladies infectieuses : 20 % des participants ne fumaient plus
  • conseiller régulier en cessation du tabagisme : 11 % des participants ne fumaient plus

Placebo

  • conseiller et spécialiste des maladies infectieuses : 13 % des participants ne fumaient plus
  • conseiller régulier en cessation du tabagisme : 3 % des participants ne fumaient plus

Ces différences entre les taux de cessation selon le genre de conseiller sont significatives du point de vue statistique. Selon les chercheurs, ces différences « pourraient refléter l'utilisation d'une intervention mieux adaptée par le spécialiste des maladies infectieuses parce que, par exemple, ce dernier était peut-être en mesure de comprendre les obstacles spécifiques auxquels font face les personnes vivant avec le VIH, lesquels pourraient être moins courants dans la population générale avec laquelle le tabacologue était plus familier ».

Innocuité

Le terme effets indésirables est utilisé pour décrire une variété d'incidents regrettables qui peuvent se produire dans le cadre d'un essai clinique. Seulement quelques-uns de ces effets sont causés par le ou les médicaments à l'étude. Comme il s'agissait dans ce cas d'une étude contrôlée contre placebo, les chercheurs avaient une bonne idée de quels effets secondaires étaient attribuables à la varénicline.

Selon les chercheurs, « la plupart des effets indésirables étaient [d'intensité légère à modérée] et principalement de nature gastro-intestinale ou [neuropsychiatrique] ».

Les participants ont éprouvé des effets indésirables considérés comme attribuables aux médicaments à l'étude (nous incluons le placebo comme médicament aux fins de ce rapport) dans les proportions suivantes :

  • varénicline : 48 % (49 personnes)
  • placebo : 39 % (43 personnes)

Les participants ont éprouvé des effets indésirables considérés comme graves et attribuables aux médicaments à l'étude (nous incluons le placebo comme médicament aux fins de ce rapport) dans les proportions suivantes :

  • varénicline : 7 % (sept personnes)
  • placebo : 6 % (sept personnes)

Cette différence entre la répartition des effets indésirables n'est pas significative du point de vue statistique.

Les effets indésirables graves se sont produits dans les proportions suivantes (certains participants ont fait état de plus d'un effet indésirable) :

Problèmes de sommeil

  • varénicline : deux personnes
  • placebo : deux personnes

Dépression

  • varénicline : une personne
  • placebo : une personne

Troubles comportementaux (aucun détail n'a été fourni)

  • varénicline : deux personnes
  • placebo : une personne

Somnolence

  • varénicline : une personne
  • placebo : zéro personne

Maux de tête

  • varénicline : une personne
  • placebo : zéro personne

Troubles digestifs

  • varénicline : zéro personne
  • placebo : deux personnes

Bourdonnements d'oreilles

  • varénicline : zéro personne
  • placebo : une personne

Sensation de faiblesse

  • varénicline : une personne
  • placebo : une personne

Personne n'est mort à cause des médicaments figurant dans cette étude. Une personne a cependant succombé aux blessures qu'elle a subies lors d'une agression physique n'ayant aucun rapport avec l'étude.

Accent sur la dépression

Certaines études portent à croire que les personnes souffrant de problèmes de santé mentale sont plus susceptibles de fumer du tabac. D'autres essais cliniques et analyses ont évalué l'innocuité de la varénicline (y compris le risque potentiel de dépression). Les participants à cet essai ont souffert de dépression dans les proportions suivantes au cours de l'étude :

  • varénicline : 2 %
  • placebo : 10 %

Compte tenu de ce résultat, il est peu probable que l'exposition à la varénicline ait augmenté le risque de dépression dans cette étude. De plus, on n'a constaté aucune augmentation significative du risque de complications cardiovasculaires (crise cardiaque, AVC) parmi les utilisateurs de la varénicline.

Résultats des tests de laboratoire

Les participants ont reçu des résultats de laboratoire très anormaux dans les proportions suivantes au cours de l'étude (notons qu'aucun de ces résultats n'a été attribué aux médicaments à l'étude) :

  • varénicline : 3%
  • placebo : 8 %

Aucune tendance n'a été observée dans ces résultats de laboratoire anormaux parce qu'ils concernaient des systèmes organiques différents.

Ni la varénicline ni le placebo n'a eu d'impact sur le compte de cellules CD4+ ou la charge virale des participants.

À retenir

Cette étude rigoureusement conçue a révélé que la varénicline donnait lieu à un taux de rétablissement modeste parmi un groupe de fumeurs de longue date. Il est clair que la varénicline (en combinaison avec du counseling) peut aider certaines personnes séropositives à arrêter de fumer. Cesser de fumer est difficile, mais nécessaire, et il est possible que les personnes séropositives doivent surmonter des obstacles additionnels qui leur rendent la cessation plus difficile qu'elle ne l'est pour les personnes séronégatives. Dans la revue Lancet HIV, des chercheurs américains ont commenté ainsi les résultats de l'étude française : « Les caractéristiques associées à une prévalence élevée du tabagisme chez [les personnes séronégatives] … sont probablement des barrières importantes à la cessation du tabagisme parmi les personnes vivant avec le VIH aussi ». Les barrières en question incluent les suivantes :

  • consommation d'alcool et/ou d'autres substances
  • affections médicales coexistantes
  • faible statut socioéconomique
  • faible niveau de scolarité

Les chercheurs américains ont souligné un résultat important de l'étude française, à savoir que les effets secondaires graves de la varénicline ont été peu nombreux, ce qui devrait rassurer les prescripteurs potentiels. Il y a plusieurs années, une étude plus petite semblable menée en Ontario a également révélé que la varénicline était sans danger et aidait certaines personnes séropositives à cesser de fumer.

Les chercheurs américains et l'équipe française encouragent les praticiens de la santé à proposer un soutien à la cessation du tabagisme à leurs patients qui fument.

Ressources

Comment dire « j'écrase » et être sérieuxVision positive

Je te laisse – Santé Canada

Tabagisme et santé – Santé et Services sociaux Québec

Obtenez de l'aide pour cesser de fumer – Société canadienne du cancer

Comment cesser de fumer – Association pulmonaire

Comprendre la dépendance au tabacNouvelles CATIE

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—Sean R. Hosein

Références :

  1. Mercié P, Arsandaux J, Katlama C, et al. Efficacy and safety of varenicline for smoking cessation in people living with HIV in France (ANRS 144 Inter-ACTIV): a randomised controlled phase 3 clinical trial. Lancet HIV. 2018; in press.
  2. Diaz P, Ferketich A. Smoking and HIV: confronting the epidemic. Lancet HIV. 2018; in press.
  3. Gingo MR, Nouraie M, Kessinger CJ, et al. Decreased lung function and all-cause mortality in HIV-infected individuals. Annals of the American Thoracic Society. 2018; in press.
  4. Losina E, Hyle EP, Borre ED, et al. Projecting 10-year, 20-year, and lifetime risks of cardiovascular disease in persons living with human immunodeficiency virus in the United States. Clinical Infectious Diseases. 2017 Oct 15;65(8):1266-1271.
  5. Reddy KP, Parker RA, Losina E, et al. Impact of cigarette smoking and smoking cessation on life expectancy among people with HIV: A US-based modeling study. Journal of Infectious Diseases. 2016 Dec 1;214(11):1672-1681.
  6. Cui Q, Robinson L, Elston D, et al. Safety and tolerability of varenicline tartrate (Champix(®)/Chantix(®)) for smoking cessation in HIV-infected subjects: a pilot open-label study. AIDS Patient Care and STDs. 2012 Jan;26(1):12-9.